La confession

La Lettre du cardinal Marc Ouellet

Le cardinal Marc Ouellet aura réussi un grand coup médiatique avec la confession publique des fautes de l'Église catholique. De la part de cet homme conservateur qui adhère avec ferveur à tous les préceptes de son Église et de son pape, on n'attendait pas cet acte de repentance. Pour lui accorder l'absolution des fautes avouées, il faudrait être sûr de sa véritable contrition.

Quelle est donc la faute que nous avoue Mgr Ouellet dans cette lettre aux catholiques du Québec, si ce n'est d'abord son incompréhension de la société québécoise? Les réactions à son intervention devant la commission Bouchard-Taylor l'ont atterré, jeté à bas de son cheval comme saint Paul sur le chemin de Damas. Il a vu à quel point son attaque contre «l'intégrisme laïque» ne passait pas auprès de ses concitoyens.
Ce que nous dit l'archevêque de Québec, c'est qu'il a été mal compris. Il assure ne pas prêcher un retour aux années 1950, dont il reconnaît que ce fut la période noire de l'Église du Québec, une période qui a laissé «une mémoire blessée», fermée au message du Christ. Il reconnaît les fautes de l'Église et de ses prêtres qui ont favorisé le racisme, l'antisémitisme, l'indifférence envers les autochtones, la discrimination envers les femmes et les homosexuels. Il demande pardon pour tous les abus de pouvoir.
Cette repentance mérite d'être saluée, ne serait-ce que pour l'acte d'humilité qu'elle suppose. À l'endroit des orphelins de Duplessis -- qu'il ne nomme pas, mais on sait que c'est d'eux qu'il parle lorsqu'il évoque les agressions sexuelles des prêtres et des religieux subies par les jeunes --, il est le premier prélat à s'avancer aussi loin. Toutefois, sa confession n'est pas dénuée de tout calcul.
L'objectif du cardinal est de faciliter par ses aveux une reprise de dialogue avec la société québécoise. On ne le lui reprochera pas, car c'est là l'essence même de toute démarche de pardon. Il est du rôle du pasteur de vouloir regrouper les brebis de son troupeau. Le calcul transparaît toutefois, de manière trop évidente faut-il le souligner, lorsqu'en conclusion de sa lettre il tente de nous convaincre que l'État doit respecter «la tradition québécoise de transmission des connaissances religieuses à l'école». Il reprend là la croisade qu'il mène avec des associations de parents catholiques pour faire entrer à nouveau la religion à l'école par des cours confessionnels assurés par les groupes religieux. Ce propos fait douter de la sincérité de sa démarche.
Sur cette lettre, Mgr Ouellet a apposé son titre de primat du Canada, ce qui peut laisser croire qu'il parlait au nom de tous les évêques. Ce n'est pas le cas. Ce titre n'est qu'honorifique. Le point de vue qu'il défend dans son texte est d'ordre personnel. Il est loin d'être partagé par l'ensemble de l'épiscopat du Québec. Certains évêques n'ont d'ailleurs pas hésité à exprimer devant la commission Bouchard-Taylor qu'ils estiment que l'enseignement religieux est l'affaire de l'Église et doit être dispensé à l'église plutôt qu'à l'école.
Le choix de faire de l'école un espace laïque a été longuement mûri. Il y a eu de longs débats auxquels Mgr Ouellet n'a pas pu participer depuis Rome, où il a longtemps oeuvré. Ce choix n'est pas tant une réaction aux erreurs du passé commises par l'Église, comme il le laisse supposer dans sa lettre, que le résultat d'une transformation de la société québécoise devenue plurielle au fil des ans par le fait d'une forte immigration. On peut se demander s'il comprend bien les choix faits par ses concitoyens. Ils correspondent à la réalité d'aujourd'hui et non à celle d'une époque révolue à laquelle il s'accroche. D'emblée, on aimerait que l'archevêque de Québec poursuive cette correspondance et nous dise ce qu'il comprend des valeurs du Québec contemporain. Ayant condamné la discrimination envers les femmes et les homosexuels, on aimerait savoir comment peut se vivre l'égalité dans l'Église catholique d'aujourd'hui.


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