Et si le PQ gagnait...

Élection Québec - le 8 décembre 2008 - les souverainistes en campagne

La plupart des analyses diront qu'on se retrouvera probablement avec un gouvernement Charest minoritaire. Je pense pour ma part qu'il y a une probabilité réelle, pas prédominante mais réelle, qu'on se retrouve avec un gouvernement du Parti québécois, probablement minoritaire aussi. Je pense qu'à la mi-campagne, juste avant ou après le débat, cette probabilité va émerger. En déclenchant les élections sur la foi de sondages qui lui donnaient une très forte satisfaction, M. Charest a pris un grand risque.
Cette forte satisfaction était fondée sur le fait qu'il ne bousculait pas les Québécois. Depuis un an à peu près, il avait géré de façon très modérée, faisant en sorte que les Québécois se disaient: «C'est pas qu'on l'aime, mais nous n'avons plus de raisons de ne pas l'aimer.» Et là, déclencher des élections sans raison valable, c'est bousculer les Québécois. Juste le fait de déclencher des élections donne aux Québécois, pour la première fois depuis un an et demi, une raison d'être de mauvaise humeur envers Jean Charest, ce qui était leur position régulière auparavant.
Là les Québécois vont commencer à prêter attention à que disent les chefs d'opposition, notamment l'équipe qui est la plus forte, celle de Pauline Marois.
Il n'est pas dit que les Québécois vont considérer que les propositions et la personnalité de Jean Charest sont supérieures aux propositions et à la personnalité de Pauline Marois. À la fin, pour un grand nombre de Québécois, les élections vont être un référendum sur celui ou celle avec qui ils voudront passer les quatre prochaines années.
Le prétexte de la campagne, c'est l'économie. Or, durant les premiers jours de la campagne, on s'est aperçu que les deux principaux partis, le Parti libéral et le Parti québécois, proposaient des solutions qui ne sont pas très divergentes les unes des autres. Il n'était pas nécessaire de déclencher des élections. Puisque l'enjeu économique ne va pas résister plus de 10 jours, à mon avis, parce qu'il n'y a pas assez de différences entre les deux, il faudra distinguer les deux partis par rapport à d'autres sujets, et là, la vraie campagne va commencer. Si le Parti québécois réussit, après avoir établi sa crédibilité économique, ce qui est relativement facile, à porter le débat sur les questions identitaires, là, M. Charest sera très vulnérable. Il s'est positionné depuis cette année en champion du Québec, mais avec un bilan extrêmement mitigé. Les actions qu'il a prises à la fois sur les budgets, sur l'immigration, sur la langue, sur des études cachées et sur bien d'autres choses font en sorte qu'il y a un écart important entre ce qu'il prétend être et ce qu'il est vraiment.
Pour les trois chefs, l'erreur à ne pas faire, c'est essayer de se comparer à Barack Obama. Il faut absolument qu'ils résistent à ça. L'erreur à ne pas faire pour M. Charest, c'est l'arrogance et l'agressivité, parce que le souvenir que les Québécois ont du Charest d'il y a juste deux ans, c'est le Charest arrogant et agressif. L'erreur pour Pauline Marois, c'est de se plaindre de l'agressivité de ses adversaires. C'est un atout pour elle qu'elle puisse devenir la première femme première ministre du Québec, mais elle doit le jouer sans jamais se plaindre d'être une femme. Je ne dis pas qu'elle le fait mais je dis qu'elle ne doit pas prêter flanc à cette critique-là. Finalement, Mario Dumont ne doit pas prétendre qu'il va devenir premier ministre.
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Jean-François Lisée est directeur exécutif du CÉRIUM et ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard

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Jean-François Lisée293 articles

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Ministre des relations internationales, de la francophonie et du commerce extérieur.

Il fut pendant 5 ans conseiller des premiers ministres québécois Jacques Parizeau et Lucien Bouchard et un des architectes de la stratégie référendaire qui mena le Québec à moins de 1% de la souveraineté en 1995. Il a écrit plusieurs livres sur la politique québécoise, dont Le Tricheur, sur Robert Bourassa et Dans l’œil de l’aigle, sur la politique américaine face au mouvement indépendantiste, qui lui valut la plus haute distinction littéraire canadienne. En 2000, il publiait Sortie de secours – comment échapper au déclin du Québec qui provoqua un important débat sur la situation et l’avenir politique du Québec. Pendant près de 20 ans il fut journaliste, correspondant à Paris et à Washington pour des médias québécois et français.





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