24 juin - 1er juillet

Une semaine plus tard à la Fête du Canada, on a un tout autre traitement.

Fête nationale - 24 juin 2010

À chaque année c'est la même maudite affaire! Le soir du 23 juin sur les Plaines, c'est le spectacle désolant du festival du colon intoxiqué. Intoxiqué par l'alcool ou par les cochonneries achetées à un petit con de revendeur des motards ou des gangs de rue, ou intoxiqué par les deux à la fois. Des jeunes avec l'air absent et euphorique de ceux qui ont trop consommé d'alcool ou de cochonneries et qui souhaitent « bonne St-Jean » à tous ceux qui passent devant eux un peu comme les employés des commerces souhaitent « Joyeux Noël » aux clients, machinalement, par réflexe, par habitude ou par conditionnement, sans trop avoir l'air de savoir ce qu'ils souhaitent exactement.
La dernière fois que je suis allé au spectacle sur les Plaines, le 23 juin 2008, après avoir traversé la masse de jeunes intoxiqués, je me suis retrouvé au milieu de personnes qui ne prêtaient pas la moindre attention à ce qui se passait sur la scène, qu'il s'agisse de la petite leçon d'histoire donnée par Guillaume Lemay-Thivierge, du discours à la gloire de la langue française prononcé par Guylaine Tremblay ou des chansons des artistes invités. Comme au spectacle de Sting au Festival d'été 2009, on aurait dit que beaucoup de monde était là pour pouvoir dire qu'ils étaient là plutôt que pour assister à un spectacle.
À la fin du spectacle, nouvelle traversée de la masse d'intoxiqués. À la sortie, au milieu d'une foule très nombreuse et très compacte, je me suis retrouvé devant un jeune que le trop plein d'alcool ou de cochonneries rendait agressif et menaçant chaque fois que quelqu'un se poussait contre lui ou qu'il se cognait à quelqu'un d'autre. Si ce n'avait été d'un de ses amis, plus sobre celui-là, pour le calmer, il aurait probablement fini par frapper quelqu'un.
Passé la sortie, en montant la petite côte qui mène au jardin Jeanne d'Arc, une jeune femme étendue par terre, entourée de ses amis, et qui criait d'une voix plaintive « chus pu capable ». Probablement le résultat pas surprenant d'un mélange d'alcool et de drogues, question de faire un plus gros « party ». Je suis passé à une dizaine de mètres de cette scène pitoyable en espérant qu'un de ses « amis », peut-être le petit crétin qui lui a fourni la cochonnerie, était allé chercher des secours pour amener cette jeune femme à l'hôpital.
Ensuite, passage dans la petite rue à côté du Concorde, celle où se trouve la statue du Général de Gaulle. Encore un paquet d'adolescents et de jeunes adultes surexcités et/ou intoxiqués qui vont et viennent dans les rues avoisinantes des Plaines en gesticulant, en criant et en brandissant des drapeaux du Québec ou des Patriotes. La seule bonne note que je donne à tous ces petits et grands imbéciles qui nous font honte à chaque Fête nationale, c'est que malgré leur état d'ébriété, ils sont encore capables d'exercer un contrôle minimal d'eux-mêmes, car il y a des villes ailleurs dans le monde où les morts se compteraient par dizaines dans un tel attroupement de personnes ivres.
Ceci dit, toutes les St-Jean sur les Plaines ne se passent pas sans incident dramatique. En 2009, un jeune imbibé d'alcool s'est tué en tombant du toit où il était monté pour mieux voir le spectacle. Le mort de la St-Jean le plus mémorable des 20 dernières années est ce drogué qui se prenait pour Jésus et qui a voulu marcher sur le feu de la St-Jean. J'ai lu que ses amis l'avaient rattrapé à temps à ses tentatives précédentes de démontrer sa nature divine en marchant sur les flammes.
Le triste spectacle de la foule sur les Plaines le soir de la St-Jean fait tellement honte à voir pour l'indépendantiste que je suis que je me demande comment se fait-il que les fédéralistes n'en ont pas encore fait un documentaire à diffuser en boucle à heure de grande écoute. Le message sous-entendu de ce documentaire serait « imaginez un pays avec ces idiots-là ». Charest et sa bande de petites crapules seraient réélus pour les 20 prochaines années.
Le lendemain, à la radio de la SRC, après une brève mention du spectacle et quelques commentaires sur la prestation des artistes invités, on passe rapidement au bilan des incidents déplorables et des arrestations. Et on tape sur ce clou toute la journée à chaque bulletin de nouvelles.
***
Une semaine plus tard à la Fête du Canada, on a un tout autre traitement. La radio de la SRC nous sert une émission en direct de la capitale nationale (comprendre « Ottawa ») où on nous rapporte le déroulement de cérémonies solennelles empreintes de dignité et de respectabilité : relève de la garde du Parlement, revue des troupes par la Gouverneure générale, reportages sur les institutions canadiennes où leur dignité et leur respectabilité sont mises en valeur, etc. L'an dernier, en 2009, nous avons même eu droit à un reportage sur une dame originaire du Rwanda qui allait recevoir sa citoyenneté canadienne l'après-midi même lors d'une cérémonie présidée par la Gouverneure générale. De toute évidence, la future citoyenne avait très bien apprise la cassette du parti, répétant régulièrement qu'au Canada, avec sa citoyenneté, elle et ses enfants sont des personnes au sens de la loi. Allusion même pas subtile à la Charte des droits et libertés de la personne. La même charte qui a servi à démanteler la loi 101 article par article, gracieuseté de la ténacité de Brent Tyler entre autres. Je me demande si on en fait autant à la radio anglaise de la CBC pour mousser le Canada et l'identité canadienne.
Le soir du 1er juillet, on diffuse en direct à la télévision et à la radio le spectacle de la Fête du Canada. Il y a deux ou trois ans au réseau français de la télévision de la SRC, on a surtout montré les artistes francophones. Ce qui a fait dire à une de mes proches, une franco-ontarienne, que c'était vraisemblablement un choix éditorial car les artistes francophones n'ont probablement pas autant de place pendant le spectacle à Ottawa.
Et le 2 juillet, est-ce qu'on nous parle des débordements et est-ce qu'on nous fait le bilan des arrestations des Canadiens qui ne savent pas se contrôler parce qu'ils sont trop éméchés? Non, rien. Déjà le lendemain, on ne parle plus du 1er juillet. On pourrait facilement croire que la fête du Canada à Ottawa s'est passée sans débordements et que les Canadiens sont des gens polis et bien élevés qui savent célébrer leur pays sans sombrer dans les excès de toutes sortes, contrairement à ces Québécois qui ne savent pas se tenir le soir de la St-Jean. Pourtant, quiconque a vécu à Hull sait très bien comment se comportent les anglais ivres quand ils viennent poursuivre leur beuverie de notre côté de la rivière des Outaouais.
On parie combien que ça sera encore le même traitement médiatique cette année?
Florent Marquis
Québec


