Sur quelle planète vit Christine Saint-Pierre ?

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile


Lors de son passage à l’émission « Tout le monde en parle » à la télévision de Radio-Canada, Christine Saint-Pierre a affirmé à son ex-collègue journaliste, Bernard Drainville, que « les planètes sont bien alignées » entre Stephen Harper et Jean Charest pour faire progresser le Québec. Il faut en conséquence donner une (autre) chance au fédéralisme! Visiblement, madame Saint-Pierre a perdu la boule…
Voilà une déclaration stupéfiante de la part d’une ex-journaliste. Christine Saint-Pierre n’est-elle pas au fait de tous les dossiers qui caractérisent les rapports entre Québec et Ottawa depuis nombre d’années? C’est à se demander si sa carrière au téléjournal de la télévision d’État ne s’est pas limitée à lire des informations que ses recherchistes lui ont dénichées et mises en bouche.
Ottawa vient de déclarer un autre surplus budgétaire de 13 milliards de dollars, malgré la baisse de 1% de la TPS. L’année dernière, l’excédent a totalisé 15 milliards de dollars. Inutile de remonter dans le temps jusqu’en 1997, année où l’État canadien a atteint le déficit zéro. La vérité est que le gouvernement fédéral nage dans l’argent depuis dix ans parce qu’il détourne les recettes fiscales du Québec et ne remettra jamais l’ensemble des sommes qu'il lui a soutirées. L’arrangement que s’apprête à proposer le premier ministre du Canada au gouvernement du Québec ne sera pas durable. L’arrivée du Parti libéral au pouvoir aux Communes ou encore l’avènement d’une récession économique y mettra un terme illico. De par sa longue expérience politique acquise sur la colline parlementaire à Ottawa, madame Saint-Pierre ne peut le nier.
L’invitée de Guy A. Lepage a reproché au Parti québécois et à son nouveau représentant, Bernard Drainville, d’être responsable du départ massif à la retraite d’infirmières et de médecins en 1997. Ce qui expliquerait les grandes difficultés qu’éprouve le système de santé québécois. Étonnant que son adversaire politique ne lui ait pas répondu que ce triste épisode découle directement des coupures sauvages que venait de perpétrer le gouvernement fédéral dans ses transferts au Québec. L’administration péquiste dirigée par Lucien Bouchard à l’époque n’a eu d’autres choix que d’agir en catastrophe pour ne pas que le Québec voit sa cote de crédit abaissée par les firmes de notation Moody’s et Standard and Poor’s. Québec fut surpris par le nombre d’employés désireux de se prévaloir de ses offres de préretraite. Étonnant que monsieur Drainville n’ait pas rappelé ces faits à son adversaire libérale, tout en profitant de la leçon pour lui démontrer ce qu’il en coûte de choisir la dépendance.
Le candidat péquiste de la circonscription de Marie-Victorin aurait pu également déstabiliser madame Saint-Pierre en mentionnant que la promesse de son parti d’embaucher 1500 médecins supplémentaires correspond exactement au nombre de finissants qui sortiront sous peu des universités québécoises. C’est ce que révèle le ministère de l’Éducation. Le PLQ ne réalise donc aucun exploit avec cette annonce électorale : il ne fait que répéter une information qu’il est allé chercher au MEQ… D’ailleurs, s’il y a plus d’étudiants qui termineront bientôt leur formation en médecine, c’est parce que le gouvernement du Parti québécois a décidé, en 1996, d’assouplir les règles d’admissibilité dans les universités. Incroyable, encore une fois, que Bernard Drainville n’ait pas servi cette réplique cinglante à la candidate libérale de la circonscription de l’Acadie… La nouvelle vedette du Parti québécois a semblé tout aussi mal renseigné que Christine Saint-Pierre. Voilà qui est troublant…
Au chapitre de la visibilité internationale, monsieur Drainville a mieux paru. L’épisode de Nairobi fut une belle riposte au simili progrès que tentait de signaler Christine Saint-Pierre. Le siège à l’UNESCO qu’a dernièrement acquis le Québec du gouvernement fédéral n’est qu’un gain cosmétique. Tout comme la reconnaissance symbolique de la nation québécoise par Stephen Harper. À preuve, dès qu’un véritable enjeu international apparaît, comme lors de la conférence onusienne sur les changements climatiques dans la capitale du Kenya, le gouvernement du Québec s’est vu refuser un droit de parole de 45 secondes. 45 secondes; voilà une image forte sur laquelle devait insister Bernard Drainville pour clouer le bec de sa rivale.
En fait, le seul argument que madame Saint-Pierre a brandi avec succès durant l’échange avec monsieur Drainville fut le refus général des Québécois de subir un troisième référendum. Impossible de répliquer à cette réalité. Le candidat péquiste aurait pu à tout le moins rétorquer que 48% d’entre eux veulent l’indépendance. Que cet appui s’avère miraculeux compte tenu du fait que l’ensemble des médias au Québec fait la promotion du fédéralisme canadien. Et que cette joute inégale perdure depuis des générations : des siècles où l’occupant a tout fait pour convaincre le peuple francophone qu’il forme une bande d’incapables. Malheureusement, Christine Saint-Pierre, qui avait déjà distancé son rival durant le débat amical, s’est assurée de la victoire grâce à cette affirmation. Devant environ deux millions de téléspectateurs, il n’y a pas de quoi se réjouir. Heureusement qu’Amir Khadir, porte-parole du parti Québec solidaire, est venu à la rescousse du camp souverainiste plus tard dans l’émission…
Christine Saint-Pierre est une femme intelligente. Malheureusement, ses années passées à Ottawa et à Washington l’ont visiblement endoctrinée. Les pitoyables arguments qu’elle a soulevés dimanche soir le prouvent. Qu’elle se rassure : certains de ses compatriotes au Québec sont tout autant dans la lune, étourdis au fil des ans par la même information biaisée. Souhaitons-lui rapidement un retour sur terre. À temps pour célébrer la souveraineté.
Patrice Boileau



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