Éthique et culture religieuse - Bienvenue dans ma classe...

ECR - Éthique et culture religieuse


Le 17 février dernier, l'enseignant d'Éthique et culture religieuse (ECR) que je suis s'est évidemment réjoui de la décision de la Cour suprême du Canada qui a affirmé à l'unanimité que le cours ne constitue pas un endoctrinement des élèves qui porterait atteinte à la liberté de religion.
Puis, j'ai lu certaines réactions de blogueurs, des connus et des moins en vue. J'ai parcouru les commentaires des jenesaispasdequoijeparle69, des jesuiscontreunpeuimportequoi22, et des québecpur2.0, et cela m'a un peu découragé.
J'enseigne ECR dans une école de Montréal depuis quelques années déjà. En toute connaissance de cause, je décide donc aujourd'hui de faire mes propres portes ouvertes et de vous laisser entrer dans ma classe, question de montrer les «vraies affaires» et ainsi de faire taire les fausses rumeurs et le n'importe quoi trop souvent entendu. Voici un bref portrait d'un véritable cours ECR tel que donné à des élèves de 5e secondaire d'une école de Montréal.
Réflexion éthique
Aux mois d'août et de septembre, chaque élève est invité à réfléchir au dialogue interreligieux en tentant de répondre à des questions du genre «est-ce possible de parvenir à un dialogue efficace et harmonieux entre les religions?» ou «Qu'est-ce que le fanatisme religieux?» Puis, on visionne le documentaire Bonjour! Shalom! de Garry Beteil pour avoir un exemple concret d'un voisinage pas toujours facile. Finalement, l'élève rédige une lettre lui permettant d'approfondir la question de la cohabitation de croyants de diverses allégeances, lettre envoyée, cette année, aux autorités d'une ville du Tennessee aux prises avec ce genre de problématiques.
En octobre et en novembre, la réflexion éthique se fait autour de la liberté d'expression et de ses limites. La pensée de John Stuart Mill et celle des libertariens, qui prônent la liberté d'expression absolue, sont entre autres discutées en classe. Puis, en équipe, les élèves sont évalués sur leur étude d'un cas ayant pour enjeu éthique la liberté d'expression. La publication des caricatures du prophète Mahomet et la censure du film I, a Woman, à Montréal, en 1968, sont des exemples de cas proposés.
En décembre, nous revoyons comment aborder une situation d'un point de vue éthique: comment poser une question éthique, savoir relever les valeurs en conflit, soulever les enjeux, etc. Puis, nous étudions quelques sophismes qui font prendre conscience aux élèves que beaucoup d'arguments entendus dans les débats publics en font usage.
Tradition chrétienne
Après Noël, les deux premiers mois sont consacrés à l'étude des caractéristiques de l'expérience religieuse vécue dans un contexte croyant et de «l'expérience sommet» (développée par Abraham Maslow) vécue dans un contexte séculier. Puis, nous étudions l'art religieux, les spécialistes du sacré et les lieux saints de diverses religions, en priorisant la culture chrétienne. Plus que jamais, tous les élèves du Québec reconnaîtront l'importance capitale qu'a la tradition chrétienne pour le Québec. En effet, avant septembre 2008, au secondaire, ceux qui n'étaient pas chrétiens optaient pour le cours de morale et n'entendaient donc jamais parler de la culture du christianisme.
En mars, nous abordons les nouvelles formes de religiosité dans la société contemporaine occidentale comme les croyances à la carte, la primauté donnée à l'émotion et la personnalisation des rites. Enfin, nous nous arrêtons sur la pensée de Freud et Marx pour étudier l'athéisme.
Prises de conscience et convictions
Je me réjouis que ce cours fasse place à la diversité des points de vue, tant éthiques que religieux. La remise en question que cette diversité peut provoquer n'a jamais brimé la liberté de conscience ou de religion de qui que ce soit. Les contenus des cours d'histoire, de français, de monde contemporain peuvent aussi provoquer chez l'élève des prises de conscience qui peuvent mettre en question ses profondes convictions.
Ces cours briment-t-ils(sic) la liberté de conscience des élèves pour autant? Parler des valeurs de la gauche et de la droite, par exemple, en monde contemporain, les empêche-t-ils(sic) de choisir leur allégeance politique? De parler de la peine de mort à travers le roman Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo, en français, les empêche-t-il de forger librement leur pensée sur le sujet? Il en est de même pour l'enseignement de la culture religieuse. Il me semble que certains instrumentalisent le cours ECR au profit d'une démagogie simpliste.
Ainsi va le cours...
Dans mes cours, tous les avis sont permis, tant qu'ils respectent les deux grands objectifs du programme fondés sur les valeurs démocratiques: la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun.
Dans mes cours, on ne se gêne pas pour poser un regard critique sur les pratiques fanatiques des religions. Le rejet de l'Autre se retrouve en effet dans tous les textes sacrés et surtout dans le coeur de ceux qui les interprètent.
Au printemps, nous voyons le documentaire sans paroles Our Daily Bread qui nous sert de base de réflexion éthique sur l'élevage intensif.
Ainsi va le cours ECR dans mes classes, loin des projecteurs, où mes élèves apprennent des choses sérieuses sur les religions et les visions séculières du monde, où mes élèves développent leur réflexion éthique. Tout cela se déroule sans aucune tentative de «javellisation» de l'identité de personne qui serait faite au nom d'un soi-disant complot de propagande pro-accommodements. La réalité de mes classes est là pour en témoigner.
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Martin Dubreuil - Enseignant d'Éthique et culture religieuse au secondaire


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