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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    26 juin 2010

    La différence dans le reste du pays pendant les grandes célébrations est que dans bien des provinces a l ouest de l Ontario l 'alccol est interdit dans les parcs dit provinciaux. Les policiers a cheval et en vélo sont énormément présents. Quand vous vous y rendez meme plusieurs des terrains de camping provinciaux sont dry pendant tout l été..

  • Florent Marquis Répondre

    25 juin 2010

    Justement, parlant de jeunes et de beuveries de la St-Jean, il y a quelques années, quand j'habitais à Hull, la télévision de la SRC avait brièvement abordé le sujet. Une jeune étudiante de secondaire 5 ou du Cégep disait en avoir assez des jeunes de son entourage pour qui le sens de la St-Jean se résumait à un concours à qui serait le plus saoul. Visiblement exaspérée de l'attitude et du comportement des jeunes boit-sans-soif de la St-Jean, elle concluait en disant que pour elle, son Québec, c'était autre chose que ça.
    Ce sont des jeunes comme elle qu'il faudrait mettre de l'avant.
    Ceci dit, j'ai appris ce matin en parcourant la feuille de chou de Gesca à Québec (comprendre "Le Soleil") qu'il y a eu un party clandestin à la Tour Martello à 95% en français pendant la nuit de la St-Jean, avec musique électro et pas de "vieilles chansons" comme le disait un des participants à cette fête clandestine. Cette anecdote ne fait que confirmer une observation que j'ai fait à plusieurs reprises depuis que j'habite à Québec: dans cette ville qui se pète les bretelles d'être le coeur de l'Amérique française, il y a beaucoup de monde ici qui n'aiment pas leur langue ni leur culture et qui deviendraient des anglo-américains si on leur en donnait les moyens. Je m'expliquerai plus en détail dans un texte que je suis en train de rédiger sur cette question.
    Florent Marquis
    Québec

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2010

    Votre description est hélàs bien exacte. J'étais là cette année et c'était comme l'an passé: une immense soulerie.
    Le problème c'est que ce sont des jeunes, très jeunes même, qui viennent des 4 coins du Québec, essentiellement pour se souler. Une immense soulerie qui donne pas la meilleure image du Québec.
    Est-ce qu'il faudrait déplacer la fête l'après-midi comme ils font à Ottawa? Se poserait alors le problème du feu de la St-Jean?
    Quant à la couverture médiatique, ben ca fait longtemps que je dis que ça nous prend une émission souverainiste, pour produire notre version. Mais jusqu'à maintenant, je parle dans le vent: les souverainistes ne réalisent pas que la game est tronquée, qu'on ne joue pas à armes égales puisqu'on ne controle pas le message

  • Archives de Vigile Répondre

    25 juin 2010

    Ah! l'hypocrisie légendaire des Canadians! Et évidemment, celle des collaborateurs fédéralistes québécois!