Une vigie pour éviter le naufrage de l'enseignement du français

Enseignement du français



Dans son [éditorial du 8 février, Marie-Andrée Chouinard saluait le «coup de barre» de la ministre de l'Éducation->11687] mais signalait qu'il y manquait l'essentiel: une sentinelle. Nous ne pouvons qu'être d'accord avec elle: il faut absolument que la ministre mette en place un comité permanent qui veillera à ce que son plan d'action réussisse à améliorer l'enseignement et l'apprentissage du français à court et, surtout, à long terme.
Le comité d'experts sur l'apprentissage de l'écriture, dont le travail est à l'origine de ce plan d'action, conclut son rapport sur une recommandation stratégique en ce sens qu'elle soutient toutes les autres. Il demande «la création d'un organisme permanent qui aura comme mandat à court et à moyen terme d'assurer le suivi des recommandations du comité d'experts sur l'apprentissage de l'écriture et, à plus long terme, de veiller à ce que soit assurée la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage du français au Québec».
Sans la mise en place d'un tel comité permanent, «l'ensemble de ces mesures ne peut permettre d'améliorer véritablement la situation». Il précise que ce comité devrait être présidé par une personne n'appartenant pas à la fonction publique et de sept membres: des enseignants du primaire et du secondaire, des conseillers pédagogiques -- spécialisés en français -- ainsi que des didacticiens du français (spécialistes universitaires de l'enseignement-apprentissage du français en situation scolaire).
Comme didacticiens du français ayant oeuvré depuis plusieurs décennies dans l'enseignement du français au Québec, au primaire, au secondaire, au collégial, puis à l'université, nous avons vu défiler plusieurs plans d'action, lu ou rédigé plusieurs mémoires ou avis sur la nécessité de son amélioration. Avec l'effet que nous connaissons tous: des révélations-chocs dans les médias tous les trois ou quatre ans, des cris de vierges offensées de tous les défenseurs de la langue française «âme de la nation», des réactions épidermiques des principaux acteurs. Mais de véritables progrès, point.
Il est plus que temps que des gens reconnus par leurs pairs pour leur compétence professionnelle et leur liberté intellectuelle puissent mener ce travail de vigie, indépendamment du ministère de l'Éducation, ce qui ne veut pas dire contre lui ou sans lui. Sinon, les mesures de la ministre, souvent pertinentes et audacieuses, risquent d'être vite oubliées. Car, ne nous méprenons pas, elles exigent un réel coup de barre de la part des élèves, des parents, des médias, des enseignants et de leurs organisations, des directions des écoles, des commissions scolaires et des universités ainsi que du ministère lui-même.
Faut-il rappeler que depuis 40 ans, c'est le ministère de l'Éducation qui est le premier responsable et le maître d'oeuvre de l'enseignement du français au Québec, imposant ses programmes de formation des maîtres, ses programmes d'études du préscolaire au collégial, ses sanctions d'études primaires, secondaires et collégiales, adoptant les manuels de français et les ouvrages de référence sur la langue utilisés en classe? Il fait donc partie du problème, pas seulement de la solution.
Certes, individuellement et collectivement, nous devons faire des efforts pour améliorer substantiellement l'enseignement du français au Québec, mais, ce qui est certain, c'est qu'il faut plus que la bonne volonté des uns et des autres; il faut une véritable volonté politique. C'est ce que montrerait la ministre en mettant sur pied un comité permanent destiné à assurer le suivi de ce courageux plan d'action.
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Noëlle Sorin, UQTR. Les auteurs sont Membres du conseil d'administration de l'Association internationale pour la recherche en didactique du français (AIRDF)
Carole Fisher, UQAC
Érick Falardeau, Université Laval
Suzanne-G. Chartrand, Université Laval
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