Très mauvaise idée

Si louable soit-elle, la volonté d'agir pour soulager la détresse d'une communauté ne doit pas mener en outre à la ségrégation basée sur la race.

École noire

L'idée d'une école afrocentriste germe à Montréal, où la communauté noire revendique le droit à son établissement ethnoculturel. En faisant de l'origine ethnique la raison d'être de l'école, ce projet affronte vigoureusement la logique d'intégration que le Québec a choisie. Mauvaise idée.

Après Toronto, Montréal? Depuis que la Commission scolaire de Toronto a consenti, dans la discorde la plus totale, à ouvrir une école destinée principalement aux élèves noirs, on réfléchit ferme du côté de Montréal. Ici aussi, arguent les partisans d'une école publique vouée à la culture, à l'histoire et aux valeurs africaines, les jeunes Noirs évoluent dans un terreau de difficultés scolaires qu'ils attribuent sans gêne à une forme de «ségrégation académique».
Si louable soit-elle, la volonté d'agir pour soulager la détresse d'une communauté ne doit pas mener en outre à la ségrégation basée sur la race. Même si les tenants du projet d'école afrocentriste affirment que l'établissement dont ils rêvent serait ouvert à tous -- enseignants comme élèves -- on peut présumer sans risque d'erreur que la clientèle serait presque exclusivement noire.
Un tel projet n'a tout simplement pas sa place à Montréal, car il contrevient en tous points aux efforts d'intégration découlant de l'interculturalisme dont nous avons fait un choix social. Des mois de pérégrinations de la commission Bouchard-Taylor ne nous auront-ils donc rien appris?
L'école, microcosme de la société, a elle aussi fait le choix de l'intégration, avec les écueils que l'on connaît. Son pari: intégrer des élèves vivant des difficultés desquelles on ne peut dissocier un certain héritage familial ou même culturel, qu'on soit blanc ou noir! La communauté noire a assurément raison de vouloir sonder les origines des échecs qui touchent la moitié de ses protégés, mais les revers scolaires se conjuguent selon bien d'autres registres. La réussite des garçons, qu'on dit chancelante, doit-elle mener de manière simpliste à des classes non mixtes?
Il y a deux ans, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a osé une audacieuse réflexion sur ses liens avec la communauté multiethnique, qui forme 50 % de sa clientèle. Ce courage fut payant en apprentissages. Entre autres surprises, la CSDM entendit les parents immigrants la supplier de faire meilleur étalage à l'école du patrimoine culturel québécois plutôt que de le camoufler timidement...
Le contraire, en somme, de ce que prônent les partisans de l'école afrocentriste, comme ceux d'ailleurs des écoles centrées sur la culture juive ou italienne, dont Le Devoir a fait état la semaine dernière. Celles-là veulent plutôt axer les contenus sur la culture d'origine. À Toronto, on propose de mettre à profit la culture africaine dans toutes les matières, de Malcolm X, en histoire, aux pyramides d'Égypte, en géométrie.
Rien n'empêche que l'école -- hors des heures de classe! -- mette en valeur une touche ethnique liée à l'origine de ses élèves. N'est-ce pas exactement ce que fait le Programme d'enseignement des langues d'origine (PELO) de la CSDM, le but visé par ce programme parascolaire vieux de 25 ans étant de soutenir le développement de la langue d'origine chez les élèves allophones?
L'ironie suprême veut aussi qu'on s'anime autour d'un regroupement des élèves selon la race, alors que le Québec inaugurera en septembre un nouveau programme d'éthique et culture religieuse dont le socle est le respect de la diversité et l'ouverture aux autres!
La ségrégation selon la race est une pratique à laquelle le Québec doit résister, car elle ne lui sied pas. Si saine et nécessaire soit-elle, la réflexion sur l'échec scolaire ne peut mener à des solutions qui enfreignent les préceptes de l'intégration. Qu'ils soient noirs, blancs ou latino-américains, les cancres de l'école doivent tous être rescapés.
machouinard@ledevoir.com


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