Ils ont inventé Trump

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Trump est une réaction populaire au mépris des élites

Aujourd’hui, 4 juillet, on célèbre l’Independance Day aux États-Unis. Je souhaite donc toujours d’abord souhaiter une excellente fête nationale aux Américains.


Depuis que Donald Trump a posé un orteil dans le monde politique, beaucoup d’encre coule.


Alors qu’on croyait au départ qu’il s’agissait d’une gigantesque blague, il s’est peu à peu hissé à la tête du Parti républicain en battant des candidats beaucoup plus implantés, et en faisant le procès des deux derniers présidents (Bush père et fils) et des deux derniers candidats présidentiels (Mitt Romney et John McCain) de cette même formation politique.


Puis, il a gagné, contre toute attente, la présidence américaine contre Hillary Clinton.


On a retenu de la présidence atypique de Trump qu’elle avait tenté de construire un fossé entre « le peuple » et certaines minorités. C’est assez juste à la lumière de plusieurs commentaires de Trump à l’endroit des handicapés, des femmes et des immigrants mexicains et ceux provenant des pays musulmans. Ce populisme est généralement classé à droite.


Cependant, Trump a aussi flirté avec un certain populisme « de gauche », construisant cette fois une ligne de démarcation entre le peuple et ses élites. Cette posture a été majeure dans le basculement des États délaissés et désindustrialisés en sa faveur le soir de l’élection présidentielle. Le vote Trump a été, en grande partie, un pied de nez à l’endroit des péteux de brouequi passent leur vie dans des cocktails du haut du 26e étage à New York. Les multiples attaques de Trump contre Wall Street en 2016 en témoignent.


L’arrogance des visages officiels du Parti démocrate, qui étaient convaincus de leur victoire imminente, a alimenté Trump, qui ne demandait pas mieux qu’on lui donne raison, lui qui a indéniablement le sens du spectacle. Le symbole de la colère s’est transformé en phénomène.


Prenez le temps de regarder cet extrait du Correspondent’s Dinner de 2011 à la Maison-Blanche, où Barack Obama humilie Trump devant les élites mondaines issues des castes médiatiques et politiques.


Trump ne semble pas trouver ça drôle. Peut-être s’est-il décidé ce soir-là que son heure était venue, qu’il allait leur donner une leçon dont ils allaient se souvenir longtemps. Aujourd’hui, ils ne rient plus.


Les adversaires de Trump ont-ils appris de leurs erreurs ? La réponse courte est non. Déconnectés du réel, ils ne semblent pas comprendre qu’à chaque envolée d’indignation venant des médias, et qu’à chaque attaque snobinarde venant des richissimes artistes d’Hollywood, la cote de popularité du président remonte. Ils ne semblent pas constater que c’est davantage vers Bernie Sanders que vers Oprah Winfrey qu’ils devraient regarder.


Ces gens ont réussi un exploit digne de mention, celui de transformer un magnat de l’immobilier basé à New York en défenseur des déshérités. Ils ont inventé Trump. Bravo les champions !


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Simon-Pierre Savard-Tremblay159 articles

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Simon-Pierre Savard-Tremblay est sociologue de formation et enseigne dans cette discipline à l'Université Laval. Blogueur au Journal de Montréal et chroniqueur au journal La Vie agricole, à Radio VM et à CIBL, il est aussi président de Génération nationale, un organisme de réflexion sur l'État-nation. Il est l'auteur de Le souverainisme de province (Boréal, 2014) et de L'État succursale. La démission politique du Québec (VLB Éditeur, 2016).