Revue de presse

Autres regards sur la grève étudiante

Conflit étudiant - sortir de l'impasse



Les étudiants québécois et tous ceux qui les appuient en frappant sur leurs casseroles ou en marchant pacifiquement avec eux, comme mardi dernier, trouvent peu d’oreilles bienveillantes dans la presse canadienne-anglaise. On n’en a que pour les casseurs, le « chaos », les revendications d’« enfants gâtés » qui, souligne-t-on à gros traits, jouissent des droits de scolarité les plus bas au Canada. Quelques voix se distinguent cependant.
Éric Duhaime, de QMI, n’appuie pas les étudiants, mais il n’hésite pas à critiquer avec sévérité le gouvernement Charest et la loi 78. Chantal Hébert, de son côté, a déjà tenté d’expliquer la situation à ses lecteurs du Toronto Star. Cette semaine, c’était au tour de Don Lenihan, du site de nouvelles politiques iPolitics (très lu à Ottawa), de donner la réplique à Margaret Wente, du Globe and Mail. Cette dernière comparait récemment les étudiants québécois aux citoyens grecs ; dans les deux cas, ils sont, à son avis, le produit d’une culture du « tout m’est dû ».
Le texte de Lenihan mérite un détour car il sort des sentiers battus. Selon lui, les Grecs et les étudiants québécois ont quelque chose en commun qui va au-delà d’une culture du « tout m’est dû ». « Les deux se sentent déconnectés de leur gouvernement et éprouvent du ressentiment à son endroit parce qu’ils ont l’impression qu’il ne les écoute pas ni ne leur dit la vérité. Et les événements semblent appuyer cette impression. »
Lenihan avoue s’être demandé au départ pourquoi des étudiants protestaient contre ces droits de scolarité, les plus bas au pays, même après la hausse. Il avait aussi de la difficulté à avaler cette idée que leur lutte visait plus large, comme une vision de la société et l’accès à l’éducation. Ce sont les zigzags de Jean Charest qui lui ont fait voir les choses différemment. D’abord l’intransigeance, puis un léger mouvement suivi de négociations qui échouent, pour finir, avec la montée de la violence et le durcissement de l’opinion publique à l’endroit des étudiants, par l’adoption d’une loi spéciale qui a eu l’effet contraire à celui recherché. Il constate des zigzags similaires en Grèce.
Et « tant en Grèce qu’au Québec, les leaders gouvernent d’un perchoir, écrit-il. Leur approche consiste à offrir un message scripté et à refuser d’engager un vrai dialogue. Ils se font rendre maintenant la monnaie de leur pièce. Plutôt que d’acquiescer, les Grecs et les étudiants repoussent cette politique qui n’accepte qu’une seule façon de faire et qui n’a que faire des autres voix et options ». Aux faucons qui invitent les dirigeants à maintenir la ligne dure, Lenihan avertit qu’une approche plus musclée ne mènerait qu’à plus d’affrontements. « La vraie leçon est qu’il faut trouver une meilleure façon d’engager le dialogue avec ces voix dissidentes avant qu’elles ne deviennent révoltées pour de bon. C’est risqué, peut-être même dangereux, mais nos leaders n’ont pas vraiment le choix », conclut-il.

La meute
Il était malgré tout assez seul cette semaine. À QMI, au Globe and Mail, au National Post, les tenants de la fermeté face aux manifestants avaient la cote, tout comme un certain mépris pour les étudiants. Un échantillon ?
Selon l’équipe éditoriale de QMI, « le gouvernement Charest n’a que lui-même à blâmer pour l’anarchie qui se répand dans les rues de Montréal ». Parce qu’il a « paniqué », trop tardé à serrer la vis, réagi trop mollement quand les manifestations étudiantes ont commencé à mal tourner. « Il a permis à la désobéissance civile de devenir la norme et aux tensions de monter au point de déclencher l’anarchie. Après 100 jours, c’est le chaos ». Selon QMI, la loi 78 et le règlement antimasques auraient dû être adoptés dès le début et appliqués dans toute leur vigueur. Ce ne fut pas le cas et maintenant tout le monde s’en moque. « Et, on vous le dit, à moins d’être jugulé au Québec, cela va se répandre comme un virus à travers le pays. » Pour QMI, ce qui se passe à Montréal n’a rien à voir avec le droit de manifester ou la liberté de parole, il s’agit d’une « culture de l’émeute » qui gagne en audace.
Au Globe and Mail, on rappelle que la résolution de conflits exige que toutes les parties soient disposées à discuter et à négocier. Or, selon le quotidien, les étudiants ne le sont pas car ils n’ont rien perdu. Ni leur session, ni leur argent, ni leurs amis. En fait, depuis l’adoption de la loi 78, leurs rangs ont grossi et ils ont même reçu des appuis de l’extérieur de la province. Mais qu’ont-ils obtenu ? La police antiémeute tous les soirs dans les rues de Montréal, des vitres brisées, de la violence, des pertes économiques, des événements touristiques en péril. Toutefois, « on exagère les pouvoirs de la loi 78, écrit le Globe. On est loin de la Loi sur les mesures de guerre. L’élément principal, exiger d’avertir la police de son parcours et imposer des amendes à ceux qui bloquent l’accès aux écoles, est loin d’être déraisonnable dans une société libre. Et tant que les manifestants et les leaders étudiants ne sentiront pas ses dents, il est difficile de voir comment des pourparlers pourront mener à autre chose qu’une capitulation qui va nuire aux universités et aux intérêts à long terme qu’aurait la province à résister à la loi de la rue. »


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