La Presse+, Bell, Netflix et 2015

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Bell pourrait se porter acquéreure de Gesca

Dans « prévision », il y a « vision », vision comme dans chimère, hallucination, illusion et fantasme. N’empêche, parfois, il faut bien tenter de lire dans les signes, comme un petit prophète, ne serait-ce que pour tenter son bon coup à la Bourse des valeurs socio-économiques.

Voici donc quelques suppositions, des projections plus ou moins rationnelles pour l’année qui commencera bientôt.

La Presse+. Le journal Les Affaires a demandé à ses journalistes de présenter leurs prédictions et Julien Brault, collègue chroniqueur techno et média, a lâché sa bombe en prédisant rien de moins que la fin de l’expérience de La Presse+. Pour lui, le modèle d’affaires, vicié à sa base, ne peut pas tenir : d’abord parce que le marché mondial de la pub en ligne fait constamment chuter les prix ; ensuite parce que le journal affronte ses concurrents comme Facebook ou BuzzFeed avec « une structure de coûts insoutenable ». Le nombre d’employés a plus que doublé à La Presse depuis le début de l’aventure +.

Le Cassandre ajoute que, si l’éditeur Guy Crevier réussit malgré tout son audacieux pari liant la gratuité et la dématérialisation, il sera perçu « comme un visionnaire de l’envergure de Steve Jobs ». Malheureusement, termine-t-il, tout porte à croire qu’on se souviendra plutôt de lui comme de quelqu’un qui n’avait « aucune chance face aux forces qui sont en train de redéfinir l’industrie mondiale de la publicité ».

Est-ce la seule projection possible ? Bien sûr que non. Julien Brault lui-même rappelle que Gesca, compagnie mère de La Presse, appartient à Power Corp, qui a les poches très profondes mais qui doit, elle aussi, composer avec des actionnaires réclamant des profits. Pourquoi ne pas aller plus loin, alors ? Pourquoi ne pas tout simplement envisager la vente de La Presse+ mais aussi de tous les journaux de Gesca ?

Le bruit autour de cette possibilité s’amplifie. Bell Média semble tout désigné pour cette éventuelle acquisition. Le géant médiatique canadien, de loin le plus imposant consortium au pays, possède des intérêts en télécommunication et en radiodiffusion. Au Québec, depuis l’acquisition des réseaux de chaînes de radio et de télé spécialisée d’Astral, il ne lui manque qu’une chaîne de télévision généraliste et des quotidiens pour concurrencer pleinement le rival Québecor. La dématérialisation en cours avec La Presse+ ne pourrait que rendre plus alléchante une prise capable d’alimenter encore plus en contenant les tuyaux numériques de Bell.

Radio-Canada. La prochaine année paraît aussi cruciale pour Radio-Canada. Les élections fédérales offriront l’occasion de mieux saisir les intentions de chacune des grandes formations, quoique les plateformes électorales ne semblent plus valoir grand-chose maintenant : une fois au pouvoir, les dirigeants font à leur tête, et basta pour le bon peuple. Au congrès de la Fédération professionnelle des journalistes, en novembre, le porte-parole libéral, Stéphane Dion, ne s’est pas engagé concrètement à augmenter les budgets, tandis que le chef du NPD, Thomas Mulcair, a promis de réinvestir 115 millions sur trois ans dans la boîte.

Bref, le miracle espéré par les défenseurs du diffuseur public ne se produira pas : les budgets de CBC-RC ne seront pas bonifiés, ou si peu. Le Canada va demeurer le deuxième cancre de la classe occidentale, du point de vue du soutien financier à son diffuseur public, après les États-Unis. Et le gouvernement du Québec aura beau jeu de critiquer la décision fédérale pour la frime, après avoir lui-même planifié le transfert en ligne de Télé-Québec.

Télévision. HBO, chaîne-phare du nouvel âge d’or de la série télé, lancera dans quelques jours un service d’abonnement en ligne aux États-Unis. Le service HBO Go, offert jusqu’ici en complément d’un abonnement au service câblé, deviendra une offre à tous de service de vidéos à volonté. Bien d’autres joueurs (Netflix, bien sûr, mais aussi Shomi, Global Go, Project Latte ou Amazon Prime) viennent bousculer la télé, qui pénètre à fond de train dans le grand tourbillon de la révolution par le Web.

Dans un futur de plus en plus présent en 2015, cette révolution va continuer à bouleverser les règles du jeu télévisuel, de la production comme de la diffusion des contenus. Une tendance fait se désabonner des services traditionnels pour regarder la télé en ligne, souvent en recelant des produits piratés. Une autre accentue l’américanisation des écrans branchés, la superpuissance culturelle des États-Unis reproduisant sur les petits écrans son impériale domination mondiale des grands.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) aura donc fort à faire pour ajuster le système national à cette réalité mondiale. Le Conseil doit remettre l’an prochain son rapport dans le cadre de la consultation « Parlons télé ». Ottawa a déjà affirmé qu’il n’était pas question de « taxer Netflix » pour forcer les services en ligne à contribuer à la production nationale.


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