Il était temps!

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Élections fédérales du 14 octobre 2008


La nouvelle est tombée. Enfin! dirais-je. Raymond Gravel doit choisir entre le ministère ou la politique. Dans une entrevue, il explique que sa décision fait suite à des pressions exercées par le Vatican sur son évêque. Il soutient que le Vatican a agi ainsi à la suite de lettres de dénonciation que son évêque aurait reçues de personnes appartenant à la droite religieuse qui seraient en désaccord avec ses prises de position.

Je ne m'étonne pas qu'il puisse exister de telles lettres. D'ailleurs, ces lettres devaient exister bien avant son entrée en politique: les prises de position de Raymond Gravel ont toujours eu l'art de ne laisser personne indifférent, voire de provoquer.
Se limiter à comprendre les choses sous cet angle d'un lobbying de la droite religieuse m'apparaît simpliste et passe à côté d'un principe fondamental qui s'exprime dans cette intervention de Rome: la séparation de l'Église et de l'État.
Quiconque connaît un tant soit peu l'Histoire sait que le mélange entre politique et religion finit toujours par donner un mauvais goût à la vie des gens. C'était vrai lorsque l'Église catholique le faisait (en souhaitant que le verbe conjugué au passé soit adéquat!), c'est tout aussi vrai des autres traditions religieuses. Ceci est d'autant plus paradoxal que les religieux qui s'impliquent en politique sont animés de très bonnes et louables intentions.
Il en aura fallu du temps et des luttes pour que tous comprennent que la séparation de l'Église et de l'État au plan politique est une chose bonne, souhaitable et valable en soi. Ce principe doit être sauvegardé à tout prix: on ne doit pas se servir de sa position de prêtre ou d'évêque pour s'immiscer dans la politique partisane, tout comme il serait malvenu à un politicien de s'ingérer dans la gestion des affaires de l'Église en vertu de son statut de politicien.
Notre statut de prêtre ne nous exempte pas de nos responsabilités de citoyens, bien au contraire. Il nous est possible de participer aux débats de société, de proposer des idées, de dénoncer des injustices, de prendre le parti des plus pauvres, de nous prononcer sur des questions de principe qui touchent au bon fonctionnement de notre société ou encore à la défense de valeurs qui nous tiennent à coeur. Cette lettre même que vous lisez en est la preuve. Sauf que cette responsabilité citoyenne doit être guidée par le principe de la séparation la plus nette possible entre l'Église et l'État.
Tout récemment, le Vatican a pris une décision similaire en Amérique du Sud: l'évêque de San Pedro, Fernando Lugo, s'est présenté aux élections présidentielles du Paraguay et a été élu. Le Vatican l'a tout simplement laïcisé. Imaginez s'il était resté évêque: on aurait pu croire qu'il était la marionnette du Vatican, qui aurait peut-être été tenté de faire des pressions sur le président, ou le président aurait peut-être été tenté de faire des pressions sur les évêques La belle aventure en vue!
C'est donc une très bonne chose que Raymond quitte la politique active. Et il n'est à mes yeux surtout pas victime d'une machination vaticane: imaginez un instant que le Vatican se soit réjoui de sa présence au Parlement parce que ses idées lui plaisent. Il y aurait matière à scandale
D'ailleurs, le problème ne se situe surtout pas au niveau des idées politiques: je voudrais bien qu'on m'explique en quoi les positions sociales de Raymond différent tant de celles de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec, réputée pour être plutôt de «gauche» en matière sociale. Je dois même avouer que sur le plan des idées sociales, Raymond est souvent courageux, parfois très inspirant.
S'il doit quitter la politique, c'est plutôt pour une raison qui n'a rien à voir avec ses positions de gauche, de droite ou ambidextres! Mais c'est au nom du principe de non-ingérence du religieux dans le fonctionnement politique de l'État que cette décision devait être prise. C'est peut-être triste pour Raymond, mais c'est tout à l'honneur de l'Église et de notre démocratie.
(Photo PC)

Pierre Murray
L'auteur est prêtre, curé de la paroisse Bienheureux François de Laval. Il est aussi professeur de philosophie au Grand Séminaire de Montréal.

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L'auteur est prêtre, curé de la paroisse Bienheureux François de Laval, à Laval, et professeur de philosophie au Grand Séminaire de Montréal





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