Jean Lapierre doit quitter

Le PLQ sort largement favorisé chaque fois que l’homme paraît en ondes.

Vigile


Le diffuseur privé TVA a embauché l’ex-député libéral fédéral Jean Lapierre immédiatement après son départ de la scène politique fédérale en janvier dernier. En fait, ce recrutement a plutôt précipité la démission du représentant de la circonscription montréalaise d’Outremont…
Monsieur Lapierre devait initialement co-animer une émission dominicale analysant l’actualité politique québécoise. Mine de rien, le voilà à présent sillonnant les routes du Québec à la recherche de commentaires de la population, suite au déclenchement des élections par le gouvernement Charest. L’ancien ministre du cabinet de Paul Martin va recueillir ainsi les états d’âme des gens, jusqu’au jour du vote le 26 mars prochain.
À bord d’un rutilant autobus arborant les couleurs de la station de télévision ainsi que les minois de ses vedettes journalistiques, Jean Lapierre intervient en ondes plusieurs fois par jour. Ses nombreux topos ne se limitent pas à relater ce que les gens pensent des partis politiques qui se disputent le pouvoir. Le poulain de TVA ajoute fougueusement son grain de sel aux propos qu’il rapporte, y allant même de conseils aux candidats qui courtisent les électeurs des comtés qu’il visite. Ainsi, lors de son passage à Rivière-du-Loup, Lapierre a recommandé au chef de l’ADQ de consacrer plus de temps à sa circonscription qui est menacée par le candidat libéral et maire de la ville : Jean D’Amour.
Quel est le titre professionnel de Jean Lapierre au sein de TVA, à la lumière du type de couverture médiatique qu’il propose aux téléspectateurs? Assurément, il ne peut être question de celui de journaliste. Ni celui de chroniqueur. Serait-ce celui de mascotte : un bouffon rappelant l’insignifiant personnage « Vas-y » à la sauce électorale? Un comique dont les prestations évoquent le « spectacle » qu’offrait le maire de Huntingdon à la télévision Quatre-Saisons? Monsieur Lapierre va-t-il ajouter éventuellement un « petit côté nazisss » (sic) aux reportages télévisés qu’il présente?
Il n’y a rien de mal à distraire les gens en leur offrant une façon différente de couvrir une campagne électorale. TVA innove avec cette idée de se doter d’un « autobus de campagne » et de le faire parader partout au Québec, de manière à ne jamais croiser ceux des chefs de partis. Il y a tout lieu cependant de questionner et même de dénoncer la présence de Jean Lapierre à son bord. La classe journalistique n’a-t-elle pas reproché dernièrement à Bernard Drainville, nouveau candidat du PQ dans la circonscription de Marie-Victorin, d’avoir fait le saut en politique trop rapidement? L’ancien directeur d’antenne de la télévision de Radio-Canada à Québec, celui qui dirigeait l’équipe de journalistes couvrant la vie parlementaire dans la Capitale nationale, a effectivement laissé son emploi quelques jours après avoir dirigé une entrevue avec celui qui allait devenir son chef. Si monsieur Drainville n’est pas élu le jour du vote, son retour à la télévision d’État lui coûtera alors « deux années de purgatoire » avant de retrouver des fonctions similaires à celles qu’il occupait. Qu'en est-il de la période de « désintoxication partisane » de Jean Lapierre?
Certains diront que la recrue de TVA fut un des membres fondateurs, avec Lucien Bouchard, du Bloc québécois. Jean Lapierre aurait donc été indépendantiste durant les années où il fut député de cette formation politique. Cette « parenthèse souverainiste » lui confère-t-elle une neutralité politique instantanée, l’exemptant ainsi d’une procédure semblable à celle qui est en vigueur à la télévision d’État? Sûrement pas car lors de son retour aux Communes sous la bannière libérale, Lapierre a avoué n’avoir jamais été indépendantiste. Son séjour au Bloc ne fut donc qu’une « incartade idéologique. »
Errance ou pas, Jean Lapierre a vociféré ces derniers mois des insanités à l’endroit des souverainistes qui ne laissent planer aucun doute sur son esprit profondément partisan, voire fanatique. Ainsi, les Québécois qui accepteront de répondre à ses questions, durant la campagne électorale, seront d’abord des adversaires du projet souverainiste, enthousiasmés de pouvoir vomir à la télévision des quolibets que Jean Lapierre a déjà émis. Effarouchés seront évidemment les autres. En conséquence, le PLQ sort largement favorisé chaque fois que l’homme paraît en ondes.
Il ne fait pas de doute que le « reporteur » de TVA est quelqu’un qui adore être en présence d’un microphone ou devant une lentille de caméra. Il a toujours affectionné la notoriété publique. C’est son droit le plus strict. La défaite de son parti au dernier scrutin fédéral lui annonçait des mois de disettes, loin de ses objets fétiches. Jean Lapierre ne pouvait supporter cette éventualité. La carrière qu’il a entreprise au réseau TVA lui permet donc d’assouvir sa soif de contacts avec les gens. Tant mieux pour lui. Reste que son nouvel employeur aurait dû lui offrir d’animer une émission où son point de vue fédéraliste sur l’actualité politique se ferait à visière levée. Ce qui est loin d’être le cas présentement.
Il est à espérer que le diffuseur privé ajoute rapidement quelqu’un d’autre à côté de monsieur Lapierre pour le reste de la campagne, une personne tout aussi connue et clairement associée au camp indépendantiste. Le « joyeux tandem » adoucira le climat électoral et pourra même prévenir des dérapages qui sont susceptibles de survenir. La seconde option qui s’offre à TVA est de déplacer monsieur Lapierre dans une autre case horaire. La chaîne de télévision doit agir prestement : il en va de sa crédibilité.
Patrice Boileau






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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    2 mars 2007

    Monsieur Boileau,
    un gros carbonne de ma part pour multiplier, amplifier votre message et provoque une rÉaction chez TVA

  • Archives de Vigile Répondre

    26 février 2007

    Monsieur Boileau,
    J'ai exactement le même sentiment que vous et ça me révolte.
    Pourriez-vous lancer un appel aux indépendantistes pour qu'ils portent plainte
    à T.V.A. ? Peut-être qu'une kirielle de e-mails...
    C'est vrai aussi pour Denise Bombardier comme le souligne M. ou Mme Giguère. Ecrire à Paul Arcand quant à y être!!!
    Merci de souligner cette farce "dégueu" comme disent nos jeunes!
    Thaïs Potvin (Mme)

  • Marie-Claude Tadros-Giguère Répondre

    26 février 2007

    Monsieur Boileau,
    Ce que vous dites à propos de Jean Lapierre est vrai pour Denise Bombardier dans son tempo avec Paul Arcand tous les matins à la radio 98,5fm.Denise Bombardier ne rate pas une occasion de déverser sa hargne au sujet du P.Q. et de la souveraineté.C'est inacceptable parce que son message est à sens unique et que personne n'est appelée ou invitée à présenter l'opinion opposée.Même phénomène avec les stations privées de radio de la ville de Québec où systématiquement les chroniqueurs du matin,du midi et de l'après-midi s'évertuent à dénigrer la cause de l'Indépendance du Québec sans jamais solliciter des points de vue différents et ce, depuis des mois pour ne pas dire des années.
    Monsieur Boileau,je suis révolté face à ces abus des ondes publiques et je me demande si nous serons encore longtemps impuissant face à ce phénomène qui pollue la santé démocratique de notre société.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 février 2007

    Quand il a commencé sa campagne à Rimouski,Lapierre a dit à Arcand sur le 98,5fm..."dans Rimouski,j'espère que Mario va mélanger assez les cartes pour que le libéral gagne"
    C'est tu assez clair?
    Raymond Roy

  • Archives de Vigile Répondre

    25 février 2007

    C'est tellement plus payant d'être fédéraliste. Même Sheila, la batailleuse, a droit à sa chronique au Journal de Montréal. Pour devenir une "référence", il n'y a rien comme un passage dans le camp de la feuille d'érable.