Zone de turbulences en vue

Climat politique au Québec

Je ne sais pas si c'est parce que le Québec a aimé l'exercice de défoulement que leur a proposé la commission Bouchard-Taylor, mais les soupers de famille, depuis le début du temps des Fêtes, sont devenus dans tous les milieux le lieu choisi d'analyses intéressantes de l'état général du Québec. Tout y passe. Le Québec est malade, ausculté, et les médecins ne manquent pas à son chevet.
Ce que j'ai déjà entendu à quelques reprises, c'est que le Québec est en train de devenir aussi ennuyant que le reste du Canada. Il aurait peur de son ombre, il serait frileux, et on peut penser que sa léthargie, comme moteur de développement, ne nous mènera pas très loin. Et ressembler au reste du Canada n'est pas une perspective réjouissante, avouons-le.
Le Québec est pauvre, affirme-t-on. Il est impossible d'affirmer le contraire, car un tour d'horizon rapide nous rappelle que les routes sont dans un état lamentable, que les viaducs ont la fâcheuse tendance à l'autodestruction, qu'il est impossible de traverser un pont sans un serrement au coeur, que les hôpitaux sont désuets depuis longtemps et que le fameux CHUM est toujours à l'état de projet.
Les universités crient famine et les écoles sont vétustes. Les villes sont sales et laides et les régions sont en train d'étouffer. La ville de Québec aura un net avantage sur Montréal en 2008 à cause de son 400e anniversaire. Elle espère recevoir une bonne récolte de cadeaux et peut-être même des largesses gouvernementales qui lui permettront de se refaire une beauté.
Les taxes se situent à un sommet jamais atteint mais les gouvernements sont des gouffres sans fond. Et comme nous en avons encore au moins trois à faire vivre (fédéral, provincial et municipal) avec une bureaucratie gonflée à l'hélium, il n'y aura jamais assez d'argent, quoi qu'on fasse. Le gouvernement du Québec dirige à la petite semaine, veillant surtout à ne pas faire trop de mécontents parce que l'objectif, évidemment, c'est la réélection quand les Québécois manifesteront enfin le désir de bouger. L'allergie aux élections dont souffrent les citoyens n'est pas rassurante pour la démocratie.
Où s'en va le Québec?
Nulle part. Le Québec, si j'en crois ce que j'ai entendu, serait devenu une sorte d'entonnoir. Pour qu'une idée arrive jusqu'à sa réalisation, il faut qu'elle ait été sassée, mâchouillée et réduite à rien avant de franchir le bout de l'entonnoir. Certaines ne méritent pas mieux, par exemple le rêve de plusieurs de faire de Montréal un Las Vegas du Nord. Le jeu et la prostitution comme perspective d'avenir, ce n'est pas la meilleure idée du siècle. Et à part un festival Juste pour rire mur à mur tel que mis en avant par ses promoteurs, il faut bien constater que les idées vraiment nouvelles et porteuses d'un véritable développement culturel ne poussent pas à tous les coins de rue.
Le Québec est dans une sorte de ressac. Il reste à espérer que 2008 lui permettra d'en sortir. Ce que nous vivons ressemble terriblement à une dépression. Déçus par nos politiciens, écrasés sous le poids des charges publiques, figés devant un avenir que nous percevons, à tort ou à raison, comme affreusement bouché, victimes de promesses jamais tenues et de rêves avortés, nous aurons mis bien du temps à nous refaire des forces.
L'état de la situation n'est pas reluisant, car en plus d'un manque d'idées novatrices, le Québec manque cruellement de leadership, à tous les paliers de gouvernement. Cette affirmation fait l'unanimité.
Ce manque de leadership le rend très vulnérable à un moment de son histoire où il aurait besoin de tous ses moyens. La faiblesse de ses leaders laisse la porte ouverte à des interventions abusives du niveau fédéral qui pourraient être interprétées comme la poursuite du plan d'assimilation de lord Durham. Le poids du Québec ne cesse de diminuer au sein du Canada. Le nombre de ses représentants va aussi chuter de façon inévitable.
Et puis, comme dans toutes les réunions de famille, nous avons décerné nos prix aux plus extraordinaires «p'tits comiques» de l'année 2007, parmi lesquels Brian Mulroney, Vincent Lacroix, Imam Jaziri, Saku Koivu et même Marcel Tremblay, le frère du bon maire Tremblay, humoriste à ses heures, qui s'est acquitté tant bien que mal de nous faire accepter la neige sans le déneigement. Une idée originale.
Je vais continuer ma cueillette au jour de l'An. Bonne année à tous. Il y a du pain sur la planche.
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