La claque

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile


Dans sa chronique du lundi 19 février dernier, Pierre Foglia écrivait redouter que le Parti québécois subisse une défaite cinglante le 26 mars prochain. L’homme pense que ce cuisant échec qu’il craint serait attribuable au fait que le PQ a tourné le dos à son projet fondamental qui est sa raison d’être.
Depuis le référendum de 1995, la formation souverainiste tourne en rond et semble vouloir se contenter d’aspirer à la gouverne provinciale qui ne mène nulle part, comme le prouve la hausse vertigineuse de 11 milliards de dollars de la dette nationale durant les quatre années de mandat libéral. Ainsi, la très fédéraliste administration Charest n’a pu en freiner la croissance, elle qui se chiffre maintenant à plus de 122 milliards de dollars. Ce montant cauchemardesque ne comprend même pas les cinq milliards de déficit budgétaire que le PLQ camoufle, selon le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance…
Pierre Foglia constate que le projet indépendantiste est absent du discours sociétal. Il ne le voit plus dans les rues du Québec. Il n’a pas tort : j’ai peine aussi à le repérer. En fait, chaque fois que j’en parle, les gens autour de moi grognent illico qu’ils ne veulent pas de référendum. De toute évidence, la plaie collective de 1995 est encore vive : une troisième défaite y sèmerait à coup sûr la gangrène, donc la mort d’un peuple.
L’étape référendaire incarne dorénavant un virus dangereux que les Québécois veulent éviter. Pas question d’un référendum suicide face à un adversaire déterminé à répéter les gestes frauduleux de 1995. Voilà pourquoi Pierre Foglia n’entend plus parler d’indépendance dans la société civile : la démarche référendaire l’a complètement occultée. Incroyable que le PQ s’entête à ne pas le reconnaître et insiste à vouloir tout de même en imposer un autre à la population!
Michel David, chroniqueur du journal Le Devoir, arrive à la même conclusion. C’est ce qu’il a révélé en entrevue radiophonique à l’émission « C’est bien meilleur le matin » de la première chaîne de Radio-Canada, le 22 février dernier. Il commentait alors les résultats d’une enquête de la maison de sondage CROP dévoilés la journée même. Ainsi, ceux-ci dévoilent que 48% des Québécois désirent la souveraineté, mais 67% ne veulent pas de référendum. Résultat: le PQ ne recueille que 32% d’appui.
Ce constat est tellement vrai que le chef du Parti québécois a préféré, lors de sa soirée d’investiture à Pointe-aux-Trembles, parler d’une consultation populaire à venir plutôt que d’un référendum. Le triste subterfuge a évidemment été démasqué par Jean Charest dès le lendemain à Québec. Il a raillé, lors d’un point de presse, qu’une consultation populaire est un référendum et que le PQ en tiendrait un le plus tôt possible, s’il est élu. Manifestement, André Boisclair fait fausse route avec son idée de pudiquement dissimuler le mot référendum derrière un autre. Poser ce geste en pleine campagne électorale relève d’une improvisation désespérée. C’est lors de la « Saison des idées » qu’il fallait crever cet abcès. La vérité est que le Parti québécois aurait dû opter pour la voie élective à la majorité absolue des votes, diagnostic que s’est bien gardé de formuler l’invité de René Homier-Roy.
Tiraillés à ce sujet, les péquistes ont concocté un slogan qui laisse croire que le présent scrutin est décisionnel. Certes, il n’en est rien : le calembour publicitaire qui utilise le OUI sur leurs pancartes électorales ne vise qu’un effet virtuel. Sauf que les attaques des adversaires fédéralistes seront réelles : ils n’hésiteront pas à marteler que l’élection d’un gouvernement péquiste signifie plus que jamais l’imminence d’un ultime référendum que les Québécois craignent.
La tension sera évidemment à son comble durant les prochaines semaines. C’est à boulets rouges que tireront les fédéralistes sur le navire péquiste. Harper, Dion, Charest et Dumont conjugueront leurs efforts pour neutraliser les millions de Québécois qui refusent de se soumettre à Ottawa. « Unis pour réussir », n’est-ce pas le slogan très canadien de Jean Charest? À ce compte, n’aurait-il pas été mieux de les prendre au mot et de rendre l’élection décisionnelle? Le PQ aurait pu demander l’aide des autres partis progressistes tels que Québec solidaire et le Parti vert pour parvenir à protéger la nation québécoise de cet assaut tous azimuts. Ensemble, leurs votes auraient peut-être permis d’atteindre la majorité absolue et libérer le Québec. Malheureusement, rien de tout cela n'arrivera. Que Pierre Foglia ferme les yeux : ce qui s’en vient ne sera pas beau!
Voilà maintenant que Jacques Parizeau redoute aussi un échec retentissant du PQ le 26 mars prochain. Celui qui reprochait à son parti de « faire des 8 sur la glace » il n’y a pas si longtemps, a invité les souverainistes à mettre momentanément un terme à leurs disputes. L’ancien premier ministre a renchéri en affirmant que les chicanes pourront reprendre après le scrutin. Rare maladresse de l’illustre indépendantiste : l’homme avoue donc à mots couverts que la formation souverainiste traîne un boulet dont il doit se départir, et qu’il devait le faire avant le scrutin. Son appel apaisera-t-il la frustration?
Malheureusement, le Parti québécois doit subir un « électrochoc électoral » afin qu’il se renouvelle. Plusieurs souverainistes dont l’auteur de ces lignes espéraient que la défaite au scrutin général d’avril 2003 allait persuader l’état-major péquiste d’agir. À regret, il faut croire que le soufflet de l’électorat québécois à ce moment n’a pas été assez puissant.

