Grève des étudiants de l'UQAM: deux crises, une mesure

Grève étudiante - novembre 2007


Cinq des sept associations étudiantes de l'UQAM, totalisant près de 20 000 membres, sont en grève en cette semaine du 12 novembre 2007. Les étudiants, une fois de plus, réitèrent l'urgence d'un réinvestissement global et massif en éducation. Toutefois, ces revendications trouvent un écho particulier dans le contexte de la crise financière qui secoue l'UQAM depuis environ un an, et qui a placé l'administration sur la corde raide, tant dans ses rapports avec le ministère de l'Éducation qu'avec l'ensemble de la communauté uqamienne. À cet égard, nous souhaitons attirer l'attention sur le double enjeu motivant l'actuelle mobilisation des étudiants de l'UQAM.
À entendre les commentaires qui fusent de toutes parts, l'UQAM serait la seule coupable de la crise financière qu'elle traverse. On ne peut certes nier la bavure administrative qui, à la suite d'une mauvaise gestion des projets de l'îlot Voyageur et du Complexe des sciences, a plongé l'institution dans une crise immobilière d'envergure.
Cela étant dit, ce fiasco ne saurait expliquer à lui seul la crise financière que connaît actuellement l'université. En effet, le dossier immobilier vient gommer des enjeux dont la portée va bien au-delà de l'incompétence de quelques gestionnaires. Plus encore, celui-ci sert de couverture à la ministre de l'Éducation, Mme Michelle Courchesne, afin d'imposer à l'UQAM un plan de redressement qui tend à normaliser un contexte de sous-financement dont l'origine est largement antérieure à la crise immobilière.
Les revendications des associations étudiantes de l'UQAM actuellement en grève visent à dévoiler les non-dits de ce plan et à dénoncer ses conséquences néfastes sur la poursuite de la mission de l'université, ainsi que sur les conditions d'apprentissage et d'enseignement.
Le plan de redressement: une sortie de crise?
Au début du mois de septembre dernier, Mme Courchesne annonçait qu'elle consentirait éventuellement à dégager l'UQAM de la responsabilité de l'îlot Voyageur, sans toutefois offrir de solution alternative à l'insuffisance de locaux. En contrepartie, la ministre exigeait de l'UQAM l'adoption d'un nouveau plan de redressement plus contraignant.
Ce plan comporte plusieurs mesures d'austérité budgétaire: réduction de la masse salariale des cadres et des employés, imposition d'un moratoire de cinq ans sur l'embauche des professeurs, augmentation du nombre moyen d'étudiants par cours, évaluation de la rentabilité comptable des cours et des programmes, etc. À ces restrictions s'ajoute l'augmentation des frais afférents exigés aux étudiants, de l'ordre de 160 $ par année.
Déjà en vigueur, ces frais sont sujets à majoration et s'additionnent au récent dégel des droits de scolarité qui inflige aux universitaires québécois une augmentation cumulative de 50 $ par session, soit 1000 $ par année à compter de 2012. À elle seule, cette augmentation correspond à près de 10 % du salaire moyen d'un étudiant québécois de premier cycle inscrit à temps plein. Le plan de redressement de l'UQAM, imposé à la suite du scandale immobilier, s'inscrit donc dans un contexte structurel de détérioration du milieu universitaire et de précarisation de la condition étudiante.
Quel déficit vise précisément ce plan?
Conformément aux données du vérificateur général du Québec, on constate que, pour la seule année 2007, la prise en charge supposée de l'îlot Voyageur ne réduirait que de 6,1 millions le déficit de l'UQAM. Conséquemment, le plan de redressement s'attaque au déficit résiduel dont 15,6 millions sont liés au Complexe des sciences et 5 millions attribuables au fonctionnement courant de l'université. Alors que cette dernière part du déficit résiduel est bien antérieure au récent scandale immobilier, celle-ci tend à être assimilée aux restrictions budgétaires exigées.
Or, ce déficit de fonctionnement renvoie à l'ensemble des activités d'enseignement et de recherche qui seront donc directement touchées par le plan de redressement. Rappelons que ce plan est légitimé au nom de la crise immobilière. Est-ce donc vraiment aux professeurs, aux étudiants et aux employés de l'université de faire les frais d'un scandale dont ils ne sont pas les auteurs? Sachant que les administrateurs blâmés pour leur mauvaise gestion des dossiers immobiliers ont déjà été évincés, et que le projet de l'îlot Voyageur n'est plus, du moins en théorie, du ressort de l'UQAM, il faut se demander quel est l'objectif réel de ces compressions.
Un sous-financement chronique
Est-il encore nécessaire de rappeler, comme le souligne la Conférence des recteurs et des principaux d'université du Québec (CREPUQ) depuis plusieurs années, que le manque à gagner pour le fonctionnement annuel des universités québécoises s'élève à 375 millions? À ce chapitre, l'UQAM figure parmi les universités qui se voient octroyer les enveloppes les plus maigres en proportion des services qu'elle dispense. Par exemple, elle dispose, toutes proportions gardées, d'une masse salariale représentant seulement 81,6 % du montant moyen alloué par étudiant pour l'ensemble des universités du Québec. Dans ce contexte, Mme Courchesne profite de la crise immobilière pour forcer l'UQAM à résorber son déficit fonctionnel. Ce faisant, elle cherche à normaliser un état de sous-financement dont le gouvernement est directement responsable. Le ministère se décharge ainsi de son devoir à l'endroit du financement adéquat des universités.
Les étudiants prennent la parole
Tout en reconnaissant le sous-financement historique de l'UQAM, M. Claude Corbo, seul candidat au rectorat, entérine paradoxalement l'adoption de mesures austères. Prenant acte de cette attitude et de la position inflexible de la ministre, les étudiants de l'UQAM se mobilisent pour faire valoir leur désaccord envers un plan de redressement qui menace la mission sociale et d'enseignement de l'université, et réitèrent la nécessité d'un appui financier qui lui permettrait de traverser les difficultés qu'elle connaît. Mais, au-delà de cette crise ponctuelle, ils réclament du gouvernement un financement significatif et pérenne pour l'UQAM.
La situation particulière de l'UQAM est symptomatique d'un problème plus large et constitue en ce sens un précédent qui pourrait affecter tous les secteurs de l'éducation. Il est déplorable de penser que le plan de redressement de l'UQAM pourrait bien devenir l'étalon d'un nouveau régime pour les universités de la province. Aussi doit-on s'interroger sur ce qui a poussé l'institution, au-delà du zèle supposé de hauts administrateurs, à s'engager dans des spéculations immobilières entraînant l'université à assumer les risques d'une gestion en PPP de projets publics. Le recours à ce type de scénario irréaliste d'autofinancement ne résulterait-il pas avant tout de l'insuffisance des ressources mises à la disposition des universités?
Dans un climat de surplus budgétaires fédéraux et de baisses d'impôts provinciales, l'intransigeance des mesures imposées par le plan de redressement de l'UQAM laisse perplexe. Chose certaine, pour les étudiants, la gravité du scandale financier dont a fait l'objet l'institution n'a d'égal que la duplicité du discours de la ministre et de son gouvernement.
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Éric Duhaime, Marie-Nathalie Martineau, Lyne Nantel et Julia Posca, Étudiants aux cycles supérieurs en sociologie à l'UQAM

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