Déménagement: Rimettes politiques estivales

Canada Day 2008


Un bon juillet faudra que je déménage

j’espère bien te quitter dans pas long

à la course, en volant ou à la nage

j’aspire à réaliser mon grand bond.
Nos chemins nous séparent

nos têtes en mal de directions

dans ces fouillis tant épars

de nos différends en floraison.
Je garderai ma séculaire maison

et n’agite surtout pas les grelots

de ta vile symphonie de partition

l’intimidation j’en connais le lot.
Je veux ma part de tes surplus

que tu as siphonnés effrontément

de mes chômeurs souvent exclus,

de mes étudiants et patients.
Je te laisserai tes belles Rocheuses

les dinosaures de la riche Alberta

et toutes ces têtes trop heureuses

de nous affubler d’un semblant d’État.
Je te céderai ta feuille rougie

pour commandites sous la couverte

j’aime mieux garder comme effigie

celle d’une vie encore toute verte.
Je te léguerai ma gouverneure

vestige faisandé de ma soumission

à ta longue emprise de dominateur

grand multiplicateur d’intrusions.
Je renoncerai à cette armée

qui trahit sa noble tradition

de travailler à désamorcer

des conflits entre nations.
Je larguerai mes sièges à ton parlement

symboles de mon état de minoritaire

tu garderas tes agences de renseignement

fossoyeurs obscurs de mon identitaire.
Je balancerai tes polices à cheval

en rouges parades sur leurs selles

pour ne plus qu’ils te déballent

illégalement mes affaires personnelles.
Garde donc aussi tes juges écarlates

emmaillotés dans leur ridicules toges

sentinelles serviles de ta charte

encore toute de travers dans ma gorge.
Je te laisserai ton majestueux Pacifique

pour qu’il t’inspire encore ce sentiment

à toi devenu beaucoup trop sympathique

à ce voisin qui respire comme il ment.
Je m’affranchirai des Conservateurs

des Libéraux et Néo-démocrates

ces sombres centralisateurs

de ton pouvoir à manie d’autocrate.
Je dirai adieu à Patrimoine-Canada

ses affiches, ses chèques et ses drapeaux

à l’aliénation fiscale et à tout ce fatras

qui sert à me clôturer avec mes impôts.
Je t’abandonnerai sans pleurnicher

tes insipides minutes du patrimoine

j’ai déjà eu ma ration de héros nichés

il aura bien fini de danser ton moine.
Finie la jungle fédérale-provinciale

terminée ta constitution toute trouée

raccommodée, patchée, vétuste et bancale

nuitamment imposée mais non encore digérée.
Je veux gérer ma propre maison

je suis tanné de te voir l’intendant

qui décide qui inviter dans mon salon

en jouant toujours au malentendant.
Même si hélas ton vent dominant

me soufflera longtemps ton bitume

je veux sauvegarder mon ambiant

sans protocoles dans les brumes.
Je te rendrai mon petit banc à l’UNESCO

garde aussi ce concept creux de nation

et toute cette panoplie de prix coco

dont j’ai eu plus que ma ration.
Je désire régler l’impasse fiscale

pour décider de mes priorités

et cesser ces plaintives escales

sur les genoux dans tes escaliers.
Je peux très bien faire connaître

moi-même ma bien réelle existence

sans nul besoin de toi pour naître

dans ce monde en effervescence.
Est-il si loin ce grand moment

où je bouclerai mes valises d’adieux ?

Est-il proche ce salutaire instant

où je m’envolerai vers d’autres cieux ?
J’en ai assez de tes magouilles

qui me gavent d’ambiguïtés

Baptiste, ta proverbiale grenouille,

aspire à explorer sa liberté.
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Gilles Ouimet66 articles

  • 32 234

Né à Mont-Laurier en 1947. Études primaires à cet endroit. Études classiques à Mont-Laurier et Hull entre 1961 et 1968. Diplômé en histoire de l’Université Laval en 1971. Enseignant à la polyvalente de Mont-Laurier entre 1971 et 2005. Directeur d’une troupe de théâtre amateur (Troupe Montserrat) depuis 2000. Écriture pour le théâtre, notamment une pièce à l’occasion du centenaire de Mont-Laurier en 1985 (Les Grands d’ici), une autre à l’occasion du 150e anniversaire du soulèvement des Patriotes (Le demi-Lys...et le Lion) en 1987 (prix du public lors du festival de théâtre amateur de Sherbrooke en 1988 et 2e prix au festival canadien de théâtre d’Halifax la même année). En préparation, une pièce sur Louis Riel (La dernière Nuit de Louis Riel). Membre fondateur de la Société d’histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides. Retraité de l’enseignement depuis 2005.





