PRODUCTIVITÉ

L’OCDE rappelle le Canada à l’ordre

Le pays doit à ses exportations de pétrole la bonne performance relative de son PIB

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À tout miser sur le pétrole, Harper a fait reculer le Canada

Le Canada a fait « peu de progrès, sinon aucun », depuis dix ans dans des domaines qui seront cruciaux pour l’amélioration de sa productivité et son développement économique à long terme, estime l’OCDE.

Le Canada peut se vanter d’avoir un produit intérieur brut (PIB) par habitant plus élevé que la moyenne de la moitié la plus riche des 34 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), admet le forum économique basé à Paris dans l’édition 2015 de son rapport Objectif croissance. Cette performance enviable ne tient toutefois pas à la productivité de son économie qui est inférieure à la moyenne, mais en bonne partie aux bénéfices qu’il tire de ses exportations pétrolières, lui rappelle-t-on.

L’OCDE déplore notamment — dans une toute petite sous-section réservée au Canada dans un rapport qui compte presque 350 pages — qu’aucune action n’ait été entreprise depuis dix ans pour réduire les obstacles à l’investissement étranger dans des domaines comme les télécommunications, le transport aérien et la radiodiffusion. Elle plaide aussi pour une plus grande concurrence dans le secteur des services qui passerait notamment par une abolition du monopole et une privatisation de la Société canadienne des postes, une libéralisation des services professionnels et un accès plus facile au mécanisme d’arbitrage de l’accord sur le commerce intérieur.

Convaincu que les taxes et les impôts peuvent aussi influencer les comportements, l’OCDE presse les gouvernements de réduire leurs impôts sur les revenus des entreprises et les particuliers en ayant plus recours, à la place, aux taxes à la consommation et aux taxes vertes, ainsi qu’en réduisant des crédits d’impôt aux effets nuisibles et régressifs. Reprenant des recommandations maintes fois entendues, le rapport encourage le Canada à poursuivre la réforme de ses programmes d’aide à la recherche et au développement afin de les rendre, parfois plus généreux, mais surtout mieux ciblés. On revient aussi sur l’importance d’assurer une meilleure adéquation entre l’offre de nouveaux diplômés et de travailleurs immigrants et la demande des entreprises. On note à ce chapitre que de meilleurs programmes de prêt et bourses aideraient les étudiants issus de milieux moins riches à aller chercher la formation nécessaire à leur plein développement professionnel.

Sortir de la stagnation

Le Canada n’est pas le seul pays à se faire rappeler à l’ordre par l’OCDE. « Le rythme des réformes économiques s’est ralenti dans la plupart des économies avancées, après une accélération sensible au cours de la crise économique mondiale », observe-t-elle dans son rapport dévoilé lundi, à Istanbul, en Turquie, en marge de la réunion des pays du G20. Bien qu’aussi en recul, l’intensité des réformes demeure tout de même forte dans les pays qui ont été en grandes difficultés, comme la Grèce, l’Espagne, l’Irlande ou le Portugal, admet-on. Elle a aussi augmenté au Japon.

Pendant ce temps, « le rythme des réformes s’est accéléré dans la plupart des grandes économies émergentes, en particulier en Chine et au Mexique », fait remarquer l’OCDE.

Le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, a dit comprendre « les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux gouvernements pour faire avancer les réformes [structurelles nécessaires], dans un contexte de faible demande, de marge de manoeuvre budgétaire limitée et de chômage élevé ». Il a toutefois rappelé qu’un nombre alarmant de pays ont non seulement traversé une crise économique, mais en sont aussi ressortis avec un potentiel de croissance futur qui a diminué. « Un agenda ambitieux de réformes peut contribuer à stimuler la création d’emplois, à renforcer la productivité et à soutenir la demande, ce qui est crucial pour empêcher que s’enclenche un cercle vicieux suivant lequel une demande atone et un accroissement des inégalités sapent la croissance potentielle et la confiance, risquant d’entraîner une stagnation persistante. »

Libéraliser et former

Les recommandations de l’OCDE font la part belle à la libéralisation du commerce et des investissements, à un assouplissement des réglementations des marchés et du travail ainsi qu’à la stimulation de l’innovation. Elles mettent aussi en avant des politiques d’emploi, de formation, mais aussi de garderies visant à lever les obstacles à la participation au marché du travail des femmes, des jeunes, des plus vieux et des personnes moins qualifiées.

Ces recommandations arrivent alors que les pays du G20 se sont engagés, en novembre, au Sommet de Brisbane, à mettre en place des politiques qui augmenteront d’ici cinq ans de 2 % leur PIB commun.

L’OCDE estime que les réformes structurelles mises en place par ses pays membres depuis dix ans ont augmenté leur potentiel de croissance par habitant de 5 %. Elle croit qu’ils pourraient encore faire augmenter ce potentiel de 10 % en adoptant simplement les meilleures pratiques existantes en ce domaine.


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