Le cancer qui ronge Israël

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Vous savez que vous êtes dans de sales draps quand même vos alliés les plus sûrs commencent à vous lâcher





Des juifs ultraorthodoxes fanatiques ont frappé deux cibles de choix: des Palestiniens et des homosexuels. Une attaque au cocktail Molotov contre une maison en Cisjordanie a tué un bébé de 18 mois, Ali Saad Dawabcheh, mort brûlé vif. Ses parents et son frère pourraient ne pas survivre tant ils ont été eux-mêmes brûlés. C'est écœurant.


Lors du défilé de la fierté gaie de Jérusalem, un récidiviste a poignardé six personnes. Le type, un juif ultraorthodoxe, venait de sortir de prison où il avait purgé une peine de 10 ans pour le même crime lors du défilé de 2005.


Une bavure policière inexcusable: comment cet homme s’est-il retrouvé au cœur de défilé gai peu de temps après sa sortie de prison? La police de Judée et Samarie (le nom religieux pour la Cisjordanie) n’a pas cru bon de le surveiller. Impardonnable.


Sur mon bureau, je garde en permanence quelques ouvrages de référence que je consulte fréquemment pour mon travail et pour mon plaisir. Parmi ceux-ci, Israël et judaïsme – ma part de vérité par Yeshayahou Leibowitz, chimiste, historien, professeur de biologie et de neuropsychologie, théologien, juif orthodoxe pointilleux et sioniste engagé, mais pas pour des questions religieuses, décédé en 1994.


Il était aussi l'une des figures les plus controversées en Israël, où ses parents avaient émigré en 1934. On lui doit la terrible et très problématique expression «judéo-nazi». Problématique parce qu’elle est reprise par les ennemis d’Israël contre Israël, ce qui est absurde car son auteur était sioniste. Problématique car d'aucune façon ne peut-elle s'appliquer à 99 % de la population.


La bête noire de Leibowitz, c’était le nationalisme et l’instrumentalisation de la religion. Il a su  reconnaître, avant bien des experts, le danger que la «judéité religieuse» soit souillée par l’hypocrisie: «Elle traverse un véritable processus de dégénérescence.»  


Et comment. C’était vrai dans les années 80. C’est vrai encore.


Je reviens, encore et encore, à ce penseur pour m’aider à encadrer ma pensée au sujet d’Israël (ce n’est pas le seul, évidemment), en raison de son regard de juif sioniste et pratiquant sur les territoires palestiniens. Il était férocement opposé aux implantations juives qui, disait-il, avaient été créées pour empêcher le partage du territoire entre Juifs et Palestiniens. Ce qu’on appelle la solution des deux États.


Il disait aussi, sans baisser les yeux, que les implantations juives en territoires palestiniens finiraient par abîmer, voire détruire l’âme juive. Il réclamait un retrait immédiat. Le pouvoir politique le détestait, il va sans dire. 


Israël s’est retiré de Gaza, avec les tristes résultats que l’on connaît, mais, plus que tout autre groupe identifiable, les colons de Cisjordanie suscitent la haine d’Israël et des Juifs dans le monde.


Ce qui est arrivé hier, la mort de ce bébé, dénoncée par le premier ministre Netanyahou comme un acte terroriste, confirme une fois encore la justesse de la pensée de Leibowitz.


Quand des gens, au nom de la religion ET du nationalisme, tuent des innocents, ne me dites pas que ça ne ressemble pas à des choses que j’hésite à nommer.


J'hésite car il y a quand même un gouffre interstellaire entre la frange que sont les extrémistes juifs et l’État islamique. Quand même. Mais les slogans que les meurtriers ont  barbouillés sur la maison de la famille Dawabcheh – «Vive le messie», «Vengeance», «Le prix à payer» – donnent froid dans le dos.


J’ai mal au cœur. Littéralement et figurativement. Je sais que l'immense majorité des Israéliens sont aussi horrifiés que moi. Mais ce n'est pas ce que le monde va retenir, même si le premier ministre a décrit les coupables comme étant des criminels et a promis de tout faire pour qu'ils soient arrêtés et punis. Ici, peu de gens sauront que le président israélien Reuven Rivlin a déclaré, à la suite des événements, qu'Israël n'en fait pas assez pour combattre le terrorisme juif.


Il faut, impérativement, que la police arrête rapidement les coupables. Qu’ils soient jugés et, le cas échéant, mis en prison pour le reste de leurs jours. Israël a été trop indulgent envers les colons fanatisés et violents qui bénéficient d’une quasi-impunité.


Mais il faut aussi et surtout, car ces colons ne reconnaissent pas l’État d’Israël ni ses institutions, y compris religieuses, que les rabbins et les leaders communautaires qui empoisonnent les esprits des jeunes colons soient contrôlés. Ça ne peut plus continuer ainsi. N'avons-nous rien appris de l'assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin par un colon fanatisé?


Yeshayahou Leibowitz a raison plus que jamais: la présence israélienne dans les territoires abîme l’âme juive.


J’espère seulement qu’il n’est pas trop tard.


 


P.-S. – Le livre dont je parle n’est pas vendu ici, à ce que je sache. Il est disponible sur Amazon France, mais à 198 euros!!! Désolée!


P.-P.-S. – Les autres livres sur mon bureau sont: The Meaning of Conservatism par Roger Scruton; Libéralisme politique, John Rawls; On Liberty, etc., John Stuart Mill. Ajouté récemment: Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes par le regretté Charb.


 




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