200 millions mal placés

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«Nous agissons de façon responsable pour bâtir des assises solides à nos finances publiques.» Ainsi s'exprimait l'an dernier le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, dans son discours sur le budget. En annonçant hier que son gouvernement investira 200 millions dans la construction d'un nouvel amphithéâtre à Québec, le premier ministre, Jean Charest, vient de perdre une grosse part de crédibilité en matière de gestion des finances publiques. S'engager pour 200 millions dans un projet mal défini, aux retombées incertaines, c'est le contraire de la responsabilité.
À la suite d'une telle annonce, comment M. Charest croit-il pouvoir convaincre les Québécois du bien-fondé de l'augmentation de la TVQ, d'une «contribution santé» de bientôt 200$ par an, d'une hausse des tarifs d'électricité? Comment pense-t-il pouvoir persuader la population que dans l'état actuel du trésor public, le gouvernement doit faire des choix difficiles, dépenser seulement dans les secteurs absolument prioritaires?
Quand un journaliste a demandé à M. Charest et au maire de Québec comment ils pouvaient justifier une telle dépense alors que le Québec fait face à des problèmes bien plus urgents, M. Labeaume a répondu que cette comparaison était «inappropriée». Au contraire, la comparaison est des plus pertinentes. Des milliers de personnes âgées sont en attente d'une place en centre d'hébergement. Cette année, le gouvernement versera 39 millions pour de nouvelles places en CHSLD. Pourquoi pas 200 millions?
Les salles d'urgence des hôpitaux québécois sont toujours incapables d'accueillir humainement le flot de malades qui s'y présentent. En 2010-2011, le ministère de la Santé aura consacré 39 millions à la rénovation des urgences de la province. Pourquoi pas 200 millions?
Au lieu de répondre directement à ce journaliste, le premier ministre a lancé: «Est-il normal que la capitale nationale du Québec ne dispose pas d'un grand amphithéâtre?» La question qu'il faut poser est tout autre?: est-il normal qu'un gouvernement accepte d'investir 200 millions sur la base d'une seule étude, approximative, des conditions de réussite et des avantages du projet? Hier, au gouvernement du Québec, on était incapable de chiffrer les éventuelles retombées fiscales du nouvel amphithéâtre. On ne pouvait pas non plus préciser quel impact aura l'emprunt de 200 millions sur les dépenses courantes du gouvernement. Improvisation totale.
Au cours de la conférence de presse, le maire de Québec a plus d'une fois vanté les mérites de Jean Charest, louant son «courage». Sacrifier l'intérêt public pour plaire à une région riche en votes, ce n'est pas du courage. C'est de l'opportunisme.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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