Colonies en Cisjordanie

Israël a caché des données sur la propriété des terres

Sionisme sous pression

Guy Taillefer - Édifiant document mis au jour par Haaretz sur la colonisation illégale en Cisjordanie. Le quotidien israélien a récemment mis la main sur une banque de données gouvernementale dont le contenu entre en nette contradiction avec la position officiellement défendue par l'État hébreu au sujet des colonies juives de peuplement.
«Pour la première fois, écrit le journaliste Uri Blau, des informations que l'État cachait depuis des années sont révélées.» Dans environ 75 % des colonies, fait ressortir Haaretz, des infrastructures ont été construites sans les permis appropriés ou en violation de ceux qui avaient été délivrés. La banque de données indique en outre que, dans plus de 30 colonies, des travaux de construction de grande envergure (des routes, des écoles, des synagogues, des bureaux municipaux et parfois même des postes de police) ont été réalisés «sur des terres privées appartenant à des résidants palestiniens de la Cisjordanie».
Pour Dror Etkes, de l'organisation de paix israélienne Yesh Din, «le refus du gouvernement de rendre ces documents publics pour des raisons de sécurité est un autre exemple de la façon dont l'État exploite son autorité» pour empêcher la population de s'informer de manière éclairée. D'ailleurs, le reportage interroge des résidants qui sont surpris d'apprendre que la colonie qu'ils habitent empiète sur des terres palestiniennes.
Quelque 290 000 Juifs habitent dans 120 colonies et des douzaines d'«avant-postes» établis dans les territoires occupés depuis la guerre des Six Jours de juin 1967. Leur population a crû de 95 000 personnes depuis 2001, malgré les promesses faites par Israël d'en cesser l'expansion. Cette colonisation touche au coeur de l'inextricable conflit israélo-palestinien. Elle est un obstacle central aux efforts de paix et à la création un jour d'un État palestinien qui soit suffisamment unifié sur le plan territorial pour former véritablement un pays.
La position officielle de l'État consiste à dire qu'il «ne réquisitionne pas de terres privées pour établir des colonies». Le contenu de la banque de données et l'analyse qu'en fait Haaretz sont bien différents. «Des quartiers entiers construits sans permis ou sur des terres privées font partie de manière inséparable des colonies», relève le quotidien. Un cas parmi bien d'autres est celui du quartier de Ramat Zvi, situé dans la colonie d'Ofra, au sujet duquel il est indiqué dans ladite banque: «Il y a environ 200 structures permanentes. [...] Elles empiètent toutes sur des terres privées.»
L'étendue des irrégularités relevées dans le document gouvernemental atteste en outre du «fonctionnement inadéquat» de l'administration civile, de la bureaucratie responsable de l'émission des permis et de la supervision de la construction dans les territoires. En l'absence de supervision, les conseils régionaux des colonies ont, dans les faits, occupé le territoire comme bon leur semblait. Ceci expliquant cela, «l'establishment a préféré ne pas savoir exactement ce qui se passait en cette matière», souligne Haaretz.
Il se trouve pourtant que plusieurs des informations contenues dans la banque de données que le gouvernement aurait voulu garder secrètes sont déjà très bien documentées par des organisations israéliennes comme La paix maintenant. Le ministère de la Défense a décidé, en 2005, de faire un état des lieux exhaustif dans le but, justement, de se prémunir contre des poursuites intentées par des résidants palestiniens ou des organisations de droits humains.


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