L'alibi

Un renversement du Gouvernement est à prévoir

Chronique de Normand Perry

De deux maux, il faut toujours choisir le moindre
Devant la catastrophe appréhendée au plan économique, peut-on vraiment abdiquer alors que l’on sait très bien que l’existence même de l’humanité est en péril par le rejet honteux des objectifs de Kyoto ?
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Le ministre fédéral de l’Environnement, [John Baird, annonçait le 19 avril à Ottawa que le Canada risquait de tomber en récession->rub446], plus grave que celle du début des années 1980, si le respect des objectifs de Kyoto devait être maintenu. Conséquences d’une telle récession : une augmentation assez importante du chômage et catastrophe au plan économique, dit-il.
Beaucoup d’observateurs mettent en doute le rapport sur lequel s’appuie John Baird pour annoncer cette apocalypse économique. Même la nouvelle ministre de l’Environnement à Québec, Line Beauchamp, fut obligée, à peine vingt-quatre heures après sa nomination à ce poste dans le nouveau gouvernement Charest, de faire remarquer que ce rapport présenté par John Baird aux sénateurs libéraux (rapport appuyé par les dirigeants de la TD Bank) fait uniquement la démonstration du pire des scénarios au plan économique, si le Canada s’engage dans le respect intégral des objectifs de Kyoto pour 2012. Madame Beauchamp a relevé avec justesse que ce rapport ne fait aucunement mention des bienfaits, même au plan économique, du respect intégral de Kyoto.
Admettons par pure hypothèse que John Baird ait raison. Le protocole de Kyoto est respecté à la lettre et puis boom, le prix de l’essence monte en flèche et se maintient à $1.60 le litre, le fardeau fiscal des familles canadiennes augmente en moyenne de quatre mille dollars annuellement, 275,000 emplois sont perdus, etc. Enfin, vous voyez le tableau noir qui se dessine selon John Baird. Bon, disons que tout cela est vrai et que ça arrive comme ça !
Et puis après ?
L’être humain est-il à ce point devenu aveuglé par cet esprit mercantiliste qu’il soit incapable de voir que c’est l’avenir même de son espèce qui est au centre du débat présent à propos de Kyoto ?
Qu’est-ce que c’est, en gravité, une catastrophe au plan économique, si le prix à payer pour le rejet de Kyoto est la disparition de toute forme de vie humaine sur notre planète en moins d’un siècle ? Je n’invente pas ce scénario, vous savez. Hubert Reeves, notre célèbre astrophysicien, pense le plus sérieusement du monde que si les objectifs de Kyoto ne sont, non seulement pas respectés, mais dépassés et accentués, la race humaine risque tout simplement de ne pas être mesure de franchir le XXIIième siècle. Ce n’est pas très très loin ça 2101 !
Mais à vrai dire, que recherchent les conservateurs en sortant ainsi les gros épouvantails à moineaux ? Vous avez remarqué la réaction des partis d’opposition à la Chambre des communes ? De manière unanime, ils se sont tous braqués contre cette étude du ministre Baird. Et qu’arrivera-t-il si un vote de confiance était appelé en chambre sur cette question précise ? Un renversement du Gouvernement est à prévoir. Et c’est probablement ce que recherche le Premier ministre canadien Stephen Harper : un alibi pour se retrouver en campagne électorale. C’est un secret de polichinelle qu’il se cherche une majorité, et tout est calculé en fonction de ce but depuis janvier dernier. La tendance dans les sondages donne aux conservateurs des espoirs de gains réels au Québec, peut-être aussi en Ontario. Machiavel se serait-il trouvé un digne successeur en Stephen Harper ?
Des économistes
Mais revenons sur ce rapport évoqué en introduction. Ce rapport fut effectué par des économistes chevronnés peut-être, mais des économistes.
La situation précaire actuelle des écosystèmes planétaires et des changements climatiques commande de manière impérative un changement de paradigme dans notre façon d’envisager l’avenir tout court. Les scientifiques ont prouvé hors de tout doute raisonnable, depuis au moins les cinq dernières années, par maintes études toutes aussi crédibles les unes que les autres, que la dégradation de cette situation précaire est en course accélérée. Les économistes doivent se mettre dans la tête une fois pour toutes qu’il est désormais impossible de considérer l’économie dans un silo bien isolé. L’avenir de l’économie ne peut être envisagé de manière compartimentée par rapport à la vie sociale, par rapport à l’écologie ou par rapport à l’avenir même de l’humanité.
Les conservateurs avaient gagné, dans l’esprit de beaucoup de gens, de l’estime et du respect dans leur façon de gouverner jusqu’à ce jour. La sortie du ministre John Baird lorsqu’il a présenté ce rapport économique aux sénateurs est un bien mauvais calcul de la part du gouvernement Harper. Le ministre sous-estime l’importance réelle des questions environnementales et climatiques dans l’esprit de chaque citoyen. S’il devait y avoir un renversement sur cette question à la Chambre des communes, monsieur Harper pourrait se retrouver en très fâcheuse position devant l’électorat, car la prochaine élection porterait strictement sur ce thème et c’est sur ce comportement irresponsable qu’il pourrait être jugé. Les conservateurs ont fait clairement la démonstration qu’ils sont prêts à hypothéquer l’avenir même du genre humain, strictement pour une question de sous.
Une fois de plus, le Bloc québécois pourrait devenir la pierre angulaire sur laquelle s’enfargerait toute formation politique fédérale refusant de respecter une des valeurs fondamentales du peuple québécois, son attachement aux valeurs humanistes. La protection de l’environnement, tout comme la lutte aux changements climatiques, fait partie intégrante de ces valeurs.
Comment croire à un discours de fédéralisme d’ouverture alors que dans notre dos l’on veut accélérer la fin abrupte de l’histoire humaine ?

