La longue marche vers la souveraineté

Le printemps reviendra et nous reprendrons notre marche.

Crise <i>canadian</i>

Jean-Raymond Lemieux - Montréal - La longue marche du Québec vers son indépendance vient d’emprunter la route panoramique ; un gouvernement péquiste minoritaire ! 32 ans après le premier référendum et 17 ans après le dernier (avec des appuis qui sont passés successivement de 40 % à 50 %), plusieurs croyaient que l’heure était venue de redemander : « Et puis, êtes-vous prêts ? » D’autant plus que la tendresse est évacuée de nos relations avec le reste du Canada.
Si ça continue, ce sont eux qui vont faire la séparation avant nous autres, par pitié ou par écœurement. Après neuf ans de gouvernance libérale et tellement de scandales qu’il faut un site Internet dédié pour les répertorier et les cataloguer, un gouvernement péquiste minoritaire !
On aura beau crier à la division du vote souverainiste, œuvre inconsciente des vilains petits partis, il reste que près de 60 % des électeurs ont opté pour un parti fédéraliste ou l’autre. Force est de constater que la méthode ne fonctionne pas. Il manque encore un ingrédient à la recette. À moins que le problème ne soit là, dans la recette.

Jean-Martin Aussant, d’Option nationale, a quitté le Parti québécois en désaccord avec la stratégie adoptée par celui-ci. Cette stratégie consiste en gros à ne pas parler de souveraineté, à s’efforcer de former un gouvernement centriste qui ménage la chèvre et le chou et à attendre que l’opportunité se présente. On s’installe dans la watch puis si un orignal passe, on tire. On dit qu’il ne faut pas trop être pressé, il ne faut pas bouger et ne pas faire de bruit pour ne pas faire peur à l’orignal. On va attendre les événements.

Option nationale suggère une autre approche, qui n’est pas évidente pour les politiciens traditionnels ; on dit la vérité. On explique clairement pourquoi la souveraineté est à notre avantage. On l’explique à tout le monde. Pas juste avec des chansons qui font appel à nos sentiments, mais avec les arguments économiques qui sont en notre faveur. On l’explique aussi aux Premières Nations et aux anglophones, et on leur fait une belle place dans le projet. Cette méthode est plus longue et plus complexe, parce qu’au lieu d’attendre que le vent tourne, il faut faire tourner le vent. On part dans une chasse fine où l’on traque activement l’orignal, pour m’entêter dans cette analogie boiteuse.
Québec solidaire, quant à lui, croit que l’accession à la souveraineté passe par la gauche, ce qui n’est pas incongru, mais il peut être difficile de poursuivre deux lièvres à la fois. (Remarquez que je dis cela tout en ayant voté pour Amir Khadir dans Mercier.)

La multiplication des partis conjuguée au taux relativement élevé de participation de ce dernier scrutin témoignent de la vitalité et de la santé de l’engagement politique au Québec. Cependant, notre système de scrutin dépassé n’est plus consistant avec cette réalité et il se fait de plus en plus pressant de remédier à cette lacune. Avoir peur de la proportionnelle en raison de la force du vote fédéraliste de cette élection-ci, c’est demeurer dans la logique de l’embuscade. Faire confiance à l’électorat en prenant le temps d’expliquer les enjeux et en respectant le vote de conviction contribuera à ramener sa confiance.

Un autre facteur devrait augmenter l’attrait de la souveraineté ; l’union des forces et non l’union par la force. L’union par la force, c’est ce que l’on a toujours reproché au Canada. Le Parti québécois a compté sur une tactique de peur pour tenter de convaincre les souverainistes de tout acabit de se joindre à lui. En respectant les différentes positions des multiples couches de notre société et des partis politiques qui les représentent, on créera une ambiance propice aux rapprochements.

Je suis convaincu qu’une coalition des forces prônant l’indépendance aura plus d’impact auprès de l’électorat québécois, friand de consensus, que l’horrible déchirement auquel on vient d’assister. Rappelons-nous comment l’image de la coalition du PQ, du Bloc québécois et de l’ADQ lors du référendum de 1995 avait été frappante et avait donné un momentum à la campagne du Oui, qui est passé bien près de suffire.

Il n’est pas temps de nous décourager. Il nous faut apprendre de nos erreurs et poursuivre notre chemin. Je ne crois pas au destin, mais je crois à notre destination. Les embûches et les écueils ne sont qu’autant de beautés sur notre longue route, à l’image de ce grand pays sauvage qu’il nous faut sans cesse conquérir et reconquérir, comme l’ont conquis avant nous les Premières Nations. Le printemps reviendra et nous reprendrons notre marche.


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