Banqueroute du système financier mondial : réédition de l’Échec de Law ?

Aujourd’hui, les aventuriers de la finance ont remis cela. Mais au lieu de jouer sur les monnaies, ils ont fait pire.

G20 - Séoul novembre 2010


Souvenez-vous. Sous la Régence, un génial financier, écossais, avait trouvé un moyen astucieux pour pouvoir jouer avec la monnaie. Battre monnaie était un droit régalien, mais répondait à des règles que MM. Les Spéculateurs commençaient à trouver un peu lourdes : la monnaie émise était en métal, ce qui permettait de s’assurer que sa valeur était réelle, qu’elle existait bien.

Le Trésor était bien mal en point, et il fallait trouver une solution.
M. Law – on prononce [lass], lui, eut l’idée de mettre en circulation des assignats. Ce papier monnaie était un titre permettant d’échanger contre de la vraie monnaie en or, en argent en bronze ou en cuivre, le montant qui était porté dessus ; son « nominal ». Pour ce faire M. Law monta une société bancaire qui émit des actions sur la nouvelle monnaie papier.
Le système bancaire de Law et ses assignats fonctionnaient un peu comme des titres de bourse au porteur, en somme.
Malheureusement, la tentation était forte d’imprimer plus de papier monnaie que le montant total réel que représentait le trésor royal. L’aventure dura de 1716 à 1720, puis est arrivé ce qui devait arriver : la banqueroute et l’effondrement du système des assignats. Tous ceux qui en possédaient se sont trouvés ruinés. MM. Les spéculateurs se sont trouvés ruinés. La morale était sauve.
Oui, mais dans la même ruine, ils ont entraîné de braves sujets de Sa Majesté qui avaient été trop confiants dans ce que leur avait proposé le Régent. Icelui, fort en colère d’avoir vu tromper les sujets du Roi, se retourna contre Law qui n’eut d’autre salut que la fuite. Le Trésor royal dut indemniser les escroqués. L'agiotage et les injustices qui marquèrent la réduction de la dette de la Banque royale traumatisèrent l'opinion et ébranlèrent les hiérarchies économiques traditionnelles.

Aujourd’hui, les aventuriers de la finance ont remis cela. Mais au lieu de jouer sur les monnaies, ils ont fait pire.
Les monnaies ne sont plus appuyées sur un étalon. La dernière monnaie convertible, le dollar, a quitté ce statut de convertibilité en 1991. C’est leur œuvre.
Depuis, MM. Les financiers ont fait danser l’anse du panier en truquant les comptes et en créant de la monnaie virtuelle.