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2 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    1 juillet 2008

    M. Vézeau,
    Oui, l’allégorie de la femme battue s’applique au cas du Québec dans le Canada, tout comme celle de l’esclave d’une génération à l’autre, qui n’a jamais connu que ses chaîne, jamais assumé un geste responsable, qui réclamera son maître si du jour au lendemain on devait l’affranchir et le laisser aller… Et ce cas se rapproche horriblement de ceux, comme vu récemment (en Autriche ?), de jeunes filles(ou garçons) asservies dès le jeune âge par le père sur tous les plans : sexuel, confinement extrême, sans éducation ni connaissance du lieu ou du temps… Devenus jeunes adultes, ces êtres n’ayant jamais connu la normalité, comme l’enfant de la jungle, ne se plaignent pas de leur sort, n’ayant aucun point de comparaison. Le tyran donne des coups et en est remercié !
    Depuis la conquête britannique, en 1759, donc depuis 250 ans, (une dizaine de générations), les francophones du Canada sont graduellement minorisés, privés de l’instruction bien subventionnée que se paie le maître (McGill/Concordia), des soins de santé modernes de l’autre(CHUM/CUSM), appauvris par la délocalisation des industries et services fédéraux accordés ailleurs (dans leur langue, transports continentaux(aérien, ferroviaire, maritime, routier :douanes, GRC, Forces militaires…) ridiculisés dans leur différence minoritaire, spoliés de leurs maigres revenus pour être filoutés dans leurs droits fondamentaux : démocratie, justice, économie : ressources naturelles, agriculture, environnement…
    Après tant de générations d’humiliation et de défaites(Wolfe, Durham(Patriotes), McDonald(Riel), McKenzie King, Laurier (conscriptions), Trudeau(Octobre’70, Constitution) Chrétien, Dion(Référendums, Commandites) Charest/Harper(Loi 101 étripée) Immigration forcée sans francisation… sans oublier quelques vacheries des prétendus souverainistes eux-mêmes,… la jeunesse de l’ère de l’Internet vit le syndrome de Stockholm : admire les succès du bourreau et aspire à lui ressembler, fuyant la condition misérable que ses ancêtres ont endurée. Cette génération est fière de prendre des avions à tous les lundis matins pour son maître (Motorola ?) à destination de la Californie, de l’Ohio, de la Chine et de l’Afrique, bardé de cellulaires/photo, Blackberries, ordi portable, pour être rejoignable 24/24. Cette servitude lui sied mieux que celle de ses parents fonctionnaires parce qu’elle lui achète Cabane/bazou/bateau/chalet qu’il n’a pas le temps d’utiliser mais qui rend milliardaire le tycoon de la finance et des communications. La laisse lui paraît douce comme les coups du tyran apportent une portion additionnelle de patates à l’enfant asservi…
    Encore plus que pour la « femme battue » ces allégories nous montrent que l’esclave générationnel ne peut s’en sortir de lui-même. Une dénonciation extérieure doit survenir !
    Aujourd’hui à Québec, à l’invitation du RRQ, nous n’étions pas cent résistants portant encore quelques bribes de conscience de notre minorisation fatale. Sur la Colline parlementaire à Ottawa, c’était la mer ROUGE, et nombre de francophones y célébraient la fête de leur conquérant ! Au pied du monument de Wolfe, où trois graphiteurs avaient été interdits par le Juge pour avoir écrit Québec libre, la police entourait notre groupuscule qui bêlait à fendre l’âme avant d’être égorgé. Falardeau, Bourgeois, Sauvé(qui croit le GrandJour proche), nous ont harangués, debout sur une table à picnic, puis nous ont accordé 15 minutes pour aller impunément maculer de craie hydrosoluble l’infâme monument de Wolfe avec nos plus retentissants Québec libre ! 15 minutes : pas une seconde de plus ! Aussitôt après, les policiers du maire Labaume nous ont explulsés sans ménagement. Une heure plus tard, après lunch rue Cartier, toutes traces de craie avaient disparu : lavées au Karchner, comme dirait Sarko ! La garderie s’était amusée, on avait nettoyé, la marée rouge autour du musée n’eut connaissance de rien ! CANADA DAY as usual…
    Devenus insuffisants en nombre, nous sommes une espèce quasi disparue ! Viendra-t-il une dénonciation d’un observateur naturaliste extérieur ?
    Ou serons-nous inscrits parmi les innombrables espèces animales qui disparaissent annuellement ?
    En tout cas la Terre n’arrêtra pas de tourner.

  • Grégory Vézeau Répondre

    1 juillet 2008

    Bravo!
    Tout simplement inspiré!
    Cela me fait penser à ma comparaison des relations Québec/Canada et le cycle de la violence chez les femmes violentées.
    On se fait voler, manipuler, mentir, rabaisser, insulter. On fait rire de nous, nos lois se font violer à outrance et on s'est même fait même battre en octobre 1970.
    Et dès qu'on parle de partir, on se fait chanter des belles chansons, on nous dit qu'on nous aime et on nous achète des beaux cadeaux avec l'argent qu'on s'est fait voler au préalable.
    Et on tombe dans le panneau une fois de plus et le cycle de la violence se poursuit...
    Donc oui, il est plus que tant que le Québec sorte de cette relation malsaine pour lui, comme bon nombre de ces femmes courageuses qui quittent les hommes qui les maltraitent.