Encore le CHUM

CHUM

Les premiers patients qui seront traités dans l'un ou l'autre des deux centres hospitaliers universitaires devant être construits à Montréal ne pourront pas y être admis avant encore longtemps. Pas avant 2011 et peut-être pas avant 2012 ou 2013. Faut-il s'inquiéter de nouveaux délais et de coûts qui pourraient grimper en flèche? Attendons avant de s'alarmer.
Ceux qui ont cru que ces deux superhôpitaux pourraient être ouverts en 2010 sur la foi de la mention «CHUM 2010» qu'ils voyaient dans plusieurs documents auront été bien naïfs. Comme on est déjà presque rendu en 2007, il aurait fallu, pour y arriver, mettre les bouchées doubles, voire triples, surtout qu'il reste encore de multiples décisions de planification à prendre avant la première vraie pelletée de terre, dont le gouvernement Charest est incapable de dire quand elle aura lieu.
Ces projets, on le sait, n'en sont pas à leurs premiers retards. Depuis 1991, nous en sommes à la troisième tentative de réalisation du CHUM, ce qui explique l'impatience de certains dans le milieu de la santé à voir enfin les travaux commencer. Voir une excavatrice enfin à pied d'oeuvre serait pour ceux-là l'assurance que cette fois est bien la bonne. Pourtant, il reste de nombreux obstacles à franchir.
De nouveaux retards pourraient venir du mode de gestion en PPP que le gouvernement semble privilégier. Si cela était, il faudra, avant de lancer les travaux, avoir évalué de façon précise tous les coûts de réalisation, ce qui exigera de déterminer dans le moindre détail chacun des éléments des deux superhôpitaux. L'avantage est de fixer les coûts que devront respecter les partenaires privés qui auront été choisis pour leur construction. L'inconvénient, c'est qu'il faut prendre le temps de faire cette évaluation. Comme on en sera à une première expérience de gestion en PPP et que la définition précise de tous les besoins d'un hôpital est affaire longue et complexe, cette étape pourrait se prolonger. Du moins, le risque existe.
Les prochaines élections pourraient aussi être source de délai. S'il survenait un changement de gouvernement, plusieurs projets pourraient être remis en cause. Dans le cas des deux superhôpitaux, le Parti québécois pourrait vouloir permettre au lobby qui plaide en faveur d'une fusion du CHUM et du CUSM de se faire entendre, même si l'à-propos d'une telle idée est loin d'être établi. Comme ce groupe est essentiellement constitué de militants de son parti, ce pourrait être un passage obligé pour un André Boisclair devenu premier ministre.
Quelle qu'en soit la cause, tout nouveau retard entraînera une augmentation des coûts de réalisation de ces deux projets, ne serait-ce qu'en raison de l'inflation. Certaines personnes, inquiètes de voir la facture de ces deux projets grimper sans cesse, remettent périodiquement en question la capacité des Québécois de s'offrir ces projets. Il est vrai que ces deux centres hospitaliers universitaires coûteront cher. Pour autant, l'ampleur des investissements nécessaires ne doit pas nous faire oublier qu'il s'agit de projets nécessaires aussi bien à la formation de médecins et de chercheurs qu'au fait d'assurer des services de santé de qualité. Au surplus, il n'y aurait pas d'économie à faire en ne construisant, par exemple, qu'un méga-super-hôpital puisqu'il faudrait par ailleurs continuer à rénover en parallèle des hôpitaux vétustes pour assurer les services.
Le CHUM et le CUSM ne sont pas moins prioritaires que les nombreux projets autoroutiers du gouvernement Charest, qui s'apprête à investir un milliard pour construire un tronçon de 35 kilomètres de l'autoroute 30. Leur nécessité, tout comme leur valeur pour la société québécoise, est encore plus grande. Ce dont il faut s'assurer, c'est qu'ils puissent se réaliser dans les meilleures conditions possibles. On aiderait en cessant de chercher des prétextes, quels qu'ils soient, pour les remettre toujours en cause.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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