Gaz Métro commercialisera le gaz d'Anticosti... s'il y en a

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Le viol d'Anticosti s'organise

On ne sait toujours pas s’il y a du pétrole exploitable dans le sous-sol de l’île d’Anticosti. Mais si les nouveaux travaux d’exploration financés par Québec permettent d’y découvrir des ressources fossiles, Gaz Métro aura le monopole de la commercialisation du gaz naturel qui sera extrait lors de la phase d’exploitation.

Le distributeur gazier a annoncé jeudi avoir conclu une entente « stratégique » de cinq ans avec Hydrocarbures Anticosti, la coentreprise formée du gouvernement du Québec, de Pétrolia, de Corridor Ressources et de Saint-Aubin.

Il faut dire que toute exploitation pétrolière va de pair avec une production gazière. Ce gaz naturel peut être brûlé avec une torchère à la tête du puits, mais il peut également être redirigé vers un réseau de distribution.

« Retombées positives »

C’est cette option qui a été privilégiée dans le cas d’Anticosti. Par voie de communiqué, Gaz Métro a d’ailleurs indiqué que le gaz qui pourrait éventuellement être exploité sera dirigé « vers les marchés de consommation ». Le prix de vente « devra permettre sa commercialisation compte tenu des prix y prévalant ».

Pour le président-directeur général de Pétrolia, ce gaz naturel pourrait même servir au développement minier du Nord québécois. « La valorisation du gaz naturel associé apportera des retombées positives pour le Québec et pourrait, grâce à la stratégie maritime annoncée par le gouvernement, permettre des avancées notables pour des entreprises québécoises, notamment dans le cadre du Plan Nord », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Mais comment faire pour sortir le gaz de la plus grande île du Québec, située en plein coeur du golfe du Saint-Laurent ? Pétrolia a déjà évoqué la possibilité de construire un gazoduc sous-marin qui pourrait par exemple rejoindre la Côte-Nord. Des clients industriels pourraient se montrer intéressés. On pourrait aussi choisir de construire un port méthanier pour y charger des navires de gaz naturel liquéfié. Aucune évaluation des coûts pour les différentes options n’a toutefois été menée.

Pétrole hypothétique

Si Gaz Métro vient ainsi de s’assurer le contrôle de la commercialisation d’éventuelles réserves gazières exploitées sur Anticosti, on ne sait toujours pas si le sous-sol renferme effectivement des ressources fossiles exploitables.

Aucun gisement exploitable n’a été trouvé sur l’île d’Anticosti, malgré des décennies de recherche. Selon une évaluation théorique très préliminaire, le sous-sol pourrait renfermer 40 milliards de barils de pétrole de schiste. Pour l’extraire, il faudra donc mener des opérations de fracturation. Selon une étude menée par l’ingénieur-géologue Marc Durand, il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole.

Les pétrolières qui détenaient les permis d’exploration n’ayant pas trouvé de partenaires pour investir dans de nouveaux travaux d’exploration, c’est l’État québécois qui s’est associé aux entreprises pour mener des forages. La facture pour les contribuables a été évaluée au départ à 115 millions de dollars.

Cet investissement doit permettre d’effectuer 18 forages en 2014. Les résultats de ces travaux doivent ensuite être analysés afin de déterminer où seront forés trois puits avec fracturation, et ce, dès 2015.

Mais les travaux ont pris du retard, selon ce qui se dégage des informations diffusées par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. En fait, un seul forage a été terminé, quatre sont en cours, quatre ont été stoppés et neuf n’ont pas encore débuté.

En parallèle, le gouvernement libéral a lancé une évaluation environnementale stratégique sur les énergies fossiles qui comprend le cas d’Anticosti. Cette évaluation a été confiée à un comité présidé par des représentants du gouvernement, qui devront s’assurer de l’« objectivité » de la démarche.

Une consultation publique aura aussi lieu, mais elle se fera « en ligne » et à la toute fin du processus. Et même si le gouvernement Couillard vient tout juste de lancer le processus d’évaluation, il ne cache pas son préjugé favorable envers l’exploitation d’énergies fossiles au Québec.


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