Tony Tomassi - La carte providentielle

L'Affaire Tomassi - actualité 2011


Si c'est à du théâtre que nous assistons présentement, comme le disait hier à l'Assemblée nationale le premier ministre Jean Charest, alors la pièce est très mauvaise. Et retirer de la scène un comédien — non pas pour l'ensemble de sa mauvaise performance mais au prétexte d'une seule tirade fautive — ne suffira pas à faire taire les huées et les sifflets du public.
Quand donc tout ce cirque cessera-t-il? En avons-nous encore pour trois ans à voir s'accumuler les révélations des médias et de l'opposition, à entendre les dénégations dépourvues de crédibilité d'un premier ministre qui ne maîtrise plus que l'art de la réplique?
Depuis des mois, une enquête publique s'impose. Chaque jour en ramène la nécessité. Pour toute réponse, Jean Charest multiplie les diversions. L'opération Marteau a été créée à cette fin — et on voit bien ces jours-ci à quel point elle n'arrive qu'à attraper de bien petits poissons; l'embauche de l'ancien chef de police Jacques Duchesneau au ministère des Transports n'a convaincu personne; la commission d'enquête Bastarache sur la nomination des juges ne nous mènera pas au coeur du système d'influence que voulait dénoncer l'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare.
Et voilà le tour de Tony Tomassi, ministre de la Famille devenu encombrant, mais qu'on ne pouvait pas sacrifier pour le seul plaisir du Parti québécois. Elle tombe plutôt bien, cette carte de crédit appartenant à la firme BCIA et utilisée par M. Tomassi quand il était député: ouste, le ministre dont 74 % des Québécois réclamaient le départ, selon un sondage Agence QMI-Léger Marketing publié hier.
Pour autant, ce congédiement n'a rien d'une décision prise par un premier ministre responsable. Elle est plutôt révélatrice de l'absence d'éthique qui règne au sein de l'équipe libérale. En acceptant une telle carte de crédit, le député Tomassi ne savait-il pas qu'il se rendait ainsi vulnérable au trafic d'influence?
Il n'était pas ministre quand il a utilisé cette fameuse carte, nous a-t-on raconté. Mais alors, était-ce à l'époque où il était l'adjoint parlementaire du premier ministre? Troublant, comme dirait M. Charest.
Mais simple détail dans le contexte actuel. Car payer les achats d'essence d'un député n'est que de la menue monnaie dans toute cette nébuleuse d'argent qui circule dans le royaume du Québec et qui en pourrit toute la vie publique. L'argent qui permet d'obtenir de juteux contrats d'infrastructures publiques; l'argent qui protège des monopoles; l'argent qui tasse la concurrence. L'argent qui dévoie un service, les CPE, qui faisait la fierté du Québec. L'argent qui permet d'arriver au pouvoir, l'argent qui permet de s'y maintenir.
L'argent qui charrie son lot de rumeurs, de soupçons de banditisme et de corruption. L'argent qui écoeure le peuple, à qui l'on ose demander de sauver les finances du Québec.
Hier, M. Tomassi a écopé. On ne pleurera pas, mais tout le Québec sait que cela n'a pas tant d'importance, ce qui ajoutera au cynisme ambiant. Et il répondra lui-même aux questions que même l'opposition trouve embarrassantes. Celle-ci par exemple, qui a laissé le leader de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, bouche bée en point de presse hier: en quoi la carte de crédit fournie à M. Tomassi est-elle différente des 75 000 $ versés par le Parti libéral au premier ministre Charest?
La réponse est pourtant simple: dans le cas de Tony Tomassi, on sait d'où vient l'argent.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->