Des Israéliens au service de Mohammed ben Salmane

1e50501b8d49998f0f9dcb564da61781

Le logiciel espion fort efficace des Israéliens


Un film sur le meurtre du chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi a fait ses débuts le week-end dernier au prestigieux Sundance Film Festival. The Dissident de Bryan Fogel était l’un des documentaires les plus courus du festival.  


Le sujet principal du documentaire est le vidéoblogueur Omar Abdulaziz, un résident du Québec âgé de 27 ans. Ses tweets et ses vidéoblogues contre le gouvernement saoudien constituent la pièce maîtresse du récit de Fogel. Le militant saoudien vit ici sous la protection des services de sécurité canadiens après avoir fui l'Arabie saoudite.  


Même si sa présence au Québec est discrète, Omar Abdulaziz est une personnalité arabe très en vue sur sa chaîne YouTube où il diffuse des commentaires critiques contre la monarchie tyrannique d’Arabie saoudite. 


Dans le film, Abdulaziz dit que la relation de Khashoggi avec lui a directement conduit à son assassinat. Son téléphone a été piraté avec le puissant logiciel espion de fabrication israélienne Pegasus après qu’il a cliqué sur un faux lien dans un SMS provenant, croyait-il, d'un service de messagerie. 


Beaucoup d’autres dissidents ont été victimes des services d’espionnage saoudiens autorisés à réduire les opposants au silence. L'année dernière, la CIA a averti un activiste arabe, réfugié politique en Norvège, d'une menace potentielle contre lui en provenance d'Arabie saoudite.  


Iyad El-Baghdadi, militant prodémocratie et critique du prince héritier Mohammed ben Salmane sur Twitter, s’est réfugié dans ce pays après avoir été expulsé des Émirats arabes unis, un proche allié de l'Arabie saoudite.  


Ses commentaires sarcastiques de dirigeants arabes lui ont valu des dizaines de milliers d’adeptes sur Twitter. Le prince héritier saoudien a été fréquemment l'objet de critiques ironiques acerbes. 


La CIA a l'obligation légale d'avertir les victimes potentielles si l'agence recueille «des informations crédibles et spécifiques indiquant une menace imminente de meurtre intentionnel, de lésions corporelles graves ou d'enlèvement à l'encontre d'une personne ou d'un groupe de personnes».  


C’est la CIA qui a conclu que le prince héritier Mohammed ben Salmane était à l'origine du meurtre de Khashoggi. Il semble donc qu’elle ne savait pas ce qui se préparait puisqu’il n’a pas reçu de mise en garde. 


Il y a dans ce dossier une information récente qui est presque passée inaperçue: Omar Abdulaziz vient de remporter une victoire contre la société israélienne de logiciels espions NSO Group qui a fabriqué le logiciel utilisé contre lui ici au Québec.  


Un juge israélien a rejeté une tentative du NSO Group de faire annuler la poursuite qu'il a intentée parce qu’un logiciel espion de l'entreprise a été utilisé pour pirater son téléphone, alors qu’il habitait à Sherbrooke. Abdulaziz réclame 600 000 shekels (229 000 $CAN) de dommages et intérêts. La poursuite affirme que les communications interceptées entre lui et Khashoggi — y compris les discussions sur la façon de faire pression pour un changement démocratique en Arabie saoudite — ont été cruciales dans la décision de tuer Khashoggi. Le juge a aussi condamné le groupe NSO à payer à Abdulaziz les frais de justice de 23 000 shekels (environ 9000$ CA). 


Un autre tribunal israélien a statué qu'une affaire distincte liée à NSO Group que la cause devait être entendue en secret. Dans ce procès, Amnesty International et d'autres groupes de défense des droits veulent forcer le ministère israélien de la Défense à révoquer certaines licences d'exportation de logiciels espions de la NSO. Pourquoi le huis clos? Peut-être parce que la coopération secrète entre Israël et l'Arabie saoudite, en matière de renseignement, y serait évoquée. 


NSO fait également face à une poursuite aux États-Unis où WhatsApp l’accuse d'une série de cyberattaques sophistiquées qui ont violé sa plateforme de messagerie. WhatsApp estime que des centaines d'utilisateurs ont vu leurs téléphones portables piratés l'année dernière via un logiciel espion du NSO Group.  


Le milliardaire Jeff Bezos, propriétaire d'Amazon et du Washington Post, a déclaré que l'Arabie saoudite avait eu accès via son téléphone à des informations privées sur les détails d'une affaire extraconjugale qu'il avait eue et qui fut coulée à un tabloïd américain. Le fichier malveillant a été envoyé à partir du compte WhatsApp personnel du prince Mohammed ben Salmane.