Attention aux demandes de l'industrie forestière

Industrie forestière en crise


Alain Castonguay
_ Rédacteur en chef du journal Le Monde forestier

De nombreux facteurs conjoncturels expliquent la situation de l'industrie forestière: coûts à la hausse, vigueur du huard, baisse du prix des produits, etc. Ceux-ci affectent toute l'industrie canadienne. Mais ce sont d'abord les usines du Québec qui ferment parce que c'est ici que les coûts d'exploitation sont les plus élevés.




Les scieries du Québec, qui fonctionnent à 65 % de leur capacité, fabriquent des produits qui coûtent cher à manufacturer et qui sont vendus de moins en moins cher sur le marché. Pendant ce temps-là, en Colombie-Britannique, les usines fonctionnent à pleine capacité et sont capables de produire à moindre coût qu'ici. Les usines récupèrent en priorité du bois en perdition à cause d'une épidémie.
Guy Chevrette répète depuis un an et demi que la crise est bel et bien structurelle. Ce qu'il omet cependant de dire, c'est que l'industrie québécoise a elle-même vécu une période de vaches grasses causée par l'épidémie de tordeuse, à la fin des années 80. Pendant cette période, notamment dans l'est du Québec, de nombreuses scieries ont pris de l'expansion grâce au bois récupéré dans les forêts frappées par l'épidémie. C'est le même phénomène qui se produit en Colombie-Britannique.
C'est pour cette raison que dès 2000, cinq ans avant la réduction de 20 % imposée en avril 2005, les régions de l'est du Québec ont été les premières à être frappées par la baisse de la possibilité de récolte.
Les dangers de la consolidation
Ce qu'il faut craindre, c'est que l'industrie obtienne tout ce qu'elle réclame du gouvernement et qu'on lui permette de transférer les approvisionnements de bois de la forêt publique vers les usines les plus rentables, sans considération pour les communautés forestières.
C'est un film qu'on a déjà vécu en forêt et il n'a pas fonctionné, comme le répète régulièrement l'historien Robert Laplante. L'industrie propose d'accélérer le mouvement pour aller vers quelque chose qui, par le passé, a échoué.

La consolidation a déjà eu lieu au Québec. L'usine de Lemay Cascades, au Lac-Saint-Jean, est un beau cas. Voilà une entreprise familiale, P.-H. Lemay, dont la scierie de Saint-François-de-Sales, du côté sud du lac Saint-Jean, avait été rasée par le feu. Un an plus tard, elle a été reconstruite à L'Ascension, du côte nord. Des emplois ont été conservés à Saint-François pour sécher et raboter le bois.
La nouvelle scierie, très moderne, a profité des approvisionnements de bois supplémentaires provenant de plusieurs petits moulins qui ont été fermés au fil des ans dans la région. La scierie produit de la valeur ajoutée avec du bois de petit diamètre. Achetée par Cascades il y a deux ans pour alimenter en copeaux son usine de pâte Fjordcell à Jonquière, elle est à vendre depuis un an, depuis que cette usine de pâte a été fermée... pour une période indéterminée.
Cascades n'exploite que cette seule scierie au Québec et a décidé d'interrompre la production il y a quelques jours. La même usine, après avoir changé de main, n'est plus rentable alors qu'elle l'était auparavant. Pourquoi ?
Sans être économiste ou analyste financier, on peut constater que nos plus grosses entreprises forestières ont acheté à fort prix des usines pour mettre la main sur le bois disponible. Ces mêmes compagnies sont aujourd'hui fort endettées et n'arrivent même plus à dégager des profits suffisants pour rembourser les intérêts de leurs énormes dettes. Elles ont contracté ces dettes en empruntant pour acheter leurs voisins. La consolidation proposée par l'industrie l'aidera d'abord et avant tout à refinancer ses dettes. On est bien loin d'un vrai projet de développement régional.
Ramener la prospérité dans le secteur forestier est un vrai projet de société. Mais la collectivité québécoise ne sera pas gagnante si, pour obtenir ce retour à la prospérité, on appauvrit les communautés forestières.


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