Tout ou rien

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Le PQ ne semble plus savoir où donner de la tête


Après les élections de 1998, quand Lucien Bouchard lui a demandé d’aller de l’avant avec la fusion forcée des municipalités, Louise Harel a tout de suite compris que cela signifiait le renvoi du référendum aux calendes grecques. Une opération comme celle-là allait inévitablement provoquer la colère de nombreux électeurs, et le PQ en a en effet payé le prix à l’élection de 2003.


À l’époque où il était encore chef du Bloc québécois, M. Bouchard avait pesté quand Jacques Parizeau avait ordonné la fermeture d’une dizaine d’hôpitaux à quelques mois de la tenue du référendum du 30 octobre 1995. Même si une telle rationalisation pouvait être justifiée, était-ce vraiment le bon moment ?


En fin de semaine dernière, les jeunes péquistes, dont la grande majorité semblent être favorables à la tenue d’un référendum dans un premier mandat, ont également adopté des résolutions réclamant l’abolition des subventions versées aux écoles privées et l’extension des dispositions de la Charte de la langue française au niveau collégial.


Dans les deux cas, il s’agit de mesures dont on discute depuis des années au PQ, mais qui ont toujours été écartées par la direction du parti ou qui n’ont jamais dépassé le stade des voeux pieux. Pas nécessairement parce qu’on doutait de leur bien-fondé, mais parce qu’on craignait la réaction négative d’une grande partie de la population.


 

Le Conseil supérieur de l’Éducation, qui n’est pas un repaire de gauchistes, a déclaré que le système scolaire québécois était le plus inégalitaire au pays. Aucune autre province ne subventionne l’école privée à une telle hauteur. Si on excepte les programmes particuliers, réservés aux meilleurs élèves, le réseau public est dans une situation de détresse. Le décrochage est endémique, les enseignants crient au secours et finissent par abandonner. Tout le monde sait cela. Et pourtant, on laisse faire.


Ce n’est pas réellement une question d’argent. Le Québec pourrait trouver les quelques centaines de millions supplémentaires que coûterait la création d’un réseau unique, comme en Ontario. Il s’agit d’un choix purement politique. QS est le seul parti dont le programme prévoit l’abolition des subventions aux écoles privées. Périodiquement, le PQ s’est dit prêt à « revoir » leur financement, mais aucun des gouvernements qu’il a formés n’a osé le faire.


« Les contribuables ne devraient pas payer pour le choix des bourgeois », a lancé en fin de semaine un jeune militant péquiste, sous les applaudissements de ses collègues. Le problème est que le PQ a besoin des bourgeois, non seulement pour faire l’indépendance, mais simplement pour être élu. Il est facile de dénoncer un certain élitisme, mais à voir l’état dans lequel se trouvent les écoles publiques, comment blâmer ceux qui en ont les moyens de vouloir envoyer leurs enfants au privé ? Laisser le réseau public s’effondrer ne peut cependant pas être la solution.


 

Les délégués au congrès extraordinaire de novembre dernier ont résolu que l’action du PQ se concentrerait désormais sur « la fondation d’un pays », et non pas sur la « gestion ordinaire d’une province ». Conséquemment, « nous prendrons chacune de nos décisions de façon à nous rapprocher de ce but ultime ». Cela signifie-t-il qu’il ne faut pas abolir le financement public des écoles privées si cela doit nous éloigner du « but ultime » ?


La même question se pose dans le cas de l’extension de la loi 101 au cégep. Il y a plus de 25 ans que le PQ en débat. Elle avait été inscrite au programme en 2011, mais le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait renoncé à l’appliquer. Quand il lui a succédé, Jean-François Lisée a jugé que le coût politique d’une telle mesure serait trop élevé.


Leur interdire l’accès au cégep anglais indisposerait sans doute bon nombre de jeunes francophones, dont le PQ cherche désespérément à retrouver la faveur. Il est cependant évident que les cégeps anglais, dont la clientèle est majoritairement non anglophone, sont devenus un facteur d’anglicisation financé par le gouvernement du Québec.


Certes, l’indépendance contribuerait fortement à contrer l’anglicisation, mais il est loin d’être assuré que les Québécois seront plus disposés à voter oui dans quelques années qu’ils le sont aujourd’hui. Il est vrai que proposer des mesures audacieuses peut compliquer la vie au PQ, mais il a le devoir de préserver l’essentiel, c’est-à-dire la pérennité du français, même dans l’hypothèse où le Québec déciderait de demeurer au sein de la fédération canadienne. Les jeunes péquistes ont raison : cela ne peut pas être l’indépendance ou rien. Offrir un « bon gouvernement » n’est pas une option, mais une obligation.