Francophonie canadienne: le verre à moitié vide

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Même Le Devoir reconnaît que Bombardier a raison sur le déclin francophone au Canada

Denise Bombardier a jeté un pavé dans la mare en affirmant à l’émission Tout le monde en parle qu’« à travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu ». La remarque n’est pas sans rappeler les « dead ducks » de René Lévesque et les « cadavres encore chauds » d’Yves Beauchemin. Mais c’est aller un peu vite en affaires que d’enterrer les minorités francophones hors Québec, dont la situation — précaire, on doit le reconnaître — est beaucoup plus nuancée.


Il était d’ailleurs franchement ironique que la chroniqueuse et écrivaine, qui s’appuyait sur ses propres observations somme toute anecdotiques, lance ce jugement ex cathedra aux côtés de Jean Chrétien, qui participait à l’émission, lui qui a déjà déclaré au sujet de l’assimilation galopante des francophones : « C’est la vie. » Et il était franchement loufoque d’entendre l’ancien premier ministre avancer que c’est grâce au Canada que les Canadiens français ont conservé leur langue.


Si on regarde froidement les statistiques, on peut être amené à faire des constats similaires à ceux de Denise Bombardier, non pas que les francophones hors Québec ont disparu, mais que la proportion qu’ils représentent est en baisse constante. Ainsi, selon Statistique Canada, en 1971, les francophones, selon le critère de la langue le plus souvent parlée à la maison, comptaient pour 4,3 % de l’ensemble de la population hors Québec, tandis que 40 ans plus tard, ce pourcentage s’élevait à 2,4 %. C’est moins que la proportion des Canadiens hors Québec dont la langue maternelle est le français, soit 4 %, ce qui montre que l’assimilation fait son oeuvre.


Toutefois, le nombre absolu de personnes hors Québec qui parlent le français au moins régulièrement à la maison est resté stable, à un peu plus d’un million, entre 2011 et 2016, à quoi s’ajoute un total de 1,7 million de locuteurs qui peuvent soutenir une conversation en français.


En Ontario, l’assimilation des francophones varie beaucoup d’une région à l’autre. Dans le sud de l’Ontario, le taux d’anglicisation peut atteindre 70 % alors qu’il est de 10 % ou moins dans des localités de l’est et du nord de l’Ontario. En Colombie-Britannique, ce taux peut dépasser les 80 % chez les jeunes de langue maternelle française.


Mais il y a l’autre côté de la médaille. En Ontario, le nombre d’élèves dans les écoles françaises croît nettement plus rapidement que dans les écoles anglaises. Et c’est sans compter l’attrait des classes d’immersion en français qui, contingentées, imposent souvent des examens d’entrée, à l’image des programmes internationaux des écoles québécoises.


Il faut souligner que les gouvernements libéraux en Ontario ont investi massivement — plus de 700 millions depuis 2013 — dans la construction d’écoles françaises. À Toronto, par exemple, les écoles publiques laïques du Conseil scolaire Viamonde ont vu le nombre de leurs élèves s’accroître de plus de 75 % en dix ans.


Ailleurs, que ce soit en Colombie-Britannique, à Terre-Neuve, en Alberta ou au Yukon, les écoles françaises débordent. Tellement que les parents ont multiplié les poursuites afin d’obtenir des gouvernements des écoles de la même qualité que les écoles anglophones. Ce qui peut apparaître normal pour la minorité anglophone au Québec — des écoles d’une qualité égale à celle des écoles de la majorité — n’est pas l’apanage de plusieurs provinces.


Un autre facteur contribuant à la résilience des francophones hors Québec, qui, bien souvent, ont perdu les villes ou les quartiers où ils avaient une masse critique, c’est l’ubiquité de la culture québécoise et française grâce aux moyens de communication actuels. Un francophone à Victoria peut très bien n’écouter que la radio et la télévision québécoises, consulter les médias d’information dans sa langue et voir ses enfants rivés à Passe-Partout. Ce phénomène, somme toute récent, encourage d’ailleurs la persistance de la culture d’origine des immigrants, qu’ils soient Français, Chinois, sikhs ou Maghrébins, qui ont accès par Internet ou la câblodistribution à divers contenus dans leur langue en provenance de leur pays.


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