Dormir en paix

Mais pour certains, dont sont les conservateurs, il est plus facile de dormir en paix les prisons pleines

Élections fédérales du 14 octobre 2008

Début musclé de la troisième semaine de campagne électorale pour les conservateurs qui ont pris l'engagement hier de revoir la Loi sur les jeunes contrevenants pour la durcir. Plus sévères, les peines pourraient aller jusqu'à la prison à vie en cas de meurtre avec ou sans préméditation. L'intention recherchée est de mettre davantage l'accent sur la dissuasion que sur la prévention.
Les conservateurs de Stephen Harper n'ont pas d'intentions cachées lorsqu'il s'agit de promouvoir la loi et le bon ordre. Ils s'en sont toujours fait les champions, présentant au cours de leur premier mandat plusieurs projets de loi, dont le plus important, le C-25, visait justement à réécrire la Loi sur les jeunes contrevenants. Il est resté en plan en raison de la résistance des partis d'opposition.
Ceux qui trouvaient que le gouvernement Harper était déjà allé trop loin avec son projet C-25 savent maintenant que les conservateurs sont prêts à se dépasser. Ce sera la prison pour adulte pour tout crime sérieux commis par une personne âgée de plus de 14 ans (16 ans dans le cas du Québec) et la prison à vie dans le cas d'un meurtre. Leur nom pourra être rendu public. Un crime est un crime, croit Stephen Harper pour qui les causes de la criminalité chez les jeunes, notamment la pauvreté, ne sont pas des excuses recevables.
En mai dernier, la Cour suprême rejetait l'idée que les jeunes contrevenants soient soumis à des sentences pour adultes. Le plus haut tribunal avait alors rappelé au gouvernement que les jeunes ont un droit constitutionnel à un système de justice différent de celui des adultes parce qu'ils n'ont pas le même degré de maturité. On peut se demander si, n'eût été cet avis de la cour, le Parti conservateur n'aurait pas franchi un autre pas de plus en enlevant aux tribunaux toute latitude pour faire prévaloir la réadaptation sur la punition.
Le fait que la criminalité chez les jeunes ait augmenté de 30 % en 15 ans, soit de 1991 à 2006, convainc les conservateurs que la Loi sur les jeunes contrevenants a failli à la tâche. Pas plus que d'autres lois qui valent pour le monde adulte, on ne peut pourtant prétendre que la Loi sur les jeunes contrevenants soit parfaite et qu'elle soit appliquée correctement. Le premier ministre Harper justifiait hier sa volonté de durcir la Loi sur les jeunes contrevenants en se référant au rapport de la commission Dunn qui, en 2006, s'était penchée sur l'application de cette loi en Nouvelle-Écosse. Mauvaise béquille que celle-là, car si celle-ci recommandait quelques changements à la Loi sur les jeunes contrevenants comme la détention préventive, on insistait davantage sur les efforts à consacrer à la réadaptation des jeunes contrevenants. Il n'était surtout pas question d'expédier des jeunes dans les prisons pour adultes.
Ouvrir grand les portes des prisons à des adolescents peut avoir un effet de dissuasion, quoique cela est loin de faire l'unanimité chez les spécialistes. Par contre, ceux que l'on enverra en prison n'auront que peu de chances de sortir des sentiers de la criminalité. Au contraire, ils s'y enfonceront davantage. Le prix que ceux-là paieront sera très lourd. On gâchera des vies sans avoir la certitude que leur exemple ait vraiment servi à diminuer la criminalité plus qu'un sérieux effort à combattre les causes de la criminalité chez les jeunes et à aider ceux qui s'y engagent à en sortir. Mais pour certains, dont sont les conservateurs, il est plus facile de dormir en paix les prisons pleines.
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bdescoteaux@ledevoir.com


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