Investissement insuffisant

Éducation — l'effondrement du système


Avec la rentrée, le gouvernement Charest tente de montrer qu'il a à coeur l'enseignement postsecondaire et qu'il fera tout pour qu'Ottawa l'ait tout autant. Malheureusement, son message sonne faux. Il laisse croire à la population que l'avenir des universités québécoises est assuré, alors que l'écart se creuse avec les établissements du reste du pays.
Depuis quelques semaines, les libéraux mettent l'éducation aux services de leurs intérêts politiques.
Au dernier budget Audet, ce printemps, les universités et les cégeps sont restés sur leur appétit. Même si l'enseignement supérieur figurait parmi les priorités des libéraux lors de la campagne électorale de 2003, le réinvestissement promis n'était toujours pas au rendez-vous. Québec n'assurait que les frais de système. Si bien que les universités ont dû passer les derniers mois à tenter de limiter leur déficit. En vain. Il atteint 300 millions $.
Mais, à la surprise générale, au dernier congrès de la Commission jeunesse du PLQ au début du mois, la "gestion rigoureuse" du gouvernement a permis d'annoncer un investissement de 240 millions $ pour les universités et de 80 millions $ pour les cégeps. Quel bon timing pour un gouvernement en manque de popularité que de pouvoir annoncer aux jeunes qu'il investit dans l'éducation !
D'autant plus lorsque c'est ce même gouvernement qui avait suscité un tollé général dans la population dès le début de son mandat, en réduisant l'aide financière aux étudiants.
Voulant faire plus de millage avec sa bonne nouvelle, le premier ministre et son ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, ont fait mercredi dernier une sortie publique avec les recteurs et les représentants des cégeps. Réclamant de l'argent neuf depuis des années, ces derniers n'ont pas eu le choix de jouer le jeu et d'afficher leurs plus beaux sourires malgré la minceur de l'enveloppe.
Bien sûr, il est heureux à première vue que Québec débloque 320 millions $. Cela fait cependant trois ans que les établissements attendent et accumulent du retard par rapport à leurs homologues canadiens.
Il y a trois ans, les recteurs et le ministère de l'Éducation avaient estimé qu'il manquait 375 millions $ par an aux universités québécoises pour rejoindre la "moyenne" canadienne. Les cégeps évaluent leurs besoins à 245 millions $. Les dollars versés par MM. Charest et Fournier ne permettent pas de faire du rattrapage. D'autant plus que le ministre a bien précisé qu'il s'agissait d'une avance sur les fonds à venir d'Ottawa. On s'éloigne donc d'un réseau universitaire qui répond aux standards de qualité les plus élevés à l'échelle internationale.
Le fossé ne peut donc que se creuser entre les universités du Québec et celles du reste du pays, notamment celles de l'Ontario, qui ont les moyens d'équiper adéquatement leur campus, de recruter les meilleurs professeurs, les plus brillants étudiants, et de mener des recherches dans les secteurs de pointe.
Les libéraux comptent sur Ottawa pour rehausser le financement des universités. Il est vrai que le gouvernement fédéral a réduit ses transferts au fil des ans. Tout comme dans le secteur de la santé.
Québec saura toutefois mieux convaincre Ottawa de consacrer une part de ses surplus à l'enseignement supérieur si son propre engagement à l'égard des universités et des collèges est profond et sincère.
Les convictions des Charest et Fournier apparaissent cependant bien fragiles et bien circonstancielles. S'ils mettent trois ans à concrétiser un engagement prioritaire, s'ils attendent le moment politiquement opportun pour le faire, leurs homologues fédéraux seront bien tentés de faire comme eux.
bbreton@lesoleil.com


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