4,8 Millions Octroyés à Option Canada

Une autre tuile s'abat sur Paul Martin

Option Canada

À court de réponses, Paul Martin a battu en retraite hier devant la nouvelle tuile qui s'abat sur sa campagne et qui risque de ruiner ses chances de réélection.
Cette tuile - l'examen par la GRC des activités d'Option Canada, un organisme mis sur pied en 1995 pour défendre l'unité canadienne au Québec - touche M. Martin plus directement que le scandale des commandites. Le Parti conservateur et le Bloc québécois ont d'ailleurs profité de cette affaire, hier, pour remettre à l'avant-scène les questions d'éthique et d'intégrité, à environ deux semaines du scrutin.
C'est qu'Option Canada, qui a reçu 4,8 millions du ministère du Patrimoine en septembre 1995, a déjà été dirigé par Claude Dauphin, un ancien conseiller de Paul Martin lorsqu'il était ministre des Finances. M. Dauphin est actuellement vice-président du comité exécutif et responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal. Selon des informations publiées hier, les enquêteurs de la GRC passent au peigne fin une partie des dépenses engagées par Option Canada, soit environ 300 000 $.
Manifestement sur la défensive, M. Martin a affirmé hier qu'il n'avait rien à se reprocher. Le chef libéral a soutenu qu'il dirigeait un gouvernement " imputable, ouvert et transparent ", mais il a soigneusement esquivé les nombreuses questions des journalistes au sujet des activités de l'organisme.
" Cela s'est produit il y a 10 ans. J'ai démontré que, dans mon gouvernement, les règles sont suivies. Il n'y a aucune exception. Le Bloc québécois a attaqué ce groupe en particulier depuis 10 ans. Il l'attaquait parce qu'il faisait la promotion de l'unité canadienne. C'est gros quand on sait que les péquistes ont utilisé un ministère au complet pour promouvoir la souveraineté. Je vais me battre pour l'unité canadienne. Je me suis battu pour cela il y a 10 ans. Je vais continuer de me battre aujourd'hui ", a affirmé M. Martin.
Il a ensuite exigé que la lumière soit faite aussi sur les " millions et les millions de dollars " que l'ancien gouvernement de Jacques Parizeau aurait consacrés à la promotion de la souveraineté avant le référendum.
Interrogé pour savoir si cette nouvelle controverse ternit davantage l'image du fédéralisme au Québec après le scandale des commandites, M. Martin a répondu: " Tout ce que cela démontre, c'est que lorsqu'il y a des règles qui sont en place, elles devraient être suivies et que nous, les fédéralistes, n'avons pas peur d'être ouverts et transparents, et je demanderais la même chose aux péquistes. "
Quant à Claude Dauphin, M. Martin a dit bien le connaître. Il s'est toutefois borné à déplorer qu'il ait été contraint de démissionner de son poste de délégué du Québec à Boston parce qu'il avait refusé de faire une profession de foi souverainiste, comme l'exigeait le gouvernement Parizeau en 1994.
Cette affaire a de nouveau fait dérailler les plans des libéraux, qui tentent depuis plusieurs jours de reprendre l'offensive dans cette campagne. Notamment, la promesse du Parti libéral d'adopter de nouvelles mesures en faveur des familles, des aidants naturels, des personnes handicapées et des aînés s'en est trouvée occultée.
Surprise et indignation
" Évidemment, c'est un autre scandale libéral ! " a réagi le chef conservateur, Stephen Harper, qui a déploré d'apprendre ces faits par la GRC et les médias quelque deux semaines après le déclenchement de l'enquête policière.
Mais au-delà de la surprise et de l'indignation, le chef conservateur a tenu à souligner les conséquences du comportement des libéraux: " Le Parti libéral fait de grands dommages à l'image du fédéralisme au Québec, a dit M. Harper, qui faisait campagne à Bolton, en Ontario. C'est pourquoi il est important que les électeurs fédéralistes fassent un autre choix au Québec, un nouveau choix pour défaire ce gouvernement de façon à donner une meilleure image du fédéralisme au Québec. Parce que le fédéralisme ne peut continuer à offrir cette image de la corruption au Québec. C'est un grand danger pour le pays. "
Interrogé sur ce qu'il pense des liens personnels de Paul Martin avec l'ancien président d'Option Canada, Claude Dauphin, M. Harper a rappelé que le premier ministre ne pourra prétendre qu'il n'était pas au courant de la situation.
De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a demandé des comptes à Paul Martin et Claude Dauphin hier.
" C'est lui (Claude Dauphin) qui signait les chèques. J'imagine qu'on ne signe pas des chèques comme ça, à l'aveuglette, et qu'on ne les jette pas du haut d'un bureau en disant: Que le premier qui l'attrape le dépense. "
Jeudi, M. Dauphin a fait savoir par l'entremise d'un porte-parole qu'il avait, à l'époque, le mandat de " remplir les demandes de fonds, mais qu'il n'a jamais eu de contrôle sur l'argent du fédéral ".
Quant à Paul Martin, Gilles Duceppe a rappelé à plusieurs reprises qu'il était vice-président du Conseil du Trésor au moment des faits: " Paul Martin a dit qu'il voulait faire le ménage, et maintenant il dit qu'il faut s'adresser aux gens qui étaient là lorsque que ça s'est passé. Bien, justement, je m'adresse à Paul Martin. Un rapport du ministère du Patrimoine a dit que les règles du Conseil du Trésor n'ont pas été respectées. Je le prends au mot: qu'il nous dise ce qui s'est passé avec cet argent. "
Le chef du Bloc québécois croit que " Paul Martin est en train de reprendre la vieille ligne de Jean Chrétien, comme quoi il fallait à tout prix défendre le Canada même si ça en a poussé quelques-uns à voler. C'est exactement la même ligne que pendant le scandale des commandites ", a-t-il accusé.
Depuis 1997, le Bloc québécois a posé 89 questions en Chambre au sujet d'Option Canada. Le parti affirme aussi avoir fait plusieurs demandes d'accès à l'information pour mettre la main sur ces documents.


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