Laïcité et diversité religieuse

Ce principe éthique de réciprocité peut servir de socle pour édifier une société relevant les défis de notre présent siècle.

Laïcité - Débat québécois

La famille Harper lors de leur passage au Vatican. Photothèque Le Soleil
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Le récent malentendu religieux concernant notre premier ministre Stephen Harper illustre l'importance de composer adéquatement avec le pluralisme. Pour vivre harmonieusement cette immense richesse, n'importe-t-il pas de développer une attitude d'accueil, de confiance et d'ouverture face à l'altérité? La laïcité de reconnaissance, selon le terme retenu par le professeur Micheline Milot, y correspond parfaitement. Ce modèle de la laïcité privilégie la liberté de conscience, de même que l'égalité comme des droits inaliénables.
L'autonomie y constitue un enjeu fondamental. C'est pourquoi la laïcité de reconnaissance admet l'expression de choix spirituels personnels dans la sphère publique, institutionnelle et politique. Toute personne peut dès lors vivre selon sa propre vision de la vie dans le mesure où elle est librement consentie, ne porte pas atteinte à autrui ou n'entrave pas l'ordre public. Il en résulte que toutes les conceptions de la vie - à l'exception de celles brimant autrui ou déstabilisant l'ordre public - doivent être traitées également par l'État et, par des politiques publiques, être garanties tant dans leur autonomie que dans leur manifestation sociale.
Ce type de laïcité repose implicitement sur la notion de réciprocité découlant du principe de reconnaissance. Comme le souligne Mme Milot: «Afin de maintenir les prémisses de la reconnaissance qui exigent la réciprocité, les individus doivent pouvoir développer une habilité à délimiter la manière dont ils expriment leur identité dans l'espace public. Pour cela, ils doivent être conscients de ce qu'ils peuvent raisonnablement attendre des autres. L'aptitude à penser en termes de réciprocité suppose d'accorder à autrui ce que l'on désire se voir accorder à soi-même, et de ne pas offenser autrui là où on ne veut pas soi-même être offensé. En matière religieuse, l'histoire n'offre pas un tableau très reluisant de la capacité des individus, croyants et athées, d'agir selon une telle conception de la réciprocité» (M. Milot, La laïcité, p. 65).
Autrement dit, la réciprocité dont il est question ici s'appuie sur la reconnaissance de la légitimité de la diversité des allégeances religieuses. Ne risquons-nous pas alors de sombrer dans le relativisme? Non, puisque le relativisme rejette le concept d'«absolu» alors que la laïcité de reconnaissance conduit à la relativité des perceptions du réel. Cela ne nie aucunement une possible référence à un «absolu», mais met l'accent sur le fait que toute doctrine religieuse se fonde généralement sur un modèle culturel «d'absolu» issu de traditions situées dans un contexte sociohistorique bien déterminé.
Cette attitude de réciprocité est merveilleusement bien formulée par monsieur Albert Jacquard: «Pour moi, est sacré ce qui est absolument respectable. En premier lieu, la personne de l'autre, en deuxième lieu le corps de l'autre et en troisième lieu les objets que l'autre considère comme sacrés.» (A. Jacquard, Petite philosophie à l'usage des non-philosophes, p. 162). Ce principe éthique de réciprocité peut servir de socle pour édifier une société relevant les défis de notre présent siècle.
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Patrice Perreault, Granby


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