Une reconnaissance d'un refus du Québec dans sa globalité

La nation québécoise vue du Québec

Plusieurs diront que le chef du Parti conservateur du Canada fait un geste de grande ouverture en reconnaissant la nation québécoise. Or, en ne reconnaissant cette dernière qu'à l'intérieure d'un Canada uni, les acteurs fédéralistes canadiens et québécois ne font que dire haut et fort qu'ils refusent de considérer la nation québécoise dans toute sa globalité.
Il faut savoir que le nationalisme québécois, le désir de cette nation pour le politique, constitue une des manifestations d'une culture qui en comporte bien d'autres. On peut mentionner à ce sujet les arts et les lettres, mais également la géographie, les luttes sociales et le pluralisme religieux. Toutefois, comme la force de frappe de cette ponction du nationalisme québécois est plus grande que toutes les autres manifestations de notre culture, son idée de souveraineté remettant en question l'ordre constitutionnel canadien, la grande majorité des fédéralistes se sont vite empressés de l'isoler afin de cantonner la culture québécoise uniquement aux stricts domaines des arts et des lettres.
À cet égard, Hubert Aquin rappelait en 1962 que le rapport de la commission Massey -- qui avait pour but d'enquêter sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada -- mettait de l'avant en 1953 une définition étroite du mot «culture» en la considérant comme la partie intellectuelle et artistique de l'éducation, voire le perfectionnement de l'esprit par les arts, les lettres et les sciences. À une époque où les grandes oeuvres anthropologiques étaient accessibles et confirmaient une définition beaucoup plus large du terme culture, Aquin arrivait à la conclusion que cette vision parcellaire était synonyme d'un refus de considérer la culture canadienne-française dans sa globalité.
Depuis cette Commission, force est de constater que les choses ont peu changé. Aujourd'hui encore, il semble que la meilleure façon qu'ont trouvée les fédéralistes de toutes allégeances de nier la nation québécoise est de la reconnaître uniquement à l'intérieur d'un Canada uni, une autre façon de dire qu'on ne reconnaît pas en réalité cette nation québécoise dans toute sa globalité.
Ce qui étonne dans cette motion du gouvernement conservateur, c'est qu'à une époque où on demande au Québec de participer et de contribuer au développement de l'universel par sa spécificité et son originalité, on lui demande en même temps de sauter par-dessus une étape de notre développement, de passer de la dépendance au grand tout canadien à l'interdépendance qu'impose la nouvelle réalité mondiale. Le tout, sans obtenir au préalable son indépendance. N'en déplaise à certains, il n'y a pas de raccourci possible pour passer de l'infériorité ressentie collectivement à la collaboration d'égal à égal. Et comme il n'y a pas d'exemples de pays qui, pour devenir plus progressistes que les autres, ont renoncé unilatéralement à leur indépendance pour mieux s'universaliser, les souverainistes ont sûrement raison de continuer à promouvoir un État national pour tous les Québécois.
S'il y a une manière de comprendre quelque chose à la situation canadienne et québécoise, c'est bien celle qui va dans le sens de cette opposition critique des deux grandes cultures dans lesquelles nous vivons: anglo-canadienne et franco-québécoise. Ceux qui tentent de nier cette situation de tension ne font que dénier la réalité et refuser l'objection de conscience.
La fédération canadienne n'est pas le produit de cette situation de tension qui a défini les relations des deux grandes cultures canadiennes. Le Canada représente tout au plus une volonté de supprimer cette opposition historique. Cette motion en est un bel exemple, dans la mesure où elle ne reconnaît la nation québécoise qu'à la condition qu'elle demeure à l'intérieur du Canada.
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Stéphan Larouche
Politologue


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