Si le Québec était un pays

La souveraineté économique pour garder le contrôle de nos ressources naturelles

Comprendre notre intérêt national

«Nous ne pouvons pas abolir le marché, mais nous ne pouvons pas non plus nous organiser exclusivement grâce au marché. Restreindre son action pourrait être onéreux; ne pas la restreindre du tout pourrait s'avérer fatal.»
Charles Taylor, Grandeur et misère de la modernité
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L'achat d'Alcan par Rio Tinto et les craintes de voir Stephen Harper discuter en catimini de l'exportation d'eau en vrac vers les États-Unis auront marqué respectivement le début et la fin d'une saison «chaude» quant au contrôle de nos ressources.
Que faut-il retenir de tout cela? Avec les offres d'achat ou de fusion qui se multiplient sur les grandes entreprises exploitant les ressources naturelles du Québec, il apparaît opportun de relancer le débat sur la souveraineté économique.
Ressources naturelles et identité
La véritable indépendance passe par un État fort, capable de fixer aux grandes entreprises les conditions d'exploitation de l'eau, des rivières, des minerais et des forêts. Au Québec, les ressources naturelles ne font-elles pas partie de l'identité nationale? Le Québec compte pour seulement un millième de la population mondiale. Pourtant, il détient 3 % des réserves d'eau douce au monde, 2 % des forêts mondiales et 1 % de la surface émergée du monde! Voulons-nous vraiment confier à des gestionnaires de Londres ou de Sydney les décisions ultimes sur le niveau du lac Saint-Jean ou la gestion de ses berges? Sans la souveraineté économique, la souveraineté politique est atrophiée. L'une et l'autre sont intimement liées.
Bien entendu, nous nous réjouissons des succès internationaux de certaines de nos entreprises privées, comme Bombardier, Couche-Tard ou le Cirque du Soleil. Toutefois, dans un contexte où le contrôle de l'énergie est un enjeu stratégique à l'échelle mondiale, nous demeurons inquiets de l'avenir des entreprises qui exploitent à la fois les ressources naturelles et qui ont un siège social au Québec, comme Alcan et Abitibi-Consolidated, notamment.
Pour bien comprendre cet enjeu, il faut se rappeler trois éléments majeurs de la nationalisation de l'hydroélectricité présidée par René Lévesque, ministre de l'Énergie de «l'équipe du tonnerre»:
- le gouvernement voulait régulariser les tarifs en vigueur et surtout la qualité du réseau de distribution de l'électricité;
- l'État remettait dans les mains de la population un outil de développement économique qui lui échappait, au profit de sociétés étrangères;
- il y a eu des exemptions à la nationalisation, entre autres pour Alcan et Price Brothers qui, par l'exploitation de barrages pour leurs propres besoins, contribuaient au développement industriel et économique des régions.
Il s'agissait, en quelque sorte, d'un pacte dont il faut éviter la rupture à tout prix. S'ils avaient su qu'Alcan serait vendu à des intérêts étrangers quarante ans plus tard, René Lévesque et Jean Lesage auraient-ils consenti cette exception en faveur de la multinationale canadienne? Il y a fort à parier que non.
Les limites du pouvoir provincial
Aujourd'hui, que peut faire le Québec? Quelles actions peut-on envisager afin de préserver les ressources naturelles en tant que propriété collective, qui a servi de levier économique lors de la Révolution tranquille? Tant qu'il n'est que province, les moyens du Québec sont limités mais néanmoins utiles:
- favoriser une véritable décentralisation en associant les acteurs socio-économiques des régions ressources aux décisions concernant l'acquisition d'entreprises dans des secteurs stratégiques;
- confier un rôle plus actif à la Caisse de dépôt et placement afin qu'elle puisse investir dans certaines sociétés et conclure des partenariats pour garder le contrôle au Québec;
- exiger plus d'engagements des acquéreurs, par exemple un plancher d'emplois, le maintien du siège social ou la recherche et le développement en région;
- faire pression auprès d'Ottawa pour que le gouvernement fédéral s'oppose aux acquisitions étrangères qui ne sont pas à l'avantage du Québec.
La question de la souveraineté économique montre la limite des capacités du statut de province. Seul un pays souverain peut s'exprimer dans le concert des nations et participer aux négociations des ententes commerciales à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Un Québec souverain pourrait adopter des politiques permettant au gouvernement d'avoir un droit de regard sur les achats étrangers ou d'introduire une règle de réciprocité entre les pays. Enfin, si le Québec était un pays, avec ses ressources naturelles en abondance, il serait au coeur des défis mondiaux du présent siècle, que ce soit du point de vue énergétique ou de l'accès à l'eau, par exemple.
Tant que le fédéral détiendra la combinaison du coffre-fort, les bijoux de famille des Québécois ne sont pas vraiment à l'abri. Leur prospérité, malgré toute la richesse de leur territoire, n'est pas assurée. L'été 2007 sera-t-il celui de la mort annoncée de la souveraineté économique du Québec ou celui de l'éveil des consciences quant à l'importance de rester maîtres de nos ressources naturelles?
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Sylvain Gaudreault, Député de Jonquière à l'Assemblée nationale. Porte-parole du Parti québécois en matière d'énergie


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