Dure est la vérité

Québec 2007 - Après un OUI - Charest et la partition

Seuls les naïfs ou les militants aveuglés se scandaliseront des arguments présentés par ceux qui s'opposent à la sécession du Québec et qui mettent en lumière les risques et les perturbations que cela entraînerait. Les indépendantistes responsables et lucides le savent, eux, et cela ajoute à la gravité avec laquelle ils défendent leur option. Pauline Marois a payé cher sa franchise lorsqu'elle s'est refusée à banaliser les conséquences d'un OUI au référendum. Elle a parlé de turbulences et sa déclaration lui a retiré des appuis dans la campagne à la direction du parti. On ne dira jamais assez à quel point René Lévesque était habité par cette lourde responsabilité de faire accéder son peuple à la souveraineté. Il en connaissait les risques, il avait peur aussi, mais il misait sur l'espoir et croyait que la dignité de son petit peuple qui était un grand peuple, comme il l'a dit le soir du 15 novembre 1976, justifiait les turbulences et les perturbations momentanées. Il n'a jamais tenté de banaliser le prix qu'il fallait payer. Il estimait -- et, en cela, certains adversaires le croyaient lui-même naïf -- que la volonté démocratique exprimée au référendum imposerait au Canada anglais et au reste du monde la reconnaissance officielle d'un Québec souverain.
Il faudrait être aveugle aussi ou de mauvaise foi pour nier au PLQ et à l'ADQ le droit de soulever la question du référendum promis par le PQ après une victoire le 26 mars prochain. Ce débat existera aussi longtemps que le PQ inscrira à son programme électoral un référendum sur la souveraineté, ce qu'a aussi fait André Boisclair. Et en ce sens, toute campagne électorale au Québec, que cela déplaise ou agace, portera sur l'indépendance, reléguant au second plan, hélas, tous les autres enjeux. Ce ne sont pas les partis politiques qui en sont responsables mais le peuple lui-même. Faut-il encore une fois rappeler cette pénible réalité, à savoir que les référendums précédents n'ont été une victoire pour aucun des deux camps? Ni le OUI ni le NON n'ont triomphé puisque nous sommes devant un éternel recommencement. Le candidat péquiste Pierre Curzi a bien exprimé l'inconfort de sa génération (il a 61 ans) en affirmant que, pour lui, le prochain serait le dernier, laissant ainsi entendre qu'il mettrait une croix sur son rêve en cas d'une autre défaite du OUI.
Dans ce contexte, nous sommes donc condamnés à reprendre ad nauseam les débats sur les dangers de la sécession, sur le caractère sacré ou non de l'intégrité territoriale, sur la peur et la couardise des fédéralistes, sur l'amour inconditionnel, voire exclusif, des souverainistes pour le Québec. Nous sommes condamnés à réentendre des choses que nous nous refusons, à vrai dire, à entendre. Par exemple, nombreux sont ceux, et pas seulement parmi les souverainistes, qui ne tolèrent pas les interrogations sur l'intégrité du territoire. Or il faut s'attendre à une remise en cause des frontières par les autochtones, et ce, devant les tribunaux, dès lors qu'on mettra en place le processus d'accès à la souveraineté. Ces derniers ne s'en cachent guère, d'ailleurs, s'appuyant en cela sur des avis de constitutionnalistes loin d'être unanimes sur cette question. Ce n'est un secret pour personne que les autochtones du Québec, dont à peine 10 % votent aux élections, sont hostiles à l'indépendance et que leurs appuis moraux et éventuellement politiques sur le plan international sont démesurés compte tenu de leur nombre.
Ceci étant, il est difficile de justifier la provocation du chef du Parti libéral du Québec avec ce «lapsus» qui n'en était pas un. Il est intolérable aussi d'entendre les arguments fédéralistes à propos des chèques de pension de vieillesse, devenus une métaphore des peurs réelles et justifiées d'un bouleversement économique et financier pendant la période de transition vers la souveraineté. Pourquoi les arguments des uns et des autres changeraient-ils puisque la problématique demeure telle qu'en elle-même? Et c'est à cause de ce contexte que la personnalité du chef du Parti québécois pèse de tout son poids sur les choix des uns et des autres.
La dure vérité se résume alors ainsi: André Boisclair a-t-il les capacités de rassurer les inquiets, les fragiles, les indécis? A-t-il le coffre nécessaire pour plonger le Québec dans un nouveau référendum et surmonter les embûches semées le long de la voie menant à l'indépendance? A-t-il la crédibilité internationale nécessaire pour négocier avec les principaux partenaires, soit le Canada et les États-Unis (dont il a ridiculisé les dirigeants dans un clip tristement célèbre), sans oublier les financiers qui cotent et décotent le Québec?
Le chef du Parti québécois quel qu'il soit n'est pas qu'un chef de parti. Il est celui sur les épaules duquel reposent les aspirations libératrices d'un peuple. Ni René Lévesque, ni Lucien Bouchard, ni Jacques Parizeau, ces premiers ministres hors gabarit, ces hommes inspirés, dotés d'une expérience politique à la hauteur de leur carrure intellectuelle, ces figures emblématiques n'ont pas pu rassurer une majorité de Québécois.
Dans ces élections où se profile un référendum, qu'on le nie ou pas, la victoire appartient à celui qui rassurera davantage qu'il fera peur. Cette vérité impopulaire est dure à entendre mais elle est incontournable.
denbombardier@vidéotron.ca


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