Guerre civile?

La nation québécoise vue du Québec


Le candidat Michael Ignatieff a accumulé les bévues cette semaine. Il était pourtant en terrain ami, au Toronto Star et à La Presse. Au Star, M. Ignatieff a laissé entendre qu'il ne se représentera pas comme député s'il perd la course à la chefferie du PLC. Quelques heures plus tard, il s'est rétracté après avoir constaté l'effet désastreux de sa réponse sur sa campagne.

Mais c'est à La Presse que M. Ignatieff a commis sa plus grosse bévue. À la question du journaliste à propos d'un prochain référendum sur la souveraineté, le candidat Ignatieff a répondu que Québec devrait s'entendre au préalable avec Ottawa sur le libellé de la question; que celle-ci devrait porter sur l'indépendance, «rien de plus, rien de moins»; que malgré cela, une majorité de 50 % des voix ne donnerait pas la légitimité nécessaire aux souverainistes; enfin -- tenez-vous bien ! --, qu'une telle «clarté» était nécessaire pour «éviter la guerre civile».
La guerre civile !
Il y a eu deux référendums sur la souveraineté en 25 ans et les tenants de cette option les ont tous deux perdus. La dernière fois, le NON l'a emporté par seulement quelques dizaines de milliers de voix, privant les souverainistes d'un projet fondateur pour lequel ils militaient depuis plus de 30 ans. Pourtant, aucun geste violent n'a été commis. Aucun. Pas même une pierre lancée en l'air qui serait retombée accidentellement sur le «hood du char» d'un p'tit chrétien !
M. Ignatieff, votre déclaration constitue-t-elle un avertissement lancé aux Québécois de se préparer au pire dans l'éventualité d'un résultat serré favorable à la souveraineté ? Les fédéralistes canadiens ne seraient-ils des gens pacifiques qu'à la condition d'être assurés de la victoire ?
Tout le monde s'entend pour dire que le prochain référendum devra porter sur une question courte et sans détour. De là à en négocier le libellé avec Ottawa, il n'en est pas question ! La loi sur les consultations populaires relève de l'Assemblée nationale, et c'est à celle-ci qu'il appartient d'adopter la question qui sera soumise au peuple.

Non, le mot «séparatisme» n'y sera pas. Il sera plutôt question d'État indépendant ou souverain mais pas de séparation puisque les souverainistes ne souhaitent pas se «séparer» mais réinventer les rapports du Québec avec le Canada et le reste du monde. Des rapports faits de respect, de dialogue et de franche collaboration entre nations.
Quant à la majorité requise, là encore, tous s'entendent sur le fait que le résultat ne doit pas laisser place au doute; que plus l'écart sera important, plus facile sera la suite. Faut-il pour autant fixer un autre seuil que la majorité simple qui a prévalu lors des deux premiers référendums ? Imaginez la situation si le OUI l'emportait à 51 % et que ce résultat était rejeté par le premier ministre du Canada. Vous croyez que les gagnants accepteraient sans broncher qu'Ottawa interprète de façon unilatérale cette victoire comme une défaite ?
M. Ignatieff est un débutant en politique. Il a visiblement beaucoup à apprendre. Qu'il se fasse apprenti sorcier, passe encore, mais pyromane, certainement pas !
j-rsansfacon@ledevoir.com


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