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Tolérance des Québécois / Sondage sur le racisme des Québécois

Maintenant que la semaine de l'«accommodement raisonnable» tire à sa fin, que la bête médiatique, à la puissance décuplée par la convergence, a été bien nourrie, qu'on a envoyé toutes sortes de messages contradictoires grâce à un sondage qui prêtait flanc à la critique et qu'on a autant sombré dans les clichés que tenté d'éclaircir les enjeux, que fait-on? On se trouve une nouvelle Myriam Bédard ou un nouveau sondage pour inonder les unes et les ondes? Ou on essaie de suivre les pistes qui s'ouvrent pour mieux vivre en société? Encore faudrait-il savoir les utiliser!
Dans d'autres pays, ce sont les émeutes qui font réfléchir sur la discrimination et les difficultés de cohabitation entre les communautés. Ici, c'est un sondage, qui se permet même d'utiliser avec une grande légèreté le terme de raciste. En soi, cela est révélateur d'un certain climat! Des incidents font jaser mais la paix sociale règne. Ce qui n'empêche ni l'ignorance ni les difficultés d'intégration que nous ne prenons pas suffisamment au sérieux, hélas.
Sur l'ignorance, d'abord. En septembre 2008, l'école québécoise aura une formidable occasion de s'ouvrir à une meilleure compréhension interculturelle grâce aux cours de culture religieuse et d'éthique qui remplaceront l'enseignement confessionnel. L'héritage religieux du Québec sera au programme, mais on parlera aussi d'islam et d'hindouisme.
On se dit qu'un aussi vaste programme, sans précédent dans nos écoles, devra reposer sur de solides compétences du prof, qui aura reçu une bonne formation de base, suivie d'un perfectionnement élaboré sur des mois, voire des années. Mais voilà, au Québec, les enseignants (et ici, il y en a 23 000 au primaire et 2400 au secondaire qui sont concernés), même pour un nouveau programme, n'ont aucune obligation de se former! Et ceux qui choisiront de le faire ne seront pas tenus de s'inscrire à un programme universitaire: une formation de quelques jours donnée par un consultant pourra aussi convenir.
Le gouvernement aurait pu profiter du renouvellement de la dernière convention collective pour hausser les exigences à cet égard. Il ne l'a pas fait. Il faudra donc compter sur le professionnalisme des enseignants (les profs qui, au moment de l'affaire du kirpan, évoquaient le droit d'apporter des grenades ou une kalachnikov à l'école seront-ils au rendez-vous?), la bonne volonté des syndicats et le dynamisme des commissions scolaires pour offrir la meilleure formation possible... Si on se fie à l'histoire tendue des relations syndicales-patronales dans le champ de l'éducation, il n'y a là rien de très prometteur.
Par ailleurs, la grande erreur serait de s'arrêter aux conflits religieux que soulève la nouvelle immigration. Au jour le jour, les immigrants ont des problèmes plus terre à terre: trouver un logement, un emploi, des amis... Et apprendre la langue.
Or, si le gouvernement de Jean Charest peut à juste titre se targuer d'une première politique de lutte contre le racisme et la discrimination, dont l'adoption est prévue au printemps, il avait lui-même créé tout un remous à son arrivée au pouvoir en sabrant les budgets destinés à la francisation des immigrants. Il y a eu rajustement depuis lors, mais il reste que la durée du programme est aujourd'hui moitié moins longue que la formation qui était donnée aux beaux jours des COFI, dans les années 80-90.
Quant au racisme lui-même, la Commission des droits de la personne n'a pas les moyens de mener des campagnes ou des enquêtes qui en diminueraient les effets. Or, quand on vise l'entrée de 48 000 immigrants en 2007, ne faudrait-il pas être cohérent et, au-delà d'une belle politique, se donner tous les outils nécessaires pour que l'intégration réussisse?


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