Comment font-ils ? Un exemple…

En 1988, j’arrive en Palestine. J’ouvre à la Banque Leumi Ha Israël un compte avec un chèque en francs convertibles de la Banque de France. Le banquier, un peu surpris de me voir titulaire d’un compte à la Banque de France, attend avec prudence de voir mon nouveau compte approvisionné, ce qui ne prend que trois jours. Il me fait alors une proposition : me prêter 10.000 dollars états-uniens.
Le taux d’intérêt est alors de 8 % et je n’ai pas besoin d’argent. « Si je vous prête cet argent, je suis obligé de vous faire un contrat au taux d’intérêt légal, mais je suis aussi autorisé à vous faire une remise commerciale du montant des intérêts.
- Quel est l’intérêt, pour vous ?
- Si je vous prête dix mille dollars, je sais que votre compte vaut ces dix mille dollars. Si je ne vous les prête pas, je suis obligé d’attendre plusieurs mois pour évaluer ce qu’il vous reste en fin de mois et donc pour savoir ce que vaut votre compte pour moi en argent utilisable pour les placements.
Si, le vendredi soir, je veux faire un placement à court terme jusqu’au lundi suivant, je dois m’appuyer sur la valeur globale des comptes de mon agence. Tous ceux qui ont un emprunt chez moi représentent une valeur disponible que je peux placer et sur laquelle je peux gagner 20% sur trois jours.
Si je vous prête 10.000 dollars, votre compte vaudra pour moi la même somme pendant cinquante deux week-ends. Cinqante-deux week-ends pendant lesquels je vais faire travailler cet argent. Vous comprenez que je peux vous faire une remise commerciale de huit pour cent sur un an…
- Mais l’argent que vous placez ainsi n’existe pas, puisque je ne le recevrai, et seulement pour partie, que mois après mois. Vous allez donc faire des placements avec de l'argent qui n’existe pas !
- Eh oui, cher monsieur, c’est cela, la bourse…
De la bourse au Monopoly
A force de jouer ainsi, le système boursier international a généré des valeurs et des actions qui n’existent que sur le papier. Depuis que ce système fonctionne, il fabrique donc de l’argent de Monopoly. Il ne peut perdurer que tant que les gens auront confiance, comme dans le cas de Law vu plus haut.
Mais ce système, qui est de fait frauduleux, ne tiendrait pas à un examen comptable sérieux.
Dans Le Crédit agricole Hors-la-loi ? publié aux éditions Carnot en 2001, (page 160) Jean Loup Izambert cite un passage du livre Un Monde sans Loi, de Jean de Maillard, publié chez Stock :
Une masse gigantesque de capitaux passe chaque jour de main en main sur le marché des changes. Elle représente aujourd’hui 1.300 milliards de dollars par jour : presque cinq fois le budget annuel d’un état comme la France… Cette échelle de valeur est complètement déconnectée de l’économie réelle puisque les exportations mondiales de biens et servies ne représentent que 18 milliards de dollars par jour, c'est-à-dire soixante-dix fois moins. Les masses financières se déplacent sans contraintes, simplement limitées par le décalage horaire auquel la connexion électronique supplée partiellement.
Jean de Maillard est un magistrat spécialiste des nouvelles formes de criminalité.


Comptabilité et escroquerie institutionnalisée

En supposant que les choses n’ont pas changé depuis que ces auteurs ont écrit – et on peut supposer qu’en fait elles n’ont fait qu’empirer – la valeur moyenne des actions est donc soixante-dix fois plus faible qu’on veut nous le faire croire. En clair, beaucoup des héros de Forbes sont milliardaires essentiellement en argent de Monopoly.

Alors, il n’y a rien de surprenant à ce que les bourses commencent à craquer de partout : la comptabilité des groupes financiers n’a pu résister à l’examen – superficiel – auquel on l’a soumise que grâce aux tricheries des comptables et des instituts d’audit. Ceux-ci, souvent inféodés aux financiers, ont menti et rendu des rapports frauduleux. On l’a vu avec la sanglante faillite d’Enron qui a entraîné dans sa chute des retraités qui n’ont pas eu la chance des victimes de Law.
Si le groupe d’escrocs Arthur Andersen a disparu, pour le plus grand profit de la morale, l’administration Bush & C° n’a pas eu l’honnêteté de la Régence et de la monarchie française. Alors que le régime Bush & C° a largement bénéficié des magouilles financières qui ont permis l’achat de son arrivée au pouvoir en 2001, il n’a pas eu un seul geste pour venir au secours de ses citoyens innocents entraînés dans la tourmente.

Réagissons

Alors, vous, petits porteurs qui détenez des actions et auxquels on veut faire croire qu’on n’a rien perdu tant qu’on n’a pas vendu, souvenez-vous du scandale de Panama, des emprunts russes et, plus près de nous, des malversations du tunnel sous la Manche. Vendez. Et surtout, ne vous mettez pas entre les mains de financiers. Ne recourez pas au crédit. Vivez avec vos moyens et votre trésorerie, et laissez finir de pourrir ce système corrompu.
La banqueroute générale qui arrive, à la différence de celle de 1929, ne touchera que les porteurs de titres ; en aucun cas ceux qui vivent de leur travail. On l’a vu avec la banqueroute de Corée, il y a quelques années, qui n’a pas mis sur la paille les travailleurs et cadres coréens qui produisaient réellement quelque chose et non des lignes de bilans informatiques falsifiés !


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé