Une nouvelle page de Jan Wong sur le Québec : celle de plus qui sera celle de trop...?

Tribune libre



Lettre à une amie française
Tendre J,
Précision : Voici la copie conforme d'une lettre personnelle acheminée ce matin même à une amie parisienne qui s'interrogeait sur les allégations de Mme Jan Wong publiées récemment dans le quotidien canadien Globe and Mail. Or après relecture j'ai pensé qu'elle pourrait peut-être s'avérer d'intérêt public (je n'ai pas cru utile toutefois, on le comprendra pour les fins de la présente, de publiciser le nom de mon interlocutrice ni de conserver les aspects intimes ou privés de cette correspondance).
Je prends un court instant, J, pour t'inviter à lire quelques textes sur l'impressionnant site d'analyse et d'information Vigile ([www.vigile.net/06-archives-a/9-20.html->www.vigile.net/06-archives-a/9-20.html], [www.vigile.net/06-archives-a/9-21.html->www.vigile.net/06-archives-a/9-21.html], et ainsi de suite). Tu auras une assez bonne idée, par le truchement de ce cas particulier «illustré» par [Mme Wong, du «Québec Bashing»->2009] dont fait l'objet la nation québécoise (que Radio-Canada et le groupe de presse Gesca, entre autres, et cela dit au passage, adorent banaliser par le vocable de «province», avec toutes les déclinaisons provincialeuses correspondantes autorisées en vertu des ressources de la morphologie lexicale) en Canada depuis près de cinquante ans (à tout le moins depuis que le projet d'Indépendance s'est donné forme verticale dans le mortier d'une volonté nationale sérieuse et crédible, voire, selon d'aucuns, irréversible).
Il y a quelques jours, un jeune déséquilibré (il s'agit d'un anglophone d'origine égyptienne : on notera d'emblée que les arguments de Jan Wong pourraient être retournés comme une crêpe, mais comme ils n'en sont point pour tout esprit réfléchi digne de ce nom, évitons de saisir cette perche aux proportions d'une rame de métro: elle renverrait sur-le-champ le doublon mental de madame au fond de la fosse) s'est présenté lourdement armé dans un collège de Montréal. Et il a fait feu sur plusieurs personnes. Il a tué une jeune femme, en a blessé gravement un bon nombre ensuite, avant de se donner la mort sur place. C'est un drame. Personnel pour les gens directement concernés, et social de manière générale pour la collectivité québécoise. Type de drame qui, on le constate avec horreur, et trois fois plutôt qu'une, se produit ici aussi, au Québec, en terre pourtant profondément pacifique (de coeur et de tradition tout à la fois). Et ce, à l'instar des États-Unis, de la France, de la Hollande, de la Russie ou d'ailleurs. Y compris, bien sûr, du Canada. Des gestes insensés toujours très difficilement, et péniblement, explicables par les voies rationnelles habituelles.
Je n'en dis pas (beaucoup) plus sur les opinions, délirantes il faut bien le dire, de cette dame Jan Wong. Sinon, et là réside l'essentiel quant à moi, que c'est là la manière paradigmatique pour le Canada anglais (entendre : le Canada hors-Québec, même lorsque intramuros...), et ce à la moindre occasion, de «s'entretenir» du Québec.
De fait, il n'est nullement excessif d'affirmer qu'il s'agit systématiquement d'un racisme anti-québécois (terme que je n'utilise jamais à la légère, comme tu sais, et qui se manifeste par un discours et des voies plus ou moins larvés ou alambiqués, c'est selon; et notamment, eh oui, par des actes proprement politiques - via les biais fiscaux et économiques, entre autres «mesures» - issus des plus hautes instances de la Canadian Federation) qui se «déculpabilise» récurrence en inversant tête-bêche les faits réels, d'une part, et les préjugés, profondément ancrés, du locuteur (ou acteur) d'occasion, d'autre part: «J'ai pour toi des sentiments inavouables: tu es donc habité par ces sentiments inavouables qui... te rendent détestables. CQFD».
Le détesté (ah... cette proverbiale peur «bleue» - ou azurée, et hachurée à sa propre conscience, on le présume aisément - de la différence) devient illico le haineux. Ainsi du coup les Québécois se voient transformés, pour ainsi dire rétroactivement, en individus fermés, xénophobes, intolérants et/ou racistes.
Certes, les propos d'un aveuglement lumineux de l'ex-Montréalaise (son employeur torontois, ce dit réputé Globe and Mail, en remet comme par surcroît depuis lors dans un climat d'arrogance et de malhonnêteté intellectuelle tout à fait typiques, également, de cette perception du Québec fondée sur le parti pris grossier, l'ignorance satisfaite d'elle-même, la fermeture intellectuelle et la mauvaise foi qui prévalent de façon générale, en dépit de quelques exceptions il est vrai (quoique fort rarisssimes), dans la Canadian Society) ne font que tourner une page de plus du fameux «Dossier noir» du Canada anglais, ainsi que pourrait le dire non sans justesse le journaliste ex-radio-canadien Normand Lester (rappel en [www.vigile.net/ds-affaires/index-lester.html->www.vigile.net/ds-affaires/index-lester.html]). Certes.
Mais allez savoir quand surgira celle de plus qui sera celle de trop.
À n'en pas douter, la projection primaire sur les Québécois des tares inavouables du Canada anglais - projection : mécanisme de défense largement documenté par la littérature clinique, et qui affuble certains types de personnalité dite à structure faible* - restera longtemps encore, pour les Québécois mêmes, moins un sujet d'inquiétude (le ridicule tire toujours à blanc) que de grande perplexité.
Jean-Luc Gouin
_ LePeregrin@yahoo.ca
_ Capitale nationale, 21 sept. 2006
* « Dans la théorie psychanalytique, la projection est un mécanisme de défense inconscient par lequel le sujet projette sur autrui les craintes et les désirs qu'il ressent comme interdits et dont la représentation consciente serait chargée d'angoisse ou de culpabilité; elle participe à la constitution des phobies dans la névrose et du délire [tiens ! tiens !] dans la psychose.» (Définition succincte du concept tirée de la plus récente édition de l'Encyclopédie Universalis).

Featured 9d70efc13bfcf28a347710d42fbdde90

Jean-Luc Gouin84 articles

  • 59 188

Chambrelan du verbe et indocile citoyen de la Cité (les dossiers de la Francité et de la « Question » nationale du Québec l’occupent – et le préoccupent – tout particulièrement), mais également docteur en philosophie diplômé de l'Université Laval et spécialiste nord-américain du penseur allemand Hegel, JLG a publié ouvrages et maint article portant pour la plupart sur celui-ci.

Hegel. De la Logophonie comme chant du signe, son dernier opus, fruit de trente ans de recherche, a été publié simultanément, en 2018, et aux PUL, à Québec, et chez Hermann à Paris.





Laissez un commentaire



1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    16 novembre 2007

    Erratum pour les archives:
    Kimveer Gill n'est pas d'origine égyptienne.
    Il fut membre de la communauté Sikh, d'origine indienne.