L'UQAM sait très bien sur quel pied danser

Université - démocratisation, gouvernance et financement



Dans le cahier «Université» du Devoir des 26 et 27 avril 2008, sous le titre «Mission sociale pour le haut savoir! L'utilitaire a aussi la cote», Normand Thériault s'interroge sur les intentions de l'UQAM en ce qui concerne ses programmes de danse. «Le recteur Corbo, écrit M. Thériault, s'est ainsi demandé s'il ne fallait pas se retirer au propre et au figuré de la danse.» Le propos appelle une mise au point.
Premièrement, l'UQAM tire une grande fierté d'abriter une très importante faculté des arts rassemblant les arts visuels, le design, la littérature, les arts de la scène -- dont la danse -- et l'histoire de l'art. Cet engagement dans les arts remonte aux origines de l'établissement et en demeure un des fleurons. Il n'a donc jamais été question de mettre méthodiquement la hache dans les programmes d'arts.
Deuxièmement, l'utilitaire, puisque ce mot semble avoir la cote, n'est pas nécessairement circonscrit à une élite de disciplines choisies. Exclure les arts d'une vocation réelle à l'«utilité» économique et sociale résulte d'une singulière myopie.
Vitalité culturelle
Ainsi, par son sommet sur la culture de novembre 2007, la Ville de Montréal a clairement démontré sa volonté d'être une importante métropole culturelle. Outre une évidente contribution à la qualité de vie de sa population, le statut de métropole culturelle contribue directement à la prospérité économique de tous [...].
Dans l'économie contemporaine, les «industries culturelles» sont un secteur efficacement générateur de richesse. Les blockbusters cinématographiques, le Cirque du Soleil ou l'artiste Céline Dion ne sont que quelques exemples de phénomènes dont les retombées économiques se chiffrent par centaines de millions et même par milliards de dollars.
Utilité économique
L'opiniâtre acharnement des États-Unis à libéraliser sans restrictions le «commerce» des biens culturels prouve l'importance et la valeur financière de ce secteur d'activité. Cela élargit la notion d'«utilité économique et sociale» et projette un éclairage révélateur sur le caractère essentiel de l'enseignement universitaire des arts.
Le Québec, dans la brutale concurrence économique entre nations qui accompagne la mondialisation, n'a que peu d'atouts pouvant échapper à la délocalisation et lui permettant de développer des secteurs économiques forts. L'un d'eux est sa nature, qui peut servir de base à des activités touristiques. Un autre est son identité culturelle propre, base nécessaire d'industries culturelles (qui peuvent aussi aider l'industrie touristique, avec le patrimoine). Ici aussi, l'«utilitaire» est présent.
Former la relève
Seulement, pour faire de Montréal une métropole culturelle, pour développer des entreprises culturelles fortes, pour tirer de l'identité culturelle des biens et des services susceptibles de répondre aux marchés intérieurs et extérieurs, pour faire naître d'autres Cirque du Soleil, d'autres Céline Dion ou d'autres Invasions barbares, il faut former sans cesse une relève de créateurs, d'artistes, d'interprètes, d'écrivains, de critiques et de gestionnaires culturels.
C'est précisément le rôle de l'enseignement universitaire en arts plastiques, en design, en arts de la scène, etc., et aussi de la recherche et de la création qu'effectuent les professeurs des facultés des arts. C'est pourquoi l'UQAM tire grande fierté de sa faculté des arts et entend la soutenir et la développer pour répondre à d'évidents besoins de Montréal et du Québec, besoins non seulement culturels et sociaux mais aussi économiques. Au sens large du terme, les arts sont tout aussi «utilitaires» que les autres disciplines universitaires.
La danse revue et corrigée
Venons-en enfin à la danse. L'UQAM offre un programme de baccalauréat en danse et aussi une maîtrise. Il n'est pas question de les supprimer. Cependant, comme d'autres, ces programmes font l'objet d'une revue qui a pour objectif de les préserver dans les meilleures conditions pédagogiques et économiques possibles.
C'est le cas du baccalauréat en danse. Cependant, quand un programme ne compte pas d'étudiants (par exemple, le diplôme d'études supérieures en danse comptait un inscrit en 2006 et aussi un seul en 2007), une décision doit être prise. Avec l'accord des instances intéressées, il fut décidé de suspendre les admissions; il ne faut pas s'obstiner.
Maîtrise
Quant à la maîtrise en danse, la décision a été prise, encore une fois avec l'accord des unités concernées, d'ouvrir les admissions aux deux ans dans l'espoir de constituer une cohorte suffisamment nombreuse pour que le programme puisse se donner avec la variété de cours appropriés. Il est injustifié de croire que l'UQAM veut abolir la formation en danse. Mais on ne peut pas forcer une université à dispenser des programmes où il n'y a pas d'inscrits.
Ainsi, tant pour la formation en danse que pour la formation en arts en général, l'UQAM sait très bien sur quel pied danser. Il s'agit de maintenir le meilleur éventail possible de programmes en arts pour répondre aux besoins de la société en privilégiant les programmes menant à des grades parce que, par leur nature même, les programmes courts visant le réoutillage ou le recyclage de groupes limités ne peuvent avoir une semblable permanence.
***
Claude Corbo, Recteur de l'UQAM


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé