La crise catalane ou la preuve par l’absurde

Un référendum gagnant ne fait pas un pays indépendant !

9f1ece79493b987901751af59c80b64d

Tribune libre


Bien malin qui saurait prédire l’issue du bras de fer qui oppose Madrid et Barcelone. Sous le coup d’un mandat d’arrêt européen lancé par l’Espagne, Carles Puigdemont a été appréhendé le 25 mars par la police allemande. Au moment où ces lignes sont écrites, le sort du leader indépendantiste catalan est toujours inconnu. Bien que la justice allemande ait rejeté l’accusation de rébellion formulée à son encontre par la justice espagnole, M. Puigdemont reste malgré tout menacé d’extradition vers l’Espagne pour détournement de fonds publics. Dans l’intervalle, celui-ci a été remis en liberté sous contrôle judiciaire ; il a même reçu l’autorisation de s’installer à Berlin, la capitale allemande, au grand dam de l’Espagne* !


Cette histoire abracadabrante a de quoi préoccuper les souverainistes québécois, notamment pour les motifs suivants :




  • Tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un référendum gagnant ne fait pas un pays indépendant ! À preuve : le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, qui a eu lieu le 1er octobre 2017, a rapidement été déclaré illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol. Le « oui » l’a peut-être emporté à 90 %, mais, avec un taux de participation d’à peine plus de 42 %, on est en droit de s’interroger sur la valeur et l’utilité de ce référendum. La justice espagnole n’a d’ailleurs pas tardé à accuser ses responsables de « rébellion, sédition, détournement de fonds publics et désobéissance à l’autorité », forçant le président destitué Carles Puigdemont à se réfugier en Belgique. Du coup, la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne, le 27 octobre 2017, n’a qu’une valeur symbolique puisqu’elle n’a été suivie d’aucun effet concret. Pour sa part, le gouvernement espagnol a aussitôt répliqué en mettant la Catalogne sous tutelle et en destituant le parlement catalan et son président, faisant ainsi fi du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De telles mesures de représailles, accompagnées de violence policière, illustrent à quel point cette citation restée célèbre est toujours d’actualité : « La force prime le droit. »




  • Ni l’Union européenne ni aucun de ses États membres n’a jusqu’à présent jugé opportun de reconnaître officiellement l’indépendance de la Catalogne. Et pour cause ! De peur sans doute de mettre en péril la stabilité de l’Europe, les dirigeants des autres pays de l’Union se sont pour la plupart montrés pour le moins réservés à l’égard des mesures de rétorsion prises par Madrid. Ils se sont au mieux contentés d’inviter en termes polis le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à entamer un dialogue constructif avec sa région autonome récalcitrante. Isolée sur le plan international, la Catalogne ne peut donc guère espérer renverser à court terme le rapport de forces qui joue nettement en sa défaveur. Conscient de détenir le gros bout du bâton, l’homme fort du pays n’a d’ailleurs pas manqué d’en faire usage, comme en témoigne l’intransigeance dont il a jusqu’ici fait preuve dans la gestion de la crise catalane.




  • D’autres nations européennes sont elles aussi fragilisées par des aspirations régionalistes à l’autonomie ou à l’indépendance. Voilà qui permettrait d’expliquer le mutisme de certains dirigeants européens. En effet, la France a ses nationalistes corses ; en Italie, deux régions du nord du pays, la Lombardie et la Vénétie, ont des velléités autonomistes ; en Belgique, la Flandre pourrait décider avant longtemps de larguer la Wallonie francophone ; le Pays basque, qui constitue depuis toujours une douloureuse épine au pied du Royaume d’Espagne, suit avec grand intérêt l’évolution de la situation en Catalogne. Le Royaume-Uni n’est pas en reste non plus. Ainsi, dans la foulée du « Brexit », une éventuelle réunification de l’Irlande pourrait inciter l’Irlande du Nord à réclamer un statut particulier. L’Écosse pourrait aussi décider de se détacher définitivement du Royaume-Uni pour la même raison : vouloir demeurer au sein de l’Union européenne ! Bref, si la Catalogne parvenait à obtenir son indépendance, elle pourrait servir d’exemple à d’autres régions d’Europe qui aspirent, elles aussi, à une plus grande autonomie. Dans la mesure où l’incroyable saga judiciaire qui agite le pays de Don Quichotte n’est pas sans causer un certain émoi dans les capitales européennes, on comprend mieux la réticence de maints responsables politiques européens à dénoncer ouvertement les agissements moralement condamnables de Madrid...




En conclusion, la Catalogne n’est pas sortie de l’auberge... espagnole – loin s’en faut !


Quels enseignements le mouvement souverainiste québécois tirera-t-il de l’expérience catalane ? Bien malin qui saurait répondre à cette question !


La seule chose dont on soit sûr, en ce qui concerne l’avenir de la Catalogne, c’est qu’il s’agit définitivement d’une affaire que les Québécois ont tout intérêt à suivre de très près !


*Source : https://www.courrierinternational.com/article/catalogne-puigdemont-pomme-de-discorde-entre-madrid-et-berlin.



Laissez un commentaire



6 commentaires

  • Normand Paiement Répondre

    20 avril 2018

    Monsieur Pomerleau,


    Je partage entièrement votre point de vue sur cette question, à savoir que la logique référendaire du PQ constitue une erreur historique.


    Pour être effectif, un référendum devrait marquer la dernière étape d'un long processus de rupture avec le ROC. Le problème, c'est que le PQ n'a pas été foutu, en 50 ans d'existence, de cheminer résolument vers cet objectif. Avec Lisée à sa tête, le vaisseau amiral de l'indépendance risque d'ailleurs fort de s'échouer lamentablement, dès cet automne, sur les écueils de ses trop longues et trop nombreuses tergiversations...


    Car il ne suffit pas que le Canada se disloque pour que le Québec devienne indépendant. Encore faut-il qu'il y ait chez nous une volonté inébranlable de faire du Québec un pays! Hélas! nous n'en sommes pas encore là...


    Bon week-end quand même,



    Normand Paiement


  • Gilles Verrier Répondre

    20 avril 2018

    Un référendum ne fait pas l'indépendance !


    Et l'absence de référendum en fait une. Ça dépend des intérêts qui sont derrière. L'indépendance est à la carte. Sans mouvement indépendantiste populaire et sans référendum le Kosovo a déclaré son indépendance et l'union européenne l'a soutenue.  Mëme si Obama a même parlé publiquement d'un référendum qui n'a jamais eu lieu. 


    https://gilles-verrier.blogspot.com/2017/12/obama-evoque-un-referendum-pour.html


    On pourrait facilement allonger la liste des deux poids deux mesures en la matière : Crimée, Soudan du Sud, etc. 


    Pour approfondir la question :


    https://gilles-verrier.blogspot.com/2018/03/de-la-difficulte-accrue-de-declarer.html


    M Paiement pose la question :


    « Quels enseignements le mouvement souverainiste québécois tirera-t-il de l’expérience catalane ? »


    Ne soyez pas trop pressé pour la réponse. 


  • Gilles Verrier Répondre

    20 avril 2018

    La partition de la Serbie [ le Kosovo ] GO, la partition de l'Espagne NO GO. L'influence de l'OTAN pour savoir qui sera indépendant et qui ne le sera pas n'est pas à négliger. L'indépendance d'un Québec qui consentirait à renoncer à son enracinement est négociable... peut-être un GO; ça reste à voir, si on apprend à se prosterner un peu plus. L'indépendance qui serait fidèle à notre histoire et traversée de transcendance est un NO GO... à moins que dans une éventualité très improbable le Canada se détache de l'empire.  


    Le référendum dans tout ça relève d'une sorte de paléo-référendisme. Il semble bien que seules quelques bizarreries politiques y restent attachées... ou opposées. Hors Vigile et quelques cénacles détachés, plus personne ne parle de référendum comme d'une véritable option. C'est OUT.  On ne parle même plus de changement de statut pour le Québec, c'est dire, une affaire reportée dans quatre ans, voire dans la semaine des quatre jeudis.    


    Le paradigme péquiste élaboré par le tandem de Claude-Lévesque-Morin au début des années 1970 est un lamentable échec. Patriotes, suivez moi sur Vigile ou sur mon blogue pour en explorer les tenants et les aboutissants. 


  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    19 avril 2018

     


    « Bien malin qui (...] » :


    Géopolitique 101 - Sortir de la logique référendaire




    Référendum en Catalogne - La fin de la naïveté souverainiste




  • Yves Corbeil Répondre

    19 avril 2018

    Monsieur sans vouloir vous offensez je crois que les québécois doivent regardé bien plus loin que la Catalogne pour la situation mondiale et juste dans sa propre cours pour sa situation propre. On n'est jamais mieux servi que par soi-même et c'est de plus en plus évidant sauf pour les aveugles qui voient la vie en rouge. L'article est en page aujourd'hui ici.


    https://vigile.quebec/articles/le-canari-catalan


    • Normand Paiement Répondre

      20 avril 2018

      Monsieur Corbeil,
      Merci pour le lien vers cet article fort intéressant sur le "canari catalan"!
      Cela dit, même si je suis de votre avis concernant la nécessité de suivre de près la situation dans le monde, j'estime que nous devons absolument tirer des leçons de ce qui se passe en Catalogne. J'aurai l'occasion d'y revenir sous peu.
      Cordialement,
      Normand Paiement