Le pire des scénarios qui puisse maintenant arriver est un dépouillement des suffrages qui annonce la formation d’un gouvernement péquiste minoritaire. Pieds et poings liés, Le PQ serait condamné à faire du sur-place puisque menacé d’être défait par les partis d’opposition. Il serait malmené, éclaboussant par le fait même son article 1. Mieux vaut un gouvernement libéral minoritaire qu’un PQ réformé aura tôt fait de faire tomber, après avoir officiellement institué un pacte avec des partenaires souverainistes en vue d’une élection décisionnelle à 50% + 1 des votes. Le retour du PLQ au pouvoir a tout d’une finale nauséabonde : elle se situe à des années-lumières du celle que j’avais imaginée, lorsque la « Saison des idées » fut enclenchée. Le manque d’écoute de l’intelligentsia péquiste en aura décidé autrement.
Patrice Boileau





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    25 février 2007

    Je suis indépendantiste de longue date. Mais je ne suis pas maso et je ne voterai pas PQ. J'ai cependant quelques tendances sadiques qui me poussent à favoriser la plus grande zizannie possible dans le château de carte fédéraliste mais j'hésite toujours entre l'amateurisme insignifiant de l'ADQ et l'amateurisme opportuniste cacanadian confirmé de Patapouf...
    Je suis d'accord que le pire résultat serait un gouvernement PQ minoritaire. Les péquistes nous ont prouvé amplement qu'ils peuvent agir en gouvernement minoritaire même quand ils ne le sont pas...imaginez en plus la galère menée par ce capitaine aux belles dents qui a peur de l'eau !!!!

  • Archives de Vigile Répondre

    24 février 2007

    M. Cloutier, je n'ai aucun doute que si c'est vous qui aviez préparé la campagne internet du PQ, il n'y aurait pas cette horrible faute de français sur sa page principale:
    LE PARTIE QUÉBÉCOIS (titre Explorer)
    Ni l'indépendance, ni le peuple, ni la langue.
    Vous avez raison M. Turcotte.

  • Archives de Vigile Répondre

    24 février 2007

    Nestor Turcotte a tout à fait raison. Je vais voter PQ la mort dans l'âme comme si j'allais à l'enterrement d'un ami.
    Zach Gabello a raison. J'ai initié par 2 fois, avec beaucoup de difficultés le Comité conseil et de veille en matière de technologies de l'information et de la communication avec un plan complet et détaillé d'intelligence collective, de participation, de collaboration, de coopération, de partage de l'information et d'utilisation optimale des technologies de l'information et de la communication (le CCVMTIC) par les militants de la base, que l'exécutif national a sabordé à 2 reprises (en 2000 sous Bouchard et en 2006 sous Boisclair) sans que je sois consulté.
    Les petits fonctionnaires bureaucrates se sont emparés du projet pour consolider leurs petits pouvoirs personnels, ont écarté les militants et n'ont rien qui vaille.
    Leur premier vidéo sur une jeune femme de 30 ans à qui son chum contait des menteries est disparu à cause des pressions du Conseil du Statut de la femme!
    Quelle stupidité!
    Pierre Cloutier

  • Archives de Vigile Répondre

    24 février 2007

    Tant et aussi longtemps que les péquistes confédéralistes ne se convincront pas eux-mêmes que le Parti dans lequel ils militent si faiblement n'est plus un parti indépendantiste, il n'y a rien à faire.
    Il faut que ce parti disparaisse et que naisse la formation d'un MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE, DÉTACHÉ DES PARTIS POLITIQUES. Lorsque ce mouvement sera suffisamment fort, il demandera au gouvernement en place de faire un référendum portant sur l'indépendance nationale. Celui-ci sera gagant et exécutoire. Peu importe le parti politique au pouvoir, il devra procéder.
    Nestor Turcotte
    Matane

  • Archives de Vigile Répondre

    24 février 2007

    C'est le comble!
    Le site web du parti Libéral de Charest met en ligne 7 blogues ouverts au publique. Dont un est dévoué à la question IDENTITAIRE!
    C'est allucinant!
    L'ADQ et le PLQ sont entrain de faire le travail qu'aurait dû faire depuis longtemps le PQ!
    Pendant ce temps, le PQ se refuge derrière son opacité devenue légendaire, évite tout ce qui pourrait toucher de près ou de loin à la question nationale, et se contente de faire semblant de transparance en laissant 12 faux messages de l'interne, vieux de 4 jours, sur ce qu'ils veulent faire croire est un blogue.
    Peut-on encore parler d'une "intelligentia" au PQ?