Squared

Normand Perry126 articles

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On pourrait le décrire comme un grand passionné de communication, de philosophie, de politique, d'histoire, d'astronomie, de sciences, de marketing, de musique classique et d'opéra. Normand Perry mène une vie publique bien remplie, toujours avec des projets plein la tête et des rêves à réaliser.

Après avoir obtenu un premier diplôme universitaire en philosophie au milieu des années ’90, Normand Perry débute sa vie publique comme pamphlétaire, exprimant ses opinions librement, ces dernières étant publiées régulièrement dans les journaux régionaux, les quotidiens et divers sites Web.

Depuis avril 2004, il travaille chez [Soleil communication de marque->http://www.soleilcom.com/], agence de publicité montréalaise, où il est au développement des affaires, en veille stratégique et aux relations publiques.

Depuis juillet 2010, il s’est vu confié un projet radiophonique à [l’antenne de Radio Ville-Marie->http://www.radiovm.com/index.aspx] où il conçoit, réalise, anime et supervise le montage d’une émission portant sur l’orthodoxie chrétienne au Québec : [Voix Orthodoxes->http://www.voixorthodoxes.org/].

Sa plume va le conduire en politique active.

Après s’être fait connaître comme pamphlétaire à partir du début des années 2000 dans sa région du Suroît, il se fait remarquer, et on lui propose la présidence de circonscription au Parti Québecois dans Soulanges au début 2005. Suite à la démission inattendue de Bernard Landry en juin 2005 comme chef de cette formation politique, Normand Perry appuie d’emblée la candidature de Louis Bernard tout en s’opposant farouchement à l’élection d’André Boisclair. Lorsque ce dernier remporte la chefferie du PQ en novembre 2005, Normand Perry démissionne de sa présidence et quitte le PQ sur-le-champ.

A l’automne de la même année il se fait élire au conseil municipal à Les Coteaux dans la circonscription de Soulanges au Québec. Il se voit confier notamment les responsabilités du comité des loisirs, où conçoit et implante un programme de subvention à l’activité sportive pour les jeunes; il occupe la vice-présidence du HLM, il aussi responsable de la sécurité publique et participe activement à la fondation de la Régie inter municipale des Pompiers du Lac-St-François (fusion des services des incendies de Les Coteaux et St-Zotique).

Lors de la création du nouveau parti politique Québec solidaire en février 2006, il en devient membre et participe au congrès de fondation à Montréal. Il se porte candidat aux élections provinciales de mars 2007 pour cette formation politique dans la circonscription de Beauharnois.

Après ces quelques années en politique active, il poursuit son œuvre de réflexion pamphlétaire, notamment sur le [Blogue de Normand Perry->http://normandperry.blogspot.com/] tout comme sur Vigile et bien d’autres médias québécois





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