L’apologie du vide

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La course à la chefferie du PLQ est d'une insignifiance totale


Aussi déconcertantes que puissent être les propositions de Guy Nantel, son entrée dans la course à la chefferie du PQ n’en promet pas moins des débats animés. On ne peut pas en dire autant du PLQ, où l’ennui semble s’être installé à demeure.


Une collègue de La Presse canadienne écrivait en fin de semaine dernière qu’Alexandre Cusson demeure une énigme, tant dans sa pensée que dans sa personnalité. Trois mois après qu’il s’est officiellement porté candidat à la succession de Philippe Couillard, on attend toujours que l’ancien maire de Drummondville laisse échapper quelque chose d’un peu consistant. Pour le moment, tout ce qu’on sait est qu’il veut faire entrer le PLQ « dans la modernité » et qu’il souhaite introduire une forme de décentralisation. On a presque hâte d’entendre la prochaine intervention de Marwah Rizqy.


Il est de plus en plus difficile de se défaire de l’impression qu’on l’a convaincu d’entrer dans la course simplement pour éviter le couronnement de Dominique Anglade. Au train où vont les choses, c’est à se demander comment on va réussir à tenir les cinq débats qui sont prévus sans que les spectateurs tombent de sommeil.


Si l’insipidité des propos de M. Cusson étonne, on ne peut pas dire que la campagne de l’ancienne vice-première ministre ressemble à un feu d’artifice. Le texte qu’elle a fait publier samedi dans Le Soleil sous le titre « Pourquoi militer au Parti libéral du Québec en 2020 ? », truffé de lieux communs, aurait tout aussi bien pu s’intituler « L’apologie du vide ».


Invité à animer la discussion au conseil général du PLQ, en juin 2013, Jean-Luc Mongrain avait voulu brasser un peu la cage en demandant à brûle-pourpoint à une jeune militante : « C’est pas un peu niaiseux pour un jeune d’être libéral ? » Sept ans plus tard, sa question n’a rien perdu de sa pertinence. Depuis leur défaite historique du 1er octobre 2018, les libéraux semblent incapables de trouver le chemin du renouvellement.


   

« À travers ses valeurs, le Parti libéral du Québec doit reprendre l’initiative du débat et des idées, et retrouver l’élan et l’esprit qui l’animaient lors de la Révolution tranquille, ceux d’un grand parti de grands progrès économiques et sociaux pour tout le Québec », écrit la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne.


C’est aussi ce que disait Philippe Couillard quand il est devenu chef. Pour ce faire, le PLQ avait créé un « Forum des idées pour le Québec », qui s’est réuni à cinq reprises. L’exercice se voulait « grand public », à 150 $ l’entrée. Des batteries d’experts étaient chargés de nourrir la réflexion des participants, mais cela avait plutôt eu pour effet d’alimenter le scepticisme. Après deux ans de compressions budgétaires, la quatrième édition du Forum (septembre 2016), qui portait sur les politiques sociales et la lutte contre les inégalités, avait pris des allures de provocation aux yeux de plusieurs.


Après Jean Charest et Philippe Couillard, Mme Anglade découvre à son tour les mérites du petit ouvrage sur les « valeurs libérales » que Claude Ryan avait rédigé en 2003, qui semble surtout avoir donné aux libéraux l’impression qu’ils n’ont pas besoin de réfléchir par eux-mêmes. Bien entendu, « la première étape est de redonner le pouvoir aux militants de notre parti… », dit-elle. Combien de fois ont-ils entendu ce refrain ?


   

Il est vrai que la désaffection envers le projet souverainiste ne permet plus au PLQ de se définir d’abord comme le défenseur de la fédération canadienne, mais il aurait tort de penser que cela le dispense de toute réflexion sur la question nationale. À des degrés divers, les trois autres partis représentés à l’Assemblée nationale remettent en question le statut actuel du Québec dans le Canada.


Même Philippe Couillard, quand il est devenu chef, voulait ressusciter l’accord du lac Meech, jusqu’à ce qu’il prenne la mesure de l’hostilité du Canada anglais à une réouverture du dossier constitutionnel.


Même si les Québécois ont présentement des préoccupations plus urgentes, il est difficile d’imaginer que quelqu’un puisse aspirer à devenir premier ministre en se montrant satisfait du statu quo. Simplement affirmer qu’être Québécois est notre façon d’être Canadiens, comme le proclamait M. Couillard, revient à dire que le Québec est une province comme les autres, dans la mesure où Doug Ford pourrait aussi dire qu’être Ontarien est sa façon d’être Canadien.


Mme Anglade semble limiter la question nationale au statut politique. Pour l’heure, celle-ci s’incarne dans les débats sur la laïcité et la langue. En s’engageant à ne pas renouveler la disposition de dérogation que le gouvernement Legault a incluse dans la loi 21, les deux candidats à la direction du PLQ nient en réalité aux Québécois le droit de choisir leur façon d’être Canadiens.