Harper pédagogue

Chronique de Robert Laplante


Robert Laplante
_ BULLETIN du lundi 13 février 2006
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Il est bien ce type. Il a du talent, du cran, peu de scrupules. Une volonté de puissance franchement affirmée, la froideur carnassière à peine maquillée d'un sourire de fonction, Stephen Harper a bien campé son image. Et fin à part ça, matois comme ça ne se voyait plus depuis longtemps à Ottawa. Ils n'en ont vu que du feu cette semaine, les commentateurs et bonimenteurs de la politique à la petite semaine, ne voyant que maladresse et inexpérience là où pointe une volonté de rupture, un leadership qui cherche encore à doser ses ingrédients. Un transfuge, une nomination au sénat pour mieux conscrire les amis et s'occuper de la bourgade montréalaise, des déclarations fermes, la réaffirmation d'un échéancier court pour ses principaux engagements, le contraste était frappant, faut dire, avec Martin, l'éternel chambranlant. Et pour finir, l'annonce de l'annulation de l'entente sur les garderies.
Minoritaire ou non, cela ne changera rien à sa politique, il va mettre en œuvre son programme. Cet homme sait qu'aux jeux du pouvoir les hésitants et les craintifs sont toujours perdants. Ceux-là qui pensent qu'il mettra l'audace au vestiaire pour louvoyer n'ont rien appris de son parcours. Comme les politiciens et stratèges républicains qui l'inspirent, Harper a fait le pari de séduire par l'audace et la détermination. Il ne renoncera certainement pas au clientélisme. Mais il le pratiquera par la fermeté. Il séduira en offrant des repères clairement définis, en montrant la confiance qu'inspire la force franchement assumée.
Contrairement à ce que laisse entendre le tapage politicien, c'était de la bonne politique que d'ouvrir le dossier des garderies. Harper va respecter ses promesses et il sait à qui il parle d'abord. Son électorat souhaite l'allocation mensuelle? Il va la livrer. Cela heurte le Québec? Pas de quoi écrire à sa mère. Il sait que cela va finir par se tasser. Il peut compter sur une cinquième colonne d'inconditionnels qui seront toujours disposés à minimiser les pertes et à tout avaler pour éviter de donner prise aux indépendantistes. Et il sait que Jean Charest a besoin de lui. Il s'agissait donc de lui faire comprendre qui est le patron. Certes, Harper va s'occuper du Québec, mais il va le faire à sa manière. Aux libéraux de prendre leur rang, avant de prendre leur trou.
De la vraie graine de dresseur de peuple, ce Harper.
Il fait la politique de la majorité et c'est à partir des exigences de celle-ci qu'il fera la politique de minorisation. Le signal au Canada est clair : le gouvernement conservateur ne consentira rien au Québec qui ne soit pas d'abord défini dans les paramètres de ce qui est posé comme l'ordre des priorités canadian. Jean Charest ne l'a pas seulement compris, il accepte ce fait comme un horizon indépassable. C'est pourquoi il a pu du même souffle plaider en faveur du respect des compétences québécoises et se montrer ouvert au compromis. Ce sont des pragmatiques, ces inconditionnels du Canada. Ils vont finir par accepter une patente, une solution de broche-à-foin, une formule bancale qu'ils brandiront comme une merveille du fédéralisme d'ouverture après avoir quêté et rampé pendant des mois.
Si d'aventure les Libéraux provinciaux avaient l'étourderie de se braquer et de s'essayer à faire de ce dossier des garderies un véritable conflit, Harper n'en sera que plus heureux. Il sait que cela l'aidera au Canada que de se montrer ferme à l'égard de la province de chiâleux. Il sait surtout que jamais les Libéraux n'iront au bout de leur logique et qu'ils ne lui serviront qu'une colère d'opérette puisqu'il sait tout aussi bien que rien à leurs yeux ne sera jamais assez grave pour les amener à remettre en cause le carcan canadian. Il a donc d'ores et déjà fait le choix de se servir du dossier des garderies pour mettre en scène le mode de résolution des conflits qui lui servira de modèle pour la définition des rapports Canada-Québec.
Il n'y a pas de quoi s'inquiéter, il y aura une entente sur les garderies. Le conflit présent ne lui sert qu'à mettre en place l'ordre de la parade. On peut être certain que les ministres québécois vont être mis à contribution. Ils feront la démonstration qu'ils ont de l'influence dans ce gouvernement. Le dossier leur permettra de se faire une notoriété de puissants intercesseurs. Ils seront l'illustration vivante des avantages que procure le fait de voter du bon bord. Et les inconditionnels du Canada n'y verront que de la grandeur. Et Harper se servira de l'aura des notables qu'il aura créés pour nimber son fédéralisme d'ouverture.
Un fin pédagogue, ce Harper.

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Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





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