Duceppe surpris et refroidi

Le chef bloquiste mesure la défaveur des députés péquistes. Marois soupèse ses appuis.

PQ - succession de Boisclair

Chouinard, Tommy; Bellavance, Joël-Denis; Lessard, Denis - Gilles Duceppe est déstabilisé par l'accueil glacial qu'ont réservé plusieurs députés péquistes à sa possible candidature au leadership du Parti québécois. Le chef du Bloc compte maintenant s'entretenir avec Pauline Marois au cours des prochaines heures afin de mesurer l'intérêt réel que porte l'ancienne ministre péquiste à la direction du PQ.
Les intentions de Mme Marois pèseront lourd dans la décision de M. Duceppe de se lancer ou non dans la course à la succession d'André Boisclair, a-t-on appris hier. Les deux clans se livrent une bataille téléphonique pour inciter des députés péquistes à appuyer publiquement leur favori.
De son côté, André Boisclair, absent du parlement depuis mardi, remettrait " à court terme " sa démission à titre de député de Pointe-aux-Trembles, souligne l'un de ses proches.
Le député Pierre Paquette, leader parlementaire du Bloc québécois à la Chambre des communes, confirme l'entretien à venir entre M. Duceppe et Mme Marois. " Il a dit qu'il était en réflexion et cela va faire partie de sa réflexion de voir quelles sont les autres personnes qui manifestent leur intérêt pour la course ", a-t-il affirmé hier.
Gilles Duceppe a poursuivi sa réflexion au sujet de son avenir politique hier à Montréal, laissant de côté pour une rare fois son travail à la Chambre des communes.
Certains députés bloquistes le pressent de renoncer à l'idée de faire le saut en politique provinciale pour la seconde fois en deux ans si Pauline Marois décide de plonger. C'est le cas de Réal Ménard, qui a appuyé Mme Marois en 2005. " Pour l'avenir, le meilleur duo pour les souverainistes, c'est Mme Marois à Québec et M. Duceppe à Ottawa ", a-t-il dit.
Des députés bloquistes ont été estomaqués par l'accueil glacial que provoque au sein du caucus péquiste la possible candidature de Gilles Duceppe. Mercredi, plusieurs députés péquistes ont dit préférer voir M. Duceppe rester à Ottawa, alors que la majorité des élus bloquistes l'invitaient au même moment à faire le saut.
Certains députés bloquistes, dont Pierre Paquette, ont tenté de minimiser cette levée de boucliers chez les élus péquistes. " C'est sûr qu'ils peuvent avoir une influence sur les militants. Mais je pense qu'il y a une très grande diversité d'opinions actuellement ", a-t-il souligné.
Or, plusieurs députés bloquistes croient que Gilles Duceppe devra obtenir des appuis de députés péquistes au cours des prochaines heures à défaut de quoi il lui sera difficile de se lancer dans une campagne à la direction. Aucun élu à Québec ne lui a donné un tel appui hier, du moins publiquement. Richard Marceau, ancien député bloquiste et candidat du PQ défait le 26 mars, a donné des entrevues pour faire la promotion de la candidature de M. Duceppe.
Mis à part Sylvain Simard, qui semble le seul à souhaiter le couronnement de Gilles Duceppe, peu de députés péquistes appuient le bloquiste pour le moment. Maxime Arseneau, des Îles-de-la-Madeleine, serait son plus fervent partisan, lui qui a appuyé tardivement Pauline Marois en 2005. D'autres noms circulent, dont ceux de Sylvain Pagé et Serge Deslières, qui avaient réclamé publiquement un vote de confiance rapide à l'égard d'André Boisclair. Mais M. Deslières a affirmé à La Presse qu'il n'a pas encore arrêté son choix. " Même pas le quart des députés " pourraient éventuellement se ranger derrière Gilles Duceppe, estime une source péquiste.
Plamondon, bouc émissaire
Des députés bloquistes accusent leur collègue Louis Plamondon d'avoir nui à la cause de M. Duceppe en affirmant que certains au PQ avaient besoin de se faire " botter le derrière ".
Avant le départ d'André Boisclair, le député bloquiste et ancien ministre péquiste Serge Ménard a donné des coups de fil aux élus du PQ pour supputer les chances de Gilles Duceppe, a indiqué une source péquiste.
Le chef bloquiste a également fait appel à Patrick Marais - un spécialiste des " opérations spéciales ", dit-on au PQ - pour sonder les troupes. M. Marais est proche de François Leblanc, le directeur de cabinet du chef bloquiste.
Pour des gens proches de Pauline Marois, le jupon de Gilles Duceppe dépassait depuis un bon moment. Un des responsables du financement du Bloc, Yvon Carreau, téléphonait à des patrons d'entreprise pour vendre des billets pour un cocktail à 1000 $, un événement permettant de rencontrer M. Duceppe.
Pauline Marois est à soupeser ses appuis au sein du caucus des députés. Elle est très tentée de faire le saut si un bon nombre d'élus lui donnent rapidement son appui, indique un membre de son organisation de 2005. Quelques députés ont déjà indiqué publiquement qu'ils voyaient d'un bon oeil sa candidature.
Mais la décision de Louise Harel sera très importante. Si elle décide de tout faire pour que M. Duceppe vienne à Québec, ce désaveu de cette vieille amie sera durement ressenti par Mme Marois.
Les pro-Marois s'attendent à ce que l'ancien premier ministre Bernard Landry passe des coups de fil pour Gilles Duceppe. M. Landry avait appuyé Yves Duhaime contre M. Duceppe quand les bloquistes avaient dû remplacer Lucien Bouchard. Mais au fil des ans, les deux chefs souverainistes se sont rapprochés. M. Landry avait déjà prévenu M. Duceppe qu'il ne serait pas candidat avant même qu'André Boisclair n'annonce sa démission.
Depuis un bon moment, François Rebello, l'un des supporters de la première heure de François Legault avant qu'il renonce à se lancer dans la course de 2005, est en contact avec des proches de Gilles Duceppe à Ottawa. M. Rebello, vice-président de la commission politique du PQ, et d'autres jeunes de l'ancienne équipe Legault se rencontrent en fin de semaine pour discuter stratégie, à la résidence du député péquiste de Rousseau.
François Legault souhaitait le départ d'André Boisclair, mais il n'a pas pour autant promis d'appui à qui que ce soit. " Il y a longtemps qu'il parle avec Joseph Facal ", confie un proche de l'ancien patron d'Air Transat, une affirmation que bien des péquistes confirment.
Mais des vétérans du PQ soutiennent qu'il est très peu probable que François Legault appuie l'ancien député de Fabre. Il pencherait plutôt pour Gilles Duceppe mais il garde les coudées franches.
Sa vision est proche de celle de Joseph Facal (signataire du Manifeste pour un Québec lucide), mais bien des lieutenants, qui étaient passés les yeux fermés de François Legault à Richard Legendre lors de la course précédente, ont désormais plus d'hésitations à appuyer un candidat plutôt inattendu.


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