Incertitudes libérales

Géopolitique du Proche-Orient


Personne au Canada n'ignore plus le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais qui, outre qu'il bouleverse le Moyen-Orient, est en train de faire des victimes jusqu'au sein du Parti libéral du Canada. Celui-ci n'arrive pas à se définir une position commune, ni à cacher ses divisions, de plus en plus nombreuses. Parti emblématique de la paix, certains de ses membres s'éloignent de la ligne traditionnelle qui lui a toujours fait prendre le parti de la neutralité dans les conflits internationaux.
L'appui donné cette semaine par le député de Mont-Royal, Irwin Cotler, à la position du gouvernement conservateur aura plus que tout porté au grand jour ces divisions. Alors que jusque-là on pouvait plutôt parler de malaises et d'hésitations des uns et des autres, ce n'est plus le cas. La ligne de parti ne tient plus et on ne craint plus de prendre ses distances de ce qui tient lieu de position officielle du parti définie par le chef intérimaire, Bill Graham. Prenant le contre-pied du premier ministre Harper, celui-ci avait qualifié de «politiquement dangereuse et contre-productive» la stratégie adoptée par Israël.
Les plus mal à l'aise dans ce débat sont évidemment les candidats à la succession de Paul Martin, qui s'y trouvent aspirés à leurs corps défendant. Quelle que soit la position qu'ils prendront, ils savent qu'ils feront des mécontents.
Têtes d'affiche de cette course au leadership, Bob Rae et Michael Ignatieff ont ainsi été d'une extrême prudence même s'ils sont gens habitués à traiter de questions fort complexes. Avec une formule du genre: «Nous disons oui à Israël, oui à la Palestine, oui au Liban, mais non au terrorisme», M. Rae prenait peu de risques de déplaire à qui que ce soit. Pour sa part, M. Ignatieff a pendant plusieurs jours pris soin de ne pas se commettre pour éviter ceux de ses partisans qui viennent de la communauté juive, mais il a fini par accoucher d'une position. Celle-ci se voulait une sorte de compromis, mais constituait tout de même une reconnaissance de la justesse de la position israélienne. Il n'a évidemment pas fait l'unanimité.
Pour les libéraux, il n'y a rien de plus urgent qu'un cessez-le-feu, que semble promettre la résolution franco-américaine au Conseil de sécurité des Nations unies, afin de pouvoir passer à autre chose. Néanmoins, le mal est fait, pris qu'ils sont au piège de la polarisation que leur a tendu Stephen Harper en les obligeant à se commettre. D'abord, la résolution d'appui à la présence de militaires canadiens en Afghanistan, puis maintenant, avec ce débat sur Israël, il a réussi à ébranler une partie d'entre eux dans leur conviction profonde que la neutralité doit être le coeur de la politique étrangère du Canada.
Le pire, contrairement à ce que certains craignent, n'est peut-être pas certain. L'opinion publique canadienne étant de manière générale partagée sur ces enjeux, les électeurs sont à même de comprendre les incertitudes libérales actuelles. Il leur faudra cependant arriver à les résoudre sans trop tarder.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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