Jean-François Lisée renonce à son double salaire

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La rapidité salutaire de la réaction n'efface pas la maladresse du geste initial, ni surtout ce qu'il révèle de l'homme


(Québec) Sous le feu des critiques, le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, a décidé de renoncer à sa double rémunération, mercredi. Il versera le salaire qu'il reçoit de l'Université de Montréal à des organismes qui viennent en aide aux décrocheurs.
Il en a fait l'annonce sur son blogue. «Je vais remettre la somme qui m'est versée par l'Université de Montréal depuis le 1er septembre, puis, tant que je serai un élu, la somme de la pension qui commencera en mars, à ceux qui en ont beaucoup, beaucoup, plus besoin que moi: aux décrocheurs qui veulent réussir sur le marché du travail», a écrit le ministre depuis Washington où il est en mission. Il remettra ces sommes «de façon régulière et prévisible» aux entreprises d'insertion de Rosemont, sa circonscription.
Jean-François Lisée s'est retrouvé dans l'embarras en raison du salaire de 8667 $ par mois qu'il touche de l'Université de Montréal en sus de sa rémunération de ministre (150 924 $ par an, plus une allocation de dépenses de 15 895 $).
En vertu d'une quittance conclue en mars dernier, l'université a accordé à M. Lisée «un congé de préretraite avec maintien de son salaire annuel actuel» de quelque 104 000 $. Il touche ce salaire jusqu'au 28 février prochain. Toujours selon l'entente, l'université doit lui verser une indemnité de départ de 27 108 $, dans son REER. La Presse a obtenu une copie de cette entente, dont le Journal de Montréal a parlé mercredi, en vertu de la loi sur l'accès à l'information.
Jean-François Lisée a demandé au commissaire à l'éthique, Jacques Saint-Laurent, de se pencher sur sa double rémunération. Dans un avis émis le 27 novembre, le commissaire conclut que le ministre n'enfreint aucune règle. «Il appert qu'aucun texte contraignant n'encadre, ou ne limite, le droit d'un membre du Conseil exécutif de recevoir une rente de retraite, une allocation ou une indemnité de départ, pour un poste qu'il exerçait avant d'être élu et nommé membre du Conseil exécutif», souligne-t-il. Or, dans le cas des administrateurs publics, un règlement prévoit «certaines situations», comparables à celles de M. Lisée, «pour lesquelles le remboursement d'une allocation ou d'une indemnité de départ est exigé», note Jacques Saint-Laurent.
La décision du commissaire «me renvoie donc à ma propre conscience, et à ma propre conscience sociale. Cela me renvoie au principe d'exemplarité», a affirmé M. Lisée sur son blogue. Il a donc choisi de remettre son salaire à des organismes.
Quelques heures avant cette annonce, la première ministre Pauline Marois disait pourtant qu'il n'y avait aucun problème avec le «salaire différé» de M. Lisée. «Il est allé au commissaire pour s'assurer que c'était correct. Je pense qu'il faut prendre la mesure des choses», a-t-elle affirmé.
La controverse entourant la double rémunération de M. Lisée a toutefois provoqué un malaise dans les rangs péquistes. D'autant plus qu'elle survient alors que le gouvernement Marois impose des compressions de 124 millions de dollars aux universités. «Je n'aime pas une nouvelle de même au moment où on doit tous faire des efforts de rationalisation pour être responsables sur le plan du bon usage des fonds publics», a affirmé le vice-premier ministre François Gendron. Il a fait valoir que le contrat entre M. Lisée et l'Université de Montréal est légal. Mais il «espère» qu'il n'y a pas d'autres cas de double rémunération au sein du gouvernement.
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, n'a pas voulu commenter le cas de M. Lisée. Il a toutefois rappelé que le gouvernement veut examiner les politiques salariales des universités.
M. Lisée a reconnu lui-même que son contrat n'était «pas usuel». Selon ses explications, au moment de son embauche, l'Université de Montréal ne pouvait lui donner la rémunération qu'il demandait en raison des échelles salariales existantes. L'institution a ainsi accepté de lui accorder un 13e mois par année payable au moment de son départ, d'où l'entente conclue en mars.
Plus tôt mercerdi, le député libéral Laurent Lessard avait demandé à M. Lisée de renoncer à sa double rémunération. «Pauline Marois disait qu'elle va laver plus blanc que blanc, que c'est un gouvernement qu'elle dit éthique, mais après trois mois, je pense que c'est pathétique!» a-t-il lancé, rappelant les affaires Breton et Boisclair.
Le député caquiste Gérard Deltell, pour sa part, estime que M. Lisée n'avait pas le choix d'abandonner le salaire de l'Université de Montréal. «Il aura fallu que ce soit connu pour qu'il se rende à l'évidence. Pauline Marois tolère des choses qui n'ont pas de bon sens», a-t-il affirmé. Selon lui, le gouvernement Marois multiplie les «cachotteries» depuis son élection.


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