Exploitation commerciale de l'eau du Québec

L'Institut économique durement rabroué

EAU - Commerce de l'eau



Le rapport de l'Institut économique de Montréal (IEDM) en faveur d'une exploitation commerciale des eaux québécoises s'est mérité hier une volée de bois vert.
Pour l'ancien président de la commission québécoise sur l'eau, André Beauchamp, aujourd'hui président du Centre de l'eau Aquacentrum, il s'agit «moins d'une étude que d'un plaidoyer» basé, dit-il, sur de «faibles références». Il se montre inquiet de voir l'IEDM relancer un tel débat dans un contexte économique difficile, ce qui ouvre la porte à une exploitation démagogique du thème.
À son avis, il n'est pas très sérieux de penser que le Québec puisse vendre ses eaux brutes de surface à 65 ¢ du mètre cube alors qu'il en coûte un peu plus à une ville comme Montréal pour produire une eau traitée.
Le rapport de l'IEDM estime que Québec pourrait engranger 6,5 milliards s'il vendait une petite partie de ses eaux aux pays assoiffés, comme les États-Unis, par devoir humanitaire. L'organisme, bien connu pour ses positions néolibérales, estime que l'exploitation commerciale des eaux de surface québécoises pourrait rapporter 65 milliards par année, dont 10 % pourrait revenir à l'État.
«Une folie»
L'ancien ministre québécois de l'Environnement Clifford Lincoln, qui a aussi été secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l'Environnement, dit avoir été «estomaqué» par la sortie de l'IEDM. Il se demandait hier si c'était un «ballon d'essai» devant un projet méconnu d'exportation ou une dérivation massive de nos eaux, ou une relance du débat sur la privatisation de l'eau pour en faire une marchandise, dont le prix inciterait chacun à en faire un usage parcimonieux.
Pour Clifford Lincoln, «c'est une folie, purement et simplement, de penser exporter nos eaux en cachant les intérêts commerciaux derrière de tels projets par des raisons humanitaires. Ce pourrait bien être plutôt une nouvelle tentative de relancer des idées comme celles du Grand Canal. Je pensais que c'était un débat clos après toutes les commissions qu'on a eues sur l'eau et qui ont donné lieu à des projets de loi partout au Canada pour empêcher les exportations et les transferts massifs.»
Martine Ouellet, la nouvelle présidente de la coalition Eau-Secours, qualifie «la proposition de l'IEDM est totalement farfelue sur le plan économique et d'inacceptable sur les plans éthique et environnemental. Exporter 10 % de l'eau du Québec se traduirait par une ponction de 20 % à 25 % dans le sud de la province, où l'approvisionnement de villes n'est pas toujours assuré, et ajouterait en même temps au problème des Grands Lacs, qui engrangeront de moins en moins d'eau avec les changements climatiques. Ce projet irait aussi à l'encontre des préoccupations du public, clairement exprimé par les lois qui interdisent les dérivations et exportations massives. Enfin, il est illusoire de penser que les États-Unis achèteraient à 65 ¢ du mètre cube de l'eau qu'ils peuvent produire chez eux à ce prix. Il faudrait la vendre beaucoup moins cher. Comme Québec est incapable d'imposer des redevances sur ses eaux souterraines, on imagine mal qu'il exigerait de fortes redevances pour des eaux de surface.»
Pour le président de Nature Québec, Michel Bélanger, le Québec va certainement un jour se retrouver face à des besoins humanitaires, mais ce n'est pas en faisant de l'eau une marchandise commerciale qu'il va gérer ce problème. La commission Beauchamp sur l'eau, dit-il, a indiqué que personne n'avait démontré la rentabilité de ce type d'exportation. Et rien de nouveau n'a été apporté depuis.
Me Bélanger se demande s'il n'y a pas un lien entre cette sortie de l'IEDM et l'étude prochaine en commission parlementaire du projet de loi du gouvernement Charest qui veut faire des eaux souterraines un patrimoine québécois, ce qui conférerait à l'État une mainmise qu'il n'a pas présentement sur cette ressource, d'usage commun d'après le Code civil.


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