Après, tout redevient possible pour les souverainistes...

Harper, le meilleur allié du PQ

Privés du Bloc à Ottawa, insatisfaits du NPD, les Québécois inquiets des orientations du gouvernement Harper semblent vouloir se tourner vers le PQ.

Indépendance — Une conjoncture favorable


Le vétéran député libéral Yvon Vallières fait rarement parler de lui dans les médias, mais Jean Charest doit sans doute penser qu'il a perdu une belle occasion de se taire lorsqu'il a déclaré au quotidien The Record, il y a quelques jours, que les ponts sont coupés entre Québec et Ottawa.
«On dirait qu'Ottawa nous a oubliés, a dit le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes. Au cours des trois derniers mois, nous avons été incapables de communiquer sur quoi que ce soit, et cela nous inquiète. L'an passé, nous avions une bonne relation. Maintenant, il n'y a rien d'autre qu'un malaise.»
Du bonbon, évidemment, pour la chef du Parti québécois et ses députés, qui martèlent depuis le début de l'année que le Québec souffre des orientations du gouvernement Harper.
Jean Charest, lui, est doublement embêté: s'il se plaint trop ouvertement de l'attitude intransigeante d'Ottawa, il fait la démonstration des ratés du fédéralisme et donne des munitions à l'opposition souverainiste; s'il se résigne en silence, on l'accuse d'asservissement devant un régime injuste, voire méprisant envers le Québec.
Le ministre Vallières a dit tout haut ce que ses collègues constatent depuis quelque temps: la communication est bel et bien coupée avec Ottawa, qui a décidé d'imposer son programme et ses vues, n'en déplaise à Québec. Nous avons vu trois exemples frappants au cours des dernières semaines avec l'abolition du registre des armes d'épaule, l'abandon complet de Kyoto et l'adoption du projet de loi omnibus sur la criminalité.
Les ministres de la Justice et la Sécurité publique, Jean-Marc Fournier et Robert Dutil, ont vaillamment essayé de plaider la cause de leur gouvernement à Ottawa, l'automne dernier, mais ils ont été reçus dans la plus grande indifférence, démontrant ainsi leur incapacité à influencer le partenaire fédéral.
Récemment, un autre ministre du gouvernement Charest m'a confié ne plus savoir quoi faire pour défendre sa position auprès de son homologue fédéral, qui ne le rappelle même pas! Difficile de régler les litiges dans de telles circonstances.
Une source proche de Stephen Harper a confié il y a quelques jours à notre chef de bureau, Joël-Denis Bellavance, qu'«il n'y a plus de querelles constitutionnelles entre Québec et Ottawa», il n'y a que des «divergences de points de vue». Il semble que la meilleure façon d'aplanir ces divergences, selon la doctrine fédéraliste de Stephen Harper, soit d'ignorer tout simplement les partenaires provinciaux.
Franchement, je plains un peu le nouveau conseiller de M.Harper pour le Québec, André Bachand, ancien député conservateur de l'aile nationaliste, proche de Jean Charest (son ancien chef), un bon gars d'agréable compagnie qui n'a, de toute évidence, pas beaucoup de poids au bureau du premier ministre. Chose certaine, il n'a pas le pouvoir de demander aux ministres de faire preuve d'un minimum de courtoisie et de répondre aux appels de leurs homologues provinciaux.
Il n'y a pas que les politiques, il y a aussi la manière.
Envoyer systématiquement le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu répondre au ministre de la Justice du Québec, quand il ne se permet pas de lui faire carrément la leçon, est un manque de respect patent envers le gouvernement Charest. Écouter les arguments de M. Boisvenu, surtout depuis l'incident de la corde, est une insulte à l'intelligence. Encore cette semaine, celui-ci a répété avec assurance que plus les peines sont sévères, plus la dissuasion est forte, il y a donc moins de détenus et, voyez comme c'est bien fait, moins de coûts! Les experts affirment que c'est faux, l'expérience américaine prouve que les conservateurs errent, la politique du Québec démontre les mérites de la réhabilitation? Des clous! L'idéologie avant le bon sens.
À défaut du sénateur Boisvenu, le bureau de M. Harper dépêche régulièrement son ministre des Anciens Combattants, Steven Blaney, jovialiste dont l'immense sourire en entrevue n'arrive pas à cacher l'absurdité des réponses. Certains politiciens ont recours à la langue de bois. M. Blaney, lui, ce serait plutôt la langue pudding: du manger mou intellectuel.
Il y a quelques années, les conseillers de Mario Dumont ont rejeté la candidature de M. Blaney, jugeant celle-ci trop faible. Aujourd'hui, c'est un des principaux porte-parole du gouvernement fédéral au Québec...
On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, direz-vous. M. Harper n'avait pas un grand choix de députés sous la main pour former son cabinet. De toute façon, les tensions avec Québec font, d'un point de vue stratégique, bien son affaire puisqu'elles poussent les députés québécois du Nouveau Parti démocratique (NPD) à jouer la carte nationaliste, à défendre les intérêts du Québec, ce qui passe évidemment mal ailleurs au pays.
En ce sens, Stéphane Dion a rendu un fier service à M.Harper cette semaine en accusant le NPD de marcher dans les traces du Bloc, notamment, en défendant le principe du 50% + 1 dans un éventuel référendum sur la souveraineté et en voulant étendre la portée de la loi 101 pour les employés relevant du gouvernement fédéral.
La stratégie de Stephen Harper envers le Québec comporte toutefois un risque, comme l'indique clairement la remontée du Parti québécois (PQ). Privés du Bloc à Ottawa, insatisfaits du NPD, les Québécois inquiets des orientations du gouvernement Harper semblent vouloir se tourner vers le PQ.
Cela ne veut pas dire qu'ils sont nécessairement souverainistes. Cela veut dire qu'ils cherchent un contrepoids au gouvernement Harper. Après, tout redevient possible pour les souverainistes...


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