Cacouna, Rabaska, etc.

Rabaska

L'affaire suscite beaucoup de passion dans la région de la capitale: pourquoi le gouvernement du Québec autorisait-il la construction d'un grand terminal méthanier au pied de la côte de Beaumont, qui est située en face de l'île d'Orléans, alors qu'on vient tout juste de dire oui à un autre projet aussi important moins de 200 kilomètres plus loin, à Gros-Cacouna?
La population de la région de Lévis est profondément divisée. Il y a quelques années, les résidants de la municipalité de Beaumont, située tout à côté de Lévis, avaient rejeté la première mouture du projet Rabaska piloté par un consortium privé composé des sociétés Gaz Métropolitain, Enbridge (d'Alberta) et Gaz de France. Devant ce rejet, les promoteurs se sont aussitôt tournés vers Lévis, où ils ont été reçus à bras ouverts par les milieux d'affaires et les autorités politiques... mais contestés par une partie de la population.
La construction de terminaux méthaniers permettra d'importer du gaz liquéfié de pays producteurs comme la Russie et de le redistribuer par gazoduc au Québec, en Ontario et possiblement aux États-Unis. Le Québec n'est pas un grand consommateur de gaz naturel, dont la seule source d'approvisionnement est l'ouest du pays, par le gazoduc TransCanada PipeLines.
Pour nous, l'enjeu en est donc un de sécurité d'approvisionnement, mais surtout d'apport économique immédiat pour les municipalités concernées. Pour les promoteurs, les choses sont plus simples encore: en diversifiant leurs sources d'approvisionnement, ces distributeurs de gaz naturel seraient moins dépendants du gaz de l'Ouest et pourraient ainsi jouer la carte de la concurrence sur le grand marché de l'est du continent.
Là où les choses se compliquent, c'est quand on s'intéresse à l'environnement, à la qualité des paysages qui seront affectés et, plus largement, à la pertinence pour le Québec d'accueillir sur les rives d'un fleuve déjà fragilisé deux grands ports méthaniers distants d'à peine 200 kilomètres l'un de l'autre.
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Il y a quelques semaines, une commission d'examen formée de représentants du BAPE et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale publiait un rapport assez favorable au projet Rabaska. Malheureusement, la qualité d'analyse de ce rapport tranche par comparaison avec la plupart des études auxquelles le BAPE nous a habitués par le passé.
À titre d'exemple, le rapport reconnaît que le projet affectera de façon irrémédiable «le paysage à haute valeur patrimoniale de la côte de Beaumont», qu'il nuira à la reproduction et à la migration de certaines espèces de poisson comme l'éperlan, l'anguille et l'esturgeon; pourtant, il se contente de demander au promoteur de limiter les dégâts.
Par ailleurs, le rapport ne fournit aucune analyse des besoins du Québec en matière de gaz naturel, se satisfaisant d'un rappel de la politique énergétique du Québec. Or, à l'heure actuelle, non seulement le gaz de l'Ouest suffit amplement à combler nos besoins, mais un premier projet de terminal méthanier vient d'être accepté à Gros-Cacouna qui suffira largement pour assurer la sécurité de nos approvisionnements.
Alors, pourquoi Québec donnerait-il son aval à Rabaska? Pourquoi sinon simplement pour ne pas déplaire au consortium de Gaz Métro après avoir dit oui à son concurrent formé des sociétés Énergie Cacouna, TransCanada et Petro-Canada?
Les terminaux méthaniers sont des installations qui exigent la construction de réservoirs sur la terre ferme et d'une jetée qui s'avance à quelque 500 mètres dans l'eau. Ces terminaux doivent évidemment être reliés à un réseau de transport existant, ce qui exige la construction de dizaines, voire de centaines de kilomètres de conduits.
Quant aux méthaniers qui navigueront sur le fleuve, il s'agit de navires d'une longueur de quelque 320 mètres qui s'apparentent aux superpétroliers dont quelques-uns viennent déjà jusqu'aux installations Ultramar de Lévis.
On comprendra aisément que la présence en nombre croissant de ces géants des mers à proximité des zones habitées, aussi loin à l'intérieur des terres, ne peut trouver de justification que dans une évaluation serrée de nos besoins en gaz naturel. Même sur la côte atlantique des États-Unis, on s'oppose maintenant à la construction de tels terminaux. Or, dans les deux cas qui nous concernent, c'est d'abord pour se rapprocher du marché très important de l'Ontario et de l'est des États-Unis que les consortiums ont choisi le Québec. Faut-il s'en réjouir?
Compte tenu de la largeur du fleuve et de la pré-existence d'un port en eau profonde à Gros-Cacuna, ce seul projet de terminal suffirait largement. Rien d'autre que la concurrence entre deux géants du gaz ne justifie Rabaska et, à ce jour, ni la commission conjointe ni le gouvernement du Québec n'ont fourni la preuve du contraire.
j-rsansfacon@ledevoir